LIVRE XXIV
leur, mais la conscience tranquille, je vote la mort. »
Ainsi, des cinq membres importants de la députatïon de la Gironde, aucun n'avait émis un vote de clémence. Trois n'avaient pas même admis l'amendement de Mailhe.
D'autres amis de Vergniaud opineût également pour la mort, mais avec certaines restrictions qui permettent de ne pas compter leur vote pour la sentence funèbre.
Louvet s'exprime ainsi : « Nulle puissance au monde, je vous l'ai dit hier lors du vote sur la deuxième question, ne me fera méconnaître la souveraineté nationale, ne me fera l'usurper. Vous avez rejeté l'appel au peuple; vous me forcez à prononcer souverainement sur une question politique de la plus haute importance, dont la décision suprême appartient à la nation. Je vote la mort, mais à cette condition seulement, que le jugement ne pourra s'exécuter qu'après que le peuple français aura accepté la Constitution que vous êtes chargés de lui présenter... Si, au contraire, l'exécution soudaine d'un jugement irréparable venait à être décrétée, puisse du moins Je génie tutélaire de ma patrie détourner loin d'elle les maux qu'on lui prépare! Puisse sa main toutepuissante nous retirer de l'abîme incommensurahle où quelques ambitieux auront contribué à nous précipiter! Puisse sa main vengeresse écraser les nouveaux tyrans qu'on nous garde! »
De violentes clameurs parties de l'extrême gauche accueillent ces paroles. Louvet continue : « Ne me dites pas que je représente en d'autres ternies l'appel au peuple déjà rejelé. Pour vous déterminer à rejeter cet appel, qu'a-t-on allégué? Qu'on ne pourrait actuellement assembler le peuple sans risquer d'allumer la guerre civile. Eh bien, dans la nouvelle mesure que je vous propose, le peuple ne s'assemble pas actuellement. A l'époque que j'indique, rien ne peut empêcher qu'il s'assemble; car vous-mêmes avez décrété qu'il n'y aurait de Constitution que celle qu'il aurait acceptée. A celte époque, si Louis XVJ ne vit plus, croyez- vous qu'il ne se présentera pas quelque intrigant dévoré du désir de lui succéder, avide du pouvoir suprême, et plus redoutable parce que ses forfaits, moins connus, ne l'auraient pas aussi complètement avili? Je vote pour la mort de l«uis, maïs à la condition expresse que je viens d'exprimer; je déclare formellement que mon opinion est indivisible. »
Brissot et Buzot opinent dans ïe même sens que Louvet.
« J'étais et je suis encore convaincu, dit le premier, que le jugement de la Convention, quel qu'il fut, entraînerait de terribles inconvénients. J'étais ef je suis convaincu que le jugement de la nation , quel qu'il eût été, n'aurait aucun de ces inconvénients, et que, s'il s'en présentait, ils seraient facilement écartés par la force, par la toute-puissance nationale. La Convention a rejeté l'appel. Le mauvais génie qui a fait prévaloir cette décision a préparé des malheurs incalculables pour la France.