LIVRE XIX
Votts n'aurez plus de rois ! Les Français ne peuvent pas souffrir que les peuples qui aspirent à la liberté se donnent un gouvernement contraire à leurs intérêts, et qu'en se créant des rois, ils nous fournissent sans cesse de nouveaux, tyrans à combattre. La Convention nationale doit être un comité d'insurrection générale contre tons les rois de l'univers. »
Malgré les applaudissements enthousiastes des tribunes, l'Assemblée ne s'était pas laissé entraîner à décréter l'insertion de cet article ultra-révolutionnaire dans le nouveau code du droit des gens1. Elle avait prudemment renvoyé la motion au comité diplomatique. Ce comité ne se hâta pas de convertir en décret la proposition de Lacroix et de Danton. Aussi les commissaires à l'armée des Alpes, Dubois-Crancé, Gasparin, Lacombe-Saint- Mïchel se contentèrent-ils d'inviter, par leur proclamation du 6 octobre, les habitants de la Savoie à se réunir dans leurs assemblées primaires. Bien plus, comme il s'était répandu dans le pays des émissaires plus ou moins autorisés à y tout bouleverser, le Conseil exécutif provisoire crut devoir prendre l'arrêté suivant :
« 3 octobre 4792.
« Sur l'avis donné au Conseil, que des Français se « disant commissaires d'une commune-, et agissant au
1 . Moniteur et Journal des Débats cl Décrets, séance du 28 septembre.
1. Les commissaires qui sont si clairement désignés dans cette pièce étaient Huguenin et Michaux, qui, ayant reçu une mission du pouvoir exécutif pour les départements du sud-est (voir note II, à la
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u nom de la nation, avaient paru en Savoie, et s'ingé- « raient en ladite qualité dans les affaires de la nation « savoisienne, leConseil exécutif provisoire arrête que le « général Montesquiou sera requis de veiller avec le plus « grand soin à ce qu'aucun individu n'en impose au « peuple savoisien, en s'attribuant une mission politique « quelconque , autre que celle qui émanerait soit de la « Convention nationale* soit du pouvoir exécutif. Qu'en « outre il sera tenu :
« 1° De faire parvenir le présent avis à tous les ma- « gistrats et fonctionnaires publics de toutes les parties « de la Savoie ;
« 2° S'il se présente dans l'armée française quelque in- « dividuse prétendant délégué par d'autres pouvoirs que « ceuxci-dessus indiqués, de le faire saisir provisoirement « et d'en informer aussitôt le Conseil ; le tout sans préju- « dice du droit et du pouvoir attribués au général de ré- « primer par les lois de la police militaire tous les délits « contraires à la discipline et à l'intention de la Répu- « blique française, de maintenir la sûreté des personnes « et la conservation des propriétés, ainsi que l'indépen- « dance et les droits politiques du peuple savoisien.
« ClAVIÈRE, MONGE, LEBRUN, GllOCVELLE. »
On du volume), avaient, de leur autorité privée, étendit leurs pouvoirs à la province nouvellement conquise par la France. Hugiienin. l'ancien commis aux barrières, et Michaux, le comédien, étaient venus s'installer à Chambéry au nom de la commune de Paris; nous les y voyons fonder la société des amis de l'Égaillé et de la Liberté, autrement dite dos Jacobins {Moniteur Avili septembre), mais Montesquiou se débarrassa d'eux le plus vite possible-
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