LIVRE XX
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patrie... La Convention nationale ne doit compte de ses travaux, de ses pensées et du jugement de Louis le Traître qu'à la République entière. »
La plupart des sections avaient eu, dans une occasion ou dans une autre, à se plaindre de l'insupportable tyrannie de ceux auxquels Barère venait de faire une si singulière oraison funèbre. D'ailleurs, beaucoup de meneurs de bas étage s'agitaient dans ces petits centres d'influence locale et aspiraient à prendre la place des commissaires qui, depuis quatre mois, trônaient à l'Hôtel de Ville. Tout le monde se croyait propre à remplir des fonctions municipales, depuis que l'on avait pu juger de l'incapacité de ceux que l'insurrection en avait revêtus. Aussi , beaucoup de sections n'attendirent pas le résultat des protestations de la Commune insurrectionnelle contre le décret du 2/i ; quelques-unes commencèrent leurs opérations électorales dès le 27, la plupart le 28; celtes qui furent le plus longtemps à prendre leur parti, volèrent le 30. Mais le nombre des électeurs se trouva encore moindre pour le choix des nouveaux membres du Conseil général que pour la nomination du maire. La moyenne de un votant sur dix descendit à un sur vingt. Les urnes de quelques sections ne reçurent pas cent suffrages; celles du plus grand nombre n'en reçurent pas deux cents. Les nominations ayant lieu à la majorité relative, beaucoup d'élus ne tinrent leurs
pouvoirs que d'un nombre vraiment dérisoire d'électeurs.
Certains commissaires de la Fontaine-de-Grenelle , des Champs-Elysées, du Mont-Blanc, du Ponceau, se trouvèrent nommés par vingt et même seize vois1 !
Devant l'indifférence de l'immense majorité des électeurs parisiens, les candidats les plus connus éprouvèrent le même sort que les plus obscurs; les deux hommes qui avaient joué à l'Hôtel de Ville, depuis trois mois, et qui devaient jouer jusqu'en mars 179i les rôles les plus importants, Hébert et Chaumette, furent réélus, le premier par cinquante-sis voix dans la section Bonne- Nouvelle, et le second par cinquante-trois voix dans !a section du Théâtre-Français2.
1. Nous n'avons pu vérifier les faits que nous venons ''ccilerque pour trente-trois sections sur 48. Les quinze autres ont omis d'indiquer le nombre des votants et le chiffre de voix obtenues parles candidats. On ne doit voir, dans cet oubli sans doute volontaire, que le désir de ne pas faire connaître des faits analogues, et peut-être plus significatifs encore.
â. Nous ne voulons pas accumuler les citations individuelles. Bornons-nous à ciior le chiffre des voix obtenues par les personnages les plus marquants de la Commune du 2 décembre : Les deux prèlres qui conduisirent Louis XVI 5 l'échafaud, Jean-Claude Bernard et Jacques Roux, n'obtinrent crue 24 et 46 vois dans les sections de Mon treuil et des Gravilliers sur 104 et 300 votants; Destournclles, qui devait présider le conseil général an 31 mai, et, en récompense de sa conduite dans cette journée, être appelé au ministère des finances, fut élu dans la section de la Bibliothèque par 46 électeurs; le secrétaire de l'ancienne et de la nouvelle Commune, Coulombeau, n'obtint, aux Droits de l'homme, que 25 voix sur 155; Geney, le maître tonnelier dont nous avons parlé (tome 1, page 133), fut élu par 34 vois sur 213 dans la section du Finistère; le tailleur Lcchenarrl,
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France