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Histoire de la Terreur 17921794. T. deuxième

Nous venons d'assister à l'inauguration du nouveau règne; la rue dicte ses lois à la royauté et à la représentation nationale. De l'édifice que les législateurs de 1791 croyaient avoir si habilement construit, que reste-t-il au 1" juillet 1792? La masse est encore debout, niais de sourds craquements révèlent les déchirements intérieurs de ses parties mal jointes; on pressent qu'elle ne tardera pas a s'effondrer sur elle-même.

Tous les principes de subordination sont anéantis , l'esprit de révolte est érigé en système. Ce ne sont plus les autorités inférieures qui reçoivent des ordres; elles h 1

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en donnent. Les simples particuliers, se posant en tribuns populaires , invoquent la Constitution lorsqu'ils croient pouvoir la faire tourner au profit de leurs passions, et la foulent aux pieds dès qu'ils ont intérêt à se débarrasser de ses entraves. Le respect de la légalité, que la Constituante avait déclaré être la base fondamentale de tout état libre, est complètement étouffé sous les efforts incessants des clubs et des journaux démagogiques. La loi, dont les tables ont été placées partout pour qu'elle soit sans cesse rappelée à la mémoire du peuple , n'est plus qu'une lettre morte que chacun discute, interprète, transgresse, insulte à son gré1.

Dans le sein de l'Assemblée, les tribunes dirigent les débats et exercent une tyrannie de moins en moins

I. Nous pourrions accumuler les faits pour prouver dans quoi mépris étaient tombées la loi et les autorités par elle instituées. On trouvera à la fin de ce volume trois documents qui donnent une idée exacte de la situation des esprits dans ces temps d'anarchie. Le premier émane d'un 'directoire de département; la défiance contre le pouvoir exécutif s'y cache sous la forme de l'ironie. Dans le second- nous voyons la municipalité d'une ville importante (Chartres) refuser d'obéir aux autorités départementales , discuter, probablement sous l'inspiration de Brissot, de Pétion et de Sergent, tous trois originaires de cette ville, la légalité d'un acte du pouvoir exécutif. Le1 troisième fait connaître jusqu'à quel point de simples individus pouvaient impunément pousser l'insolence vis-à-vis des pouvoirs constitués. Il a cela de remarquable qu'il noiis montre Robespierre jeune prenant à Arras, avec toute la fougue de son caractère, le rôle de tribun que son frère devait jouer d'une manière plus cauteleuse à la barre de l'Assemblée législative durant toute la période qui sépare le 10 août de la réunion de l'Assemblée conventionnelle.

contestée; elles encouragent ou invectivent les. orateurs, les poursuivent jusque sur leurs bancs de leurs acclamations enthousiastes ou de leurs huées sinistres.

Si (e drame immense de la révolution peut être comparé aux. tragédies grecques , dont les héros s'entr'égorgent, poussés par l'irrésistible Destiu, les tribunes y jouent Je rôle des chœurs de Sophocle ét d'Euripide ; elles participent à l'action, elles mêlent leur voix, à celle des acteurs principaux , elfes distribuent le blâme ou l'éloge aux personnages placés sur le devant de la scène, elles accompagnent de leurs imprécations le départ des victimes, qu'attend le bourreau, ce représentant de la fatalité antique.

Qu'est-il besoin de raconter en détail les dernières tentatives faites par quelques hommes courageux pour arrêter dans son cours le flot révolutionnaire, de décrire une à une les scènes scandaleuses dont l'Assemblée législative était journellement le théâtre? De ces tentatives, de ces scènes, contentons-nous de mentionner celles qui eurent une influence décisive sur la marche des événements; voyons comment chaque effort des constitutionnels tourna contre eux, et comment chaque arme légale fut brisée entre leurs mains, à mesure qu'ils essayèrent de s'en servir.

Le lendemain du brusque départ du général La Fayette, le ministre de la guerre Lajard transmit à l'Assemblée

une lettre du maréchal Luckner, qu'un courrier extraordinaire venait de lui apporter. Cette lettre, datée de Menin, 28 juin, contenait des protestations de dévouement absolu à la royauté constitutionnelle, et constatait un parfait accord avec un général « qui avaif acquis le droit de faire entendre sa voix toutes les fois qu'il s'agissait de liberté. »

La date de la lettre de Luckner coïncidait avec celle de l'arrivée de La Fayette à Paris, mais les événements avaient marché plus vite que le courrier. On avait espéré un coup de . théâtre, qui manqua totalement; la droite dut demeurer silencieuse, et la gauche put renouveler ses dénonciations contre les généraux qui colportaient parmi leurs troupes des pétitions inconstitutionnelles.

A l'appui de ces dénonciations, qui jusqu'alors étaient restées dans lë vague. Gensonné dépose sur le bureau du président une lettre écrite par un officier de l'armée du Nord, dans laquelle l' ex-constituant Charles Lameth est accusé d'avoir provoqué dans sa division une adresse improbative des derniers événements. En vain Mathieu Dumas, s'écrie que l'on désorganise l'armée ; la dénonciation signée par Gensonné est renvoyée à la commission des Douze1.

\. Nous avons retrouvé le texte même de la dénonciation do Gensonné; elle consiste dans un simple extrait de la lettre qu'il lut ù l'Assemblée et qu'il se contenta de certifier. Cet extrait se trouve au Moniteur du JEr juillet, p. 7o9.

Nous avons également retrouvé la réponseque Charles Lameth fit à cette dénonciation aussitôt qu'elle parvint à sa connaissance; elle est aussi noble qu'explicite. Nous la donnons à la fin du volume.

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