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qu'il se hâte de rejoindre ses amis, qui l'attendent pour le consigner.
Pétion sorti, l'Assemblée, toujours très-peu nombreuse1, recueille les nouvelles qui lui sont apportées par quelques-uns de ses membres, accepte des dons patriotiques, entend des rapports sur une nouvelle banque à fonder, sur les brevets d'invention, sur la suppression de la prime accordée pour la traite des nègres; reçoit des dénonciations contre le maire de nous ne savons quelle bourgade, accusé d'être en correspondance avec les émigrés; écoute de longues adresses, que lui envoient des sociétés patriotiques allemandes qui l'adjurent de s'unir pour sauver la France2. Certes, rien ne pouvait venir, plus à propos, mais l'Assemblée ne comprend, ni les avertissements qui lui arrivent de loin, ni ceux qui lui sont transmis par les aulorités qui siègent à sa porte. En effet, la lettre suivante venait d'être apportée au président :
« Paris, le 10 août 1795, 3 heures du malin.
« Monsieur le président, « La section des Tuileries, assemblée en armes, a
4. « L'Assemblée n'est pas composée de plus de cent cinquante membres, » dit le rapport de Blondel, daté de trois heures quarante minutes, inséré dans la Revue rétrospective, p. 3o6.
2. Nous puisons ces détails et ceux qui suivent dans le compte rendu du Journal des Débats et Décrets, p. 141, n° 320, et dans le Logographe, p. 9, 10, 41. — Ces détails, en réalilé insignifiants, donnent aux délibérations de l'Assemblée législative, durant la nuit du 9 au iO août, uneêlrangeté que l'historien ne doit pus oublier de signaler. a
l'honneur de vous informer qu'elle a autorisé M. de La Hoche à ne plus reconnaître l'étal-major, mais qu'elle veille à la sûreté de l'Assemblée nationale et que ses canons ne peuvent être mieux placés que dans la cour des Feuillants, qui est une des issues de l'Assemblée nationale.
« L.e président de la section des Tuileries. « Bonjour1. »
Peu de temps après, le ministre deMa justice parait à la barre et annonce officiellement à l'Assemblée, au nom du pouvoir exécutif, les événements qui sem-
' \. Ce Bonjour était un commis du ministère de la marine, queBertrand de Slolleville avait chassé de ses bureaux. ( Voir les Mémoires de Bertrand de Molleville, t. IX, p. 109.) Il présidait encore le comité de la section des Tuileries lorsque, quelques heures plus tard, les prisonniers qui so trouvaient au corps de garde des Feuillants, et notamment Suleau, furent livrés à Théroigne de Méncourl et aux assassins qui l'accompagnaient. La section des Tuileries tenait ses séances dans l'église des Feuillants, et son comité dans l'une des salles de ce couvent.
La lettre de Bonjour, que nous venons de citer, concorde parfaitement avec celle que le commandant de bataillon, de La Roche, écrivait au mémo moment à Pétion. Ces deux documents, qui montrent dans que! état de désorganisation étaient tombées les autorités civiles et militaires, môme celles chargées plus spécialement de la sûreté de !"A;5emblée, se corroborent ainsi l'un par l'autre.
Monsieur Pétion, maire de Paris.
<i Monsieur lo maire, (i C'est avec la plus grande confiance que je m'adresse à vous, pour que vous ayez la bonté de ra' éclairer sur la conduite que je dois tenir dans la circonstance délicate et désagréable dans laquelle je me trouve. 0 « La section des Tuileries m'a notifié un arrêté qu'elle a pris dans sa
LIVRE FU. 263 Lient se préparer. « Le roi vient d'être informé qu'il s'était élevé des doutes sur la liberté de M. le maire de Paris au château des Tuileries; Sa Majesté a vu avec plaisir M. Pétion et M. Rœderer se rendre auprès de sa personne; elle me charge de venir déclarer que, loin de souffrir qu'il soit porté atteinte à leur liberté, il a recommandé qu'honneur et respect leur fussent rendus dans toute sa maison... »
La réfutation des mensonges insinués par Pétion, soutenus si affirmativement par ses amis, était complète; mais personne ne la relève.
« Messieurs, reprend Dejoly au milieu du plus profond silence, le roi saisit cette occasion pour rendre un nouvel hommage à la Constitution. » — Point d'applaudissements. — « Le roi est informé qu'il existe au faubourg Saint-Antoine un rassemblement, résultat de provocations antérieures; quoique sa contenance ne soit pas inquiétante, il n'en est pas moins contraire au bon ordre, puisqu'il n'apas été autorisé par les autorités constituées. . D'après les détails que j'ai reçus, on doit se porter chezle roi et à l'Assemblée nationale. Je prie l'Assemblée de
séance de ce soir, pur lequel elle me défend de recevoir et exécuter aucun ordre de l'étHt-major, qu'elle a déclaré, par un arrêté antérieur, avoir perdu sa confiance.
« Je reçois, dans le moment, des ordres de M. Mandat, commandant général, pour faire rappeler dans l'étendue de la section.
a Honorez-moi, je vous en supplie, de votre conseil, et vous obligerez celui qui est avec respect
« A'otre trés-humble et très-obéissant serviteur, v De La Hoche. «
prendre de promptes mesures pour prévenir les désordres qui pourraient suivre cette démarche. »
« II y a des lois contre les rassemblements, s'écrie François de NeufcMteau, c'est au pouvoir exécutif à les faire exécuter. — Il est prudent, ajoute Vergmaud, avant de prendre des mesurés quelconques, de connaître le compte que la municipalité doit rendre sur l'état actuel de Paris. >> Celle motion dilatoire est adoptée, et la séance est suspendue1.
Comme on le voit par la communication de Dejoly à l'Assemblée, on était, pendant les premières heures de la nuit, assez rassuré au Château2. Mais l'inquiétude ne