‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. cinquièmeChapitre 146 sur 272 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

missaires de sections, venus processionnellement .de l'Hôtel de Ville à la salle du Manège, ne s'attendaient guère à cette déconvenue. Avertis du vote de l'Assemblée, ils se plaignent hautement de l'outrage qu'on leur fait, ils déclarent qu'on viole en leurs personnes la souveraineté du peuple et le droit imprescriptible de pétition. Leurs clameurs et celles de la foule qui les accompagne retentissent jusques dans le sein de l'Assemblée. En vain quelques représentants du peuple sortent pour apaiser le courroux des meneurs de la Commune. Le bruit continue au dehors, l'agitation devient lelle au dedans que la séance est forcément suspendue. Le calme se rétablit enfin lorsque l'on voit Robespierre se diriger vers la tribune. Usant de sa tactique habituelle, il accuse ses adversaires d'être la cause du (rouble provoqué par ses amis. « Je demande, dit-il, à dénoncer un complot contre la tranquillité publique. La motion faite par Buzot n'a été mise en avant que dans un seul but, celui d'exciter des troubles, de fournir un prétexte pour faire reviser toutes les élections par les assemblées primaires, c'est-à-dire d'énerver l'Assemblée nationale. Qui sont ceux qui ont dit que Paris était un foyer de troubles, que la Convention n'y était pas en sûreté, que la Constitution n'y pourrait être faite? Ce sont ceux qui ont amené la délibération dangereuse qui nous occupe. »

À la conduite perfide de la Gironde Robespierre oppose celte des vrais patriotes qui ne cessent de prêcher le calme et la paix. « Ils ne sont calomniés, dit-il, que parce qu'ils veulent retenir la Convention au milieu du

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foyer le plus vaste des lumières. Ah! s'il arrivait un mouvement qui pût faire croire qu'ils fussent les auteurs des maux de la patrie, ils seraient obligés de se poignarder de leur propre main... » A ces mots, de violents murmures éclatent dans la plus grande partie de l'Assemblée. « Eli bien, s'écrie le tribun en se découvrant la poitrine, écoutez-moi ou égorgez-moi! » Cette répétition de la comédie du pistolet de Marat, avec la mise en scène de moins i, provoque l'enthousiasme des tribunes et l'indignation de la majorité.

« C'est ainsi, s'écrie Louvet, que parlait Robespierre, le 1" septembre, au Conseil général de la Commune, lorsqu'il voulait, par ses dénonciations vagues, faire massacrer les meilleurs patriotes! »

Le député de Paris venait de se poser en victime; Pétion, son rival, se pose en médiateur. L'ex-inaîre débite force généralités, représente à l'Assemblée les dangers de la précipitation, et ceux non moins graves de revenir sur la chose jugée; puis, pour déguiser la défaite de ses amis, il propose la rédaction suivante, qui est aussitôt adoptée:

« La Convention suspend l'effet du décret du 16 du « présent mois, concernant la famille des Bourbons, et « ajourne la question immédiatement après le jugement « du ci-devant roi. »

Le meurtre du 21 janvier consommé, la Convention, malgré les incitations de Barbaroux et de quelques autres de ses amis, ne reprit pas l'examen de la question. Égalité

i. Voir tome IV, page 99.

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