‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. cinquièmeChapitre 198 sur 272 · LIVRE XXIII. m · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII. m

Ce n'était pas assez que d'avoir renouvelé le Comité chargé de la police; il fallait lui assurer un pouvoir incontesté. Le ïk, Gensonné propose à la Convention, comme complément de la réorganisation qu'elle avait ébauchée le 7, un décret ainsi conçu :

« Article 4*r. La police de la ville où la Convention »< tient ses séances lui appartient.

« Art. 2. Aucune mesure de sûreté générale ne « pourra être prise à la municipalité et au Conseil gé- « néral sans en avoir préalablement rendu compte à la » Convention nationale.

« Art. 3. Tous les malins le maire sera tenu de ren- « dre compte par écrit de la situation de Paris *. »

Montagnards s'étaient promis de profiler de la première occasion pour le renverser, ils n'y manquèrent pas. Nous verrons dans le volume suivant comment ils y réussirent.

1. Pour démontrer jusqu'où allait l'audace de certaines sections, nous n'avons qu'à citer l'arrêté suivant par lequel, maintenant leur premier arrêté cité page 379, les Gravilliers faisaient la ieçon à la Convenlion sur le décret qu'elle venait de rendre, organisaient dans Paris une police nouvelle et investissaient des commissaires non reconnus par la loi du droit de lancer des mandats d'arrêt.

« Sur la motion d'un membre, la section, considérant la difficulté « d'approcher du Comité de sûreté générale, à cause de la mul- « tîplicité de ses travaux ; instruite qu'aux termes d'un dernier « décret, les mandats d'arrêt à lancer par ce Comité doivent être « signés par dix-huit membres, nombre difficile à réunir, ce qui « peut donner le temps aux conspirateurs de se soustraire à la ven- « geance de la loi, arrête r 1" Que les quarante-sept autres sections « seront invitées à nommer, chacune dans leur sein, deux commis- « saires, à l'effet de se constituer en comité central et secret de sû- « reté publique; 2° que les membres du Comité recevront toutes les « dénonciations contre la chose publique ; ils auront le droit de

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

En entendant cette proposition, la Montagne se met en fureur. « Voilà les conspirateurs qui se démasquent, crîe-t-elle en chœur,

— « Eh bien, réplique Lonvet, je demande que l'on entende le Comité de sûreté générale ; il vous prouvera que les tyrans sont là! » et, du doigt, il désigne les bancs où siègent les interrupteurs.

Chambon1 lit l'arrêté de la section des Gravilliers qui institue une nouvelle police dans Paris. Léonard Bourdon prend la défense de cette section, dont il a été le principal représentant à la Commune insurrectionnelle. Suivant lui, la proposition de Gensonné annihile entièrement le pouvoir exécutif. Il rappelle que ce pouvoir a été, par un décret formel, chargé d'assurer la tranquillité publique pendant toute la durée du procès du roi.

« lancer des mandats d'arrêt contre les prévenus, du les interroger, « et, après Jes vingt-quatre heures, de les traduire au Comité de a sûreté générale de la Convention nationale, pour en ordonner « comme il le jugera convenable; sauf môme, si lesdits qualre-vingt- « seize commissaires le jugeaient à propos, à rendre responsables a les patriotes dénonciateurs des suites de la dénonciation, afin que la « liberté individuelle et mobilière soit plus respectée et moins violée; a sauf enfin, à faire part des opérations aux autorités constituées, et a a requérir l'autorisation de la Convention. »

1. Il ne faut pas confondre Chambon, député de la Corrèze, avec son homonyme Chambon, maire de Paris; ils n'étaient pas parents; le premier, l'un des plus courageux girondins, avait été trésorier de France; aussi Marat, son ennemi personnel, lui reprocliaitil à chaque instant ses antécédents aristocratiques. H fut mis hors la loi après le 31 mai 1793, et périt obscurément'dans son pays, où il s'était réfugié. Le second était médecin; il se retira , dès lo 1ïr février 1793, de la scène politkjue et survécut à la tourmente révolutionnaire.

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