‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. cinquièmeChapitre 16 sur 272 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

générale, réunie à Aarau, une prise d'armes dans le but de venger les gardes suisses égorgés par les Parisiens. Heureusement, les autres cantons résistèrent, et la Confédération s'en tint à une neutralité armée; mais, comme l'occupation de la rive gauche du lac Léman menaçait directement les possessions du canton de Berne dans le pays de Vaud et la république de Genève alliée de la Suisse, on établit un camp de 20,000 hommes à Nyon, sur la rive droite du lac, sous les ordres du général Murait. Ce n'était, il est vrai, qu'un camp d'observation et de défense, au dire du corps helvétique qui voulait prendre ses précautions pour le cas où les belligérants tenteraient quelque entreprise contre la Suisse ou ses alliés.

La ville de Calvin était évidemment celle qui avait le plus à craindre l'immixtion des Français dans ses affaires intérieures; car on savait, à n'en pas douter, que le génevois Clavïère, expulsé de son pays natal et devenu ministre des finances à Paris, nourrissait contre le parti aristocratique, qui l'avait persécuté, des projets de vengeance personnelle. Ce parti avait des relations trèsintimes avec les magistrats des cantons de Berne et de Zurich; il en obtint un secours de 1,600 hommes qui vinrent tenir garnison dans Genève.

Bien qu'il n'y eût même dans ce dernier fait rien de contraire aux traités antérieurs, on le considéra à Paris comme un acte d'hostilité. Le résident français, M. de Chàteauneuf quitta la petite république4, et le général

4. Voir au Moniteur, séance du 10 octobre, les notes du résident Chàteauneuf.

Mootesquiou reçut l'ordre de faire marcher le plus tôt possible contre elle des forces suffisantes pour, disaient ses instructions, « assurer le libre pouvoir aux amis de la liberté qui y sont en grand nombre 4. »

Montesquieu fit avancer un petit corps d'armée à Carouge, sur l'extrême frontière de la Savoie, et un autre dans le pays (le Gex. Genève était fortifiée, et l'on ne pouvait la prendre qu'au moyen d'un siège en règle. Or, l'hiver aidant, ce siège pouvait entraîner pour les opérations des armées françaises les plus graves conséquences. Une fois la neutralité de la Suisse méconnue, toute la frontière, depuis Bâle jusqu'au lac de Genève, restait à découvert; l'armée de Biron sur le haut Rhin et celle de Montesquiou en Savoie pouvaient Être compromises par les mouvements des Autrichiens au nord, et des Piémontais au midi 2.

1. La délibération du Conseil exécutif, transmise à la Convention par une lettre du ministre des affaires étrangères est donnée au Monù tCUTj n° 285.

2. Nous avons retrouvé deux lettres du général Montesquieu qui indiquent parfaitement la situation d'esprit dans laquelle il se trouvait pendant les négociations avec Genève, et qui font comprendre facilement comment il s'attira le courroux de Clavière en ne secondant pas les vues de celui-ci sur sa ville natale. Elles sont adressées à Servan, ministre de la guerre.

« Carouge, le 0 octobre 1703.

«J'ai reçu cette nuit la lettre du 2 que vous m'avez écrite par un courrier extraordinaire. Vous vous expliquez plus clairement sur Genève, car vous m'y dites qu'il faut y entrer de gré ou de force. Voulez-vous dire par là que, si le gouvernement cède et si les Suisses sont renvoyés, vous voulez que nous nous emparions de Genève? Je vous demande cette explication qui ne peut être trop précise, pendant que jé fuis mes préparatifs. Ce n'est pas vingt mille fusils qui

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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