LIVRE XIX
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Que signifiait cette affectation de désintéressement de la part de Dumouriez, qui n'avait, certes pas l'intention de mettre son épée au chu-, suivant l'expression employée par lui dans une autre partie de sa lettre? Que voulait par cette proposition solennelle Gensonné , l'ami particulier et Tua des confidents intimes de ce général?
On ne saurait attribuer cette double déclaration de principes émanant de pareils hommes ni à. l'ivresse d'un enthousiasme inconsidéré, ni aux défiances d'une démocratie ombrageuse, A quoi donc cette comédie devaitelle aboutir? C'est ce qu'il est difficile de deviner à soixanle-dix ans de distance, puisque aucune suite n'y fut donnée de part ni d'autre.
Dumouriez fit, le 7 novembre, son entrée triomphale dans la ville de Mons. Dès le lendemain, le comité des Belges et Liégeois retirés en France depuis deux ans, et rentrés à la suite de l'armée française, convoquait une assemblée populaire. Une administration provisoire était aussitôt élue, et dans sa première séance, elle adoptait la déclaration suivante :
r Au nom du peuple souverain :
« Nous déclarons à la face du ciel et de la terre que tous les liens qui nous attachaient à la maison d'Autriche- Lorraine sont brisés; nous Jurons de ne plus les renouer et de ne lui reconnaître en quoi que ce soit aucun droit à
la souveraineté de la Belgique, car nous voulons rentrer dans nos droits primitifs, imprescriptibles et inaliénables... »
Le soir même se réunit une société populaire qui prend le litre de Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité de Mons, et s'empresse de s'affilier à la toute-puissante société des jacobins de Paris. Dumouriez ne manque pas d'assister à la première séance; une harangue officielle lui est naturellement adressée; il y répond en protestant de son dévouement sans réserve à la cause sublime des peuples, et en déclarant qu'il accepte avec reconnaissance la couronne civique qui lui est offerte1.
Après quatre jours de repos donné à ses soldats, Dumouriez quitte Mons le 11. ïl campe le 42 à. Enghien ; après un combat heureux à Anderlecht, il force les Autrichiensà se retirer parLouvain surTirlemont. Le \h,, Bruxelles lui ouvre ses portes ; les magistrats viennent lui apporter les clefs de la ville. A leur harangue officielle Dumouriez réplique : « Citoyens, plus de ces cérémonies ; gardez vos clefs vous-mêmes, et gardez-les bien. Ne vous laissez plus dominer par aucun étranger. Vous n'êtes pas faits pour l'être ; joignez vos citoyens aux nôtres pour chasser les Allemands. Nous sommes vos amis et vos frères. »
Pendant ce temps, les deux ailes de l'armée française s'avançaient suivant le plan convenu, mais avec une rapidité très-différente. A la droite, Valence, qui plus encore que Dumouriez, avait souffert du défaut de fournitures,