LIVRE XXIV
vons ôter aux malveillants une arme terrible dirigée contre nous, pourquoi refuserions- nous de les désarmer? Je vote donc pour que la Convention nationale décrète que sonjugement contre Louis Capet soit incessamment exécuté, mais qu'elle n'en donne l'ordre définitif qu'après qu'elle aura prononcé sur le sort des Bourbons. C'est à vous de prouver que vous voulez et la mort du ci-devant roi et la mort de la royauté. Reudez-vous au vœu fortementexprimé de tous les départements, et dans les vingt-quatre heures nous n'aurons plus devant les yeux l'homme qui fut roi et l'homme qui travailla constamment à le devenir. »
Au jeune Girondin succède à la tribune un misérable pamphlétaire, rédacteur d'une feuille plus ignoble encore peut-être que celle du père Duchesne. Il y cachait son nom de Guffroy sous celui de Rougiff. Émule d'Hébert dans la presse, il se fait l'écho de Marat à la tribune. Sa parole provoquante déverse la calomnie sur tous ceux qui ne partagent pas ses opinions. Vingt fois il est interrompu par les murmures de l'immense majorité; vingt fois il essaye de reprendre le cours de ses divagations. « Oui! s'écrie-t-il , une partie des mandataires du peuple ont trahi leur devoir et leur conscience; oui, les secrétaires ont altéré sciemment un grand nombre de votes!... » L'Assemblée n'y tient plus, elle se lève presque tout entière pour demander que l'orateur soit rappelé à l'ordre. « Guffroy, dit Vergniaud, qui depuis quelques instants a repris le fauteuil, je vais consulter la Convention pour savoir combien de temps il lui convient que vous lui fassiez perdre.
IIISTOIHIÏ Dli LA TERREUR.
— Il est impossible, s'écrie Lasource, de laisser passer sans protestation les paroles que vient de prononcer Guiïroy, elles ne tendent à rien moins qu'à persuader à l'Europe que le jugement du ci-devant roi est le résultat d'une intrigue ténébreuse, à déshonorer la Convention aux yeux de la postérité. Dénoncer le bureau comme prévaricateur, c'est donner à douter que le jugement soit le vœu de la majorité. Si on accuse le bureau d'avoir compté en faveur de Louis des votes qui lui étaient contraires, d'autres ne pourront-ils pas prétendre que le bureau infidèle a pu compter pour la mort des voix qui ne la prononçaient pas? »
La Convention ordonne à Guflroy de se rétracter, ce qu'il fait de fort mauvaise grâce.
Après quelques paroles de Condorcet qui formule une série de vues humanitaires n'ayant trait que fort indirectement à la question, Bancal, l'un des secrétaires, vient lire un discours de Thomas Payne. Lepublicisle américain ne savait pas assez le français pour émettre son opinion dans cette langue ; il faisait traduire sou manuscrit par un ami , et se tenait à côté du lecteur à la tribune même. C'est déjà ce qui avait eu lieu pour le discours que Payne avait fait lire au coiumencemeut du débat1. Mais, autant le premier avait été plein d'acrimonie contre la royauté et le roi, autant celui-ci respirait la grandeur d'âme et la générosité. Aussi, dès les premières phrases, M a rat interrompt violemment le lecteur en s'écriant : « Thomas Payne ne peut voler sur