‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. cinquièmeChapitre 125 sur 272 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

Varennes, la reine ne put maîtriser un sentiment d'horreur. Drouet et Chabot se montrèrent très-insolents envers Louis XVI. Sur J'invitation qui lui fut faite de déclarer s'il avait quelques plaintes à faire, l'infortuné monarque répondit qu'il n'en avait aucune; il demanda seulement qu'on lui laissât la satisfaction d'être réuni à sa famille, et qu'on fit parvenir aux prisonniers le linge et les vêtements dont ils avaient le plus pressant besoin. Les commissaires de la Convention promirent qu'il serait fait droit à cette requête; mais, une fois sortis, ils ne songèrent nullement à tenir leur parole.

Dans le cours du mois de novembre, le- roi et les autres membres de la famille royale tombèrent successivement malades. Ce fut à grand'peine qu'on leur accorda la permission de recevoir la ^visite de leur médecin ordinaire, Lemonnîer, dont la vie avait été épargnée d'une manière si miraculeuse, le 10 août, lors du sac des Tuileries1. La reine, malgré ses vives instances, ne put obtenir que, pendant la maladie du Dauphin, il lui fût permis de passer la nuit auprès de son fils; elle était forcée de le quitter chaque soir, sans avoir, avec lui ou avec ceux qui le veillaient, aucune communication jusqu'au lendemain matin.

L'installation de la municipalité provisoire du 2 décembre n'apporta point de changement au régime du Temple2. Les nouveaux commissaires firent même sou-

\. Voir l. II, p. 332.

2. Nous donnons 'a la 6n de ce volume le procès-verbal de la remise de la famille royale faite par l'ancienne municipalité-à la nouvelle.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

vent regretter leurs prédécesseurs par leur dureté et leur brusquerie. Ainsi les jours, les mois se succédaient pour cette malheureuse famille, et aucun adoucissement n'était apporté aux tortures morales qui lui étaient infligées*.

Le mardi, 11 décembre, était le jour fixé par l'Assemblée pour la comparution de Louis XVI à sa barre, la veille au soir seulement, Robert Lindet, au nom de la commission des Vingt-et-un , lut ce qu'il appelait « l'exposé des crimes et des trahisons de Louis Capet. » Ce document devait être suivi de l'acte énonciatif des charges sur lesquelles était basée la mise en accusation de l'exroi; le rapporteur annonça que cet appendice n'était pas prêt, mais qu'il le serait le lendemain avant l'heure à laquelle Louis devait être amené devant la Convention.

Dans son exposé, Robert Lindet2, refaisant à son point de vue exclusif l'histoire de la révolution depuis 1^ mois de juin 1789 jusqu'au 10 août 1792, rappelait toutes les journées de violence et d'insurrection qui, pendant cette période, avaient affligé la capitale et les provinces. Louis XVI était coupable de tout, respon-

-I. Nous renvoyons, pour tous les autres détails de la captivité de Louis XVI, à l'ouvrage si éminemment intéressant de M. de Beauchesne, Louis XVII, sa vie, son agonie, sa mort. Que pourrionsnous ajouter à ce récit si véridique el si navrant?

2. Le rapport de Robert Lindet n'occupe pas moins de la moitié du n° 343 du Moniteur; nous y renvoyons nos lecteurs.

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