LIVRE XXIII
se résigne à subir ce joug, si on se soumet à de nouvelles visites domiciliaires, pourquoi s'étonner des massacres de septembre exécutés st paisiblement? Pourquoi s'étonner que Paris devienne un désert, que l'herbe croisse dans ses plus belles rues, que le silence des tombeaux règne dans les thébaïdes du faubourg Saint-Germain? Pensez-vous que l'on soit tenté d'habiter une ville où la violence et l'assassinat sont à l'ordre du jour, où les autorités sont avilies, où les représentants du peuple sont insultés jusque dans le sanctuaire des lois?... N'accusons point les départements d'une ridicule jalousie contre l'ancienne métropole. Il ne faut pas que Paris soit le vampire de la République; mais il faut reconnaître la nécessité d'un point central d'où partent les rayons du gouvernement. Ne craignons pas ces fédérés qui nous arrivent de toutes parts, ce sont nos vrais défenseurs; ils viennent protéger l'éloquence et la raison qu'une ligue impie repousse tous les jours de la tribune nationale1. »
Cette lettre est à peine publiée que la section du Panthéon-Français la dénonce au Conseil général de la Commune. Celui-ci ordonne au procureur-syndic de poursuivre « Charles Villette et tous les autres journalistes payés par Roland pour soulever les départements contre Paris, en le représentant comme un ramas de factieux toujours en opposition avec les autorités constituées2. »
Villette se montre prêt à soutenir contre la Commune
1. La lettre de Ch. Villette se trouve in extenso au Moniteur de 1793, a" 10.
2. Procès-verbal du Conseil général, séance du 28 décembre i792.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
du 2 décembre une lutte pareille à celle que Girey- Dupré a soutenue quelques mois auparavant contre la Commune du 10 août1; mais le collaborateur de Brissot n'était pas député, tandis que l'ami de Condorcet est membre de la Convention. Aussi, dès le 31 décembre, Villette écrit-il au cbef de la municipalité parisienne pour lui annoncer que c'est à la barre de l'Assemblée nationale qu'il l'attend, si le Conseil général veut donner suite à la dénonciation « de quelques oisifs de la section du Panthéon- Français2. » Cette menace n'arrêle pas les poursuites; le 5 janvier, le député de l'Oise reçoit une assignation à comparaître devant le tribunal de police « pour avoir employé, dans une lettre rendue publique, des expressions, des tours de phrase antïciviques et tendant à diminuer la confiance due à la municipalité. »
Villette envoie l'exploit h la Convention en l'accompagnant de deux lettres, l'une adressée à Chaumette, l'autre au président de l'Assemblée nationale. Dans la première, il plaisante le magistrat municipal sur ses prétentions à faire revivre le code de l'ancien lieutenant de police, « ce code que l'on croyait enseveli sous les ruines de la Bastille. » Dans la deuxième, il demande à la Convention s'il doit obéir. « J'invoque, dit-il, la liberté de la presse, l'inviolabilité des législateurs, le droit que nous avons d'exprimer librement nos pensées, sans en devoir compte qu'au souverain. Il est temps de montrer la puissance nationale dont nous sommes