‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. cinquièmeChapitre 168 sur 272 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

Bouches-du-Rhône à la Législative et à la Convention , était depuis longtemps brouillé, à raison de certains dissentiments locaux, avec Barbaroux, et, par suite, avec les amis de celui-ci. Il avait reçu, six mois auparavant, les confidences d'un ancien peintre du roi nommé Boze, et les avait rapportées a quelques-uns de ses collègues, notamment à Carnot et à Lacombe Saint-Michel. Ces confidences élaient relatives à une lettre demandée à Gensonné peu de temps avant le 10 août, destinée h être mise sous les yeux de Louis XVI par l'intermédiaire de Thierry de Ville-d'Avray, l'un des valets de chambre du roi 4. Gasparin fut circonvenu par les séides de Robespierre; on lui représenta qu'il était de son devoir le plus strict de révéler les faits qu'il connaissait à la charge de celui qui s'était érigé en censeur acrimonieux d'une partie de la Convention.

Dès le lendemain du jour où Gensonné avait prononcé sa philippique, Gasparin demande à révéler un fait important, et déclare qu'il engage sa responsabilité par une dénonciation signée,

« Je logeais, dit-il, au mois de juillet dernier, chez Je peintre Boze. Il me parla d'un mémoire que Vergniaud, Guadet, Brissot et Gensonné lui avaient remis pour être transmis à Thierry, et par celui-ci au roi; ce mémoire contenait plusieurs demandes auxquelles Louis XVI crut ne pas devoir faire droit. Ce mémoire aurait dû se retrouver avec les papiers saisis dans l'armoire de fer. Il n'y était pas. Je demande que Boze soit

\. Nous avons dôjà parlé de celle lettre, t. II. p. 417.

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immédiatement mandé à la barre et que les scellés soient apposés sur ses papiers. »

Ce coup (le théâtre, habilement préparé , jette l'Assemblée dans une extrême agitation.

Ducos appuie la proposition de Gasparin, « car, s'il est l'ami des hommes que l'on vient de dénoncer, il est encore plus l'ami de la chose publique, et il veut savoir si, oui ou non, les hommes qui, depuis quatre ans, sont en possession de son respect et de son estime en sont toujours dignes. » Lanjuinais demande, avec sa franchise toute bretonne, queGasparin soit mis en arrestation pour avoir pendant cinq mois trahi la patrie en gardant pour lui un secret si précieux. Marat et Robespierre jeune répondent par des récriminations contre Roland qui, prétendent -ils, a été saisir lui-même des papiers importants chez Thierry, à la campagne. Guadet réclame la parole; le montagnard Turreau soutient que les députés accusés ne doivent pas être entendus avant l'interrogatoire de Boze.

— « Prétendez-vous, lui répond Guadet, me mellre au secret?

— « Qu'on les envoie à l'Abbaye, ajoute ironiquement Boyer-Fonfrède, et qu'on leur donne les juges du "2 septembre ! »

Guadet obtient enfin la parole.

« J'admire, dit-il, avec quelle lenteur s'est réveillé dans l'âme de Gasparin l'amour de la patrie et de la liberté. J'admire comment, dépositaire d'un complot qui, à l'en croire, compromettrait la chose publique, il a attendu, non pas qu'il eût des preuves, il n'en a point,

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