‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. deuxièmeChapitre 101 sur 237 · LIVRE Vfl · texte numérisé non relu

LIVRE Vfl

sortant un peu de l'obscurité, frappent d'abord les yeux? Nous trouvons Je journaliste Robert, l'instituteur Léonard Bourdon, Rossignol, aujourd'hui ouvrier paresseux, demain lâche général; des hommes de loi de la pire espèce, de ceux que M. Michelet appelle les scribes du ruisseau, comme Lhuillier et Truclion; des hommes de sac et de corde, comme l'ancien commis aux barrières Huguenin et le vendeur de contre-marques Hébert; des prêtres apostats, comme Bernard et Xavier Àudoin; le cordonnier Simon, le futur bourreau de l'enfant royal, Cailly, Lenfantet Duffort, les futurs collègues de Marat, de Panis et de Sergent, au comité de surveillance de septembre. Le reste, c'est l'inconnu!... Et voilà les hommes qui disposèrent, dans une nuit de funeste mémoire, des destinées de la France!

Pendant que les prétendus commissaires des sections s'organisent à petit bruit dans leur salle1, entrons dans

1. La commune légale et la commune insurrectionnelle siégèrent simultanément, pendant plus de quatre heures, dans deux salles presque contiguës de l'Hôtel de Ville. C'est ce qu'aucun historien n'a fait remarquer avant nous. La réunion des commissaires des sections était si bien connueduconseii légal, qu'on lit ce qui suit dans le procès-verbal de la section du faubourg Saint-Dunis : a Les trois commissaires nommes parla section ayant communiqué leur pouvoir au conseil général de la commune, il les a renvoyés à l'assemblée des commissaires des sections séant dans fa maison commune. Us se sont rendus dans la salle où cette assemblée tient ses séances, »

celle où le conseil général de la commune siège depuis plusieurs heures1.

Le conseil est loin d'être au complet, car, nous l'avons vu plus haut, un grand nombre de membres se sont chargés d'aller visiter les différentes sections et de leur prêcher la concorde et la paix.. En revanche, les tribunes établies autour de la salle2 regorgent de spectateurs; on les a choisis avec soin pour exercer sur les membres de la commune une pression incessante, arracher à leur faiblesse les arrêtés indispensables au triomphe de l'insurrection.

Cousin, professeur au Collège de France, préside à la place de Pélion, qui s'est rendu au Château. Le savant physicien jouissait alors de la faveur populaire3; jaloux

1. Lô procès-verbal de la séance tonne par le conseil général dans la nuit du 9 au 10 août n'a jamais été rédigé, ou, s'il l'a été, il a été détruit. Royer-Collard, qui était alors secrélairc-greffier de la commune, emporta le; minutes, après l'expulsion violente duconseil, et se refusa plus lard à les rendre aux nouveaux représentants de la commune. Voir à cet égard la lettre officielle que donnent MM. Bûchez et Roux, dans le tome XVI de leur Histoire parlementaire, et dont l'original so trouve collé sur le registre des délibérations du conseil général de la commune, à la place même où il existe un blanc destiné à contenir les délibérations prises par le conseil dans les dix premiers jours d'août. La dernière séance dont le procès-verbal est inscrit sur le registre est celle du 28 juillet. Il y a une lacune jusqu'au 40 août, sept heures du malin ; a celte date se trouve le procès-verbal falsifié de la commune insurrectionnelle.

2. Le conseil général de la commune siégeait dans la salle dite du Trône, dont les croisées donnentsur la place de Grève. La salle exisle encore dans les mêmes dimensions ; c'est la seule partie conservée de l'ancien Hôtel de Ville.

3. Il n'en jouit pas longtemps, car nous avons trouvé,' à la dale du

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de la conserver, il laisse les tribunes conduire les débals. Celles-ci ne se font pas faute d'invectiver ceux des municipaux qui osent opposer quelque résistance aux motions incendiaires émises à chaque instant. Le scandale devient si grand que l'officier municipal J.-J. Leroux, après avoir plus d'une fois vainement prié le président d'imposer silence aux interrupteurs , se tourne lui-même vers les tribunes et les apostrophe ainsi :

« Si vous êtes dans l'intention d'exécuter vos menaces, vous êtes en force; descendez et sacrifiez vos magistrats; ils sont à leur poste; mais si vous êtes incapables d'un crime, sachez porter au conseil le respect que vous lut devez. »

Tant de courage réduit pour un instant les tribunes au silence, mais les menaces se renouvellent bientôt et de-

9 et du -M décembre '1792, les deux arrêtés suivants de la section du Panthéon français, & laquelle Cousin appartenait :

« L'assemblée générale et permanente de lu section du Panthéon fiançais, considérant que le citoyen Cousin a perdu sa confiance et qu'elle l'a déjà annoncé à tout Paris;

« Arrête qu'elle lui relire les pouvoirs qu'elle lui avait donnés pour la représentera la municipalité.

« Lardel, président; Dauouk, sect-iMaire.

« L'assemblée arrête qu'elle invile ses commissaires et la commune provisoire à faire rendre les comptes au citoyen Cousin, dans le plus bref délai.

« Lardel, président; Damour, secrétaire, o

Cousin ne périt pas dans la tourmente révolutionnaire, mais il resta en prison pendant toute la Terreur; nous avons retrouvé l'arrêté qui le mit en liberté, il est daté du AO thermidor, an ».

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m HISTOIRE DE LA TERREUR.

viennent de plus en plus vives. Le nombre des hommes à face patibulaire s'augmente à mesure que la nuit s'avance. Le président, s'apercevant que J.-J. Leroux se trouve personnellement exposé aux violences des spectateurs, se hâte de J'y soustraire en l'envoyant, avec trois de ses collègues, Lesguillez, André et Desmousseaux,, à l'Assemblée nationale pour lui rendre compte de l'état de Paris, et au Château pour retrouver le maire , dont les meneurs commencent à trouver l'absence bien longue.

Tandis que le conseil général continue à s'affaiblir par suite de missions publiques et peut-être de désertions secrèles, la réunion des soi-disant commissaires des sections commence à faire sentir sa présence. Des communications fréquentes s'établissent entre eux et les représentants légaux de la ville. Le conseil, succombant à la * fatigue physique, moralement subjugué par la pression des tribunes et par les suggestions incessantes des com- , missaires, n'est bientôt plus qu'une marionnette dont le conciliabule insurrectionnel tient les fils et qu'il fait manœuvrer jusqu'à ce qu'il lui plaise d'agir ouvertement par lui-même.

Deux objets essentiels devaient naturellement préoccuper les conspirateurs : être assez forts à l'Hôtel de Ville pour y commander en maîtres, rendre libre le chemin des Tuileries par la désorganisation des plans du commandant générah

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