‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. deuxièmeChapitre 133 sur 237 · LIVRE VII. :m · texte numérisé non relu

LIVRE VII. :m

poser l'enfant sur le bureau même des secrétaires1; la reine et la famille royale entrent enfin et se placent sur les sièges destinés ordinairement aux ministres; le roi s'assied à côté du président les ministres se tiennent derrière lui.

« Je suis venu ici, dit Louis XVI, pour éviter un grand crime, je pense que je ne saurais être mieux en sûreté qu'au milieu de vous.»

Vergniaud depuis quelque temps occupait le fauteuil. L'on avait senti qu'au milieu des circonstances où l'on se trouvait, ce n'était pas trop de toute la .popularité du grand orateur girondin pour en imposer aux dernières témérités de l'anarchie. Il répond à Louis XVI :

« Vous pouvez, sire, compter sur la fermeté de l'Assemblée nationale; ses membres ont juré de mourir en soutenant les droits du peuple et les autorités conslituées2. »

On faitobserver que les circonstances sont trop graves pour que les délibérations soient suspendues. Cependant, suivant la Constitution, qu'on invoque toujours au moment même où on va la violer, elles ne peuvent continuer en présence du souverain. Mais si le roi quitte (a salle, qui peut répoudre de sa sûreté? On propose de le placer dans une tribune, à la barre, sur le banc des ministres; le

\ . Chronique de 50 Jours et déposition de Noël Avril.

2, Le moniteur, le Loge-graphe et le Journal des Débats cl Décrets parlent tous trois du a maintien des autorités constituées; » le procèsverbal île l'Assemblée, rédigé à loisir, a bien soin de supprimer ces mots si imponants; les vainqueurs, ne voulant plus lenir cetle promesse, la passèrent naturellement sous silence.

roi demande lui-même à quitter la place qu'il occupe près du. président; l'Assemblée décide que Louis XVI et sa famille seront installés dans la loge du Logogiaplie4 .

C'est là, dans un misérable réduit, large de douze pieds, haut de six, situé derrière le fauteuil de la présidence, qu'entouré de quelques amis fidèles2, l'arrièrepetit-fils de Louis XIV va assister, durant dix-sept heures5, à l'agonie de la royauté; c'est là qu'accablé d'injures et d'outrages de toute espèce'', Louis XVI va se préparer au martyre qu'il aura à subir au Temple, pendant cinq -longs mois, avant d'en recueillir la palme le 21 janvier 1793.

1. La loge où le roi et la famille royale avaient été confinés était spécialement affectée aux rédacteurs d'un journal qui s'appelait Journal hor/ojfraphiqm ou le Logolachy graphe. Ce dernior titre, trop long et trop savant, n'a pas prévalu, et des deux noms on a Tait le Logograplie, qui passera à la postérité, grâce à la circonstance fortuilc qui fit du local à lui affecté le dernier refuge de la royauté aux abois.

% Parmi ces serviteurs fidèles se trouvaient le prince de Poix, le comte d'ilaussonvtlle, le duc de Choiseul, MM. de Eriges, de Goguelat et d'Aubier.

3. De dix heures du matin, le 10, à trois heures de la nuit, du 40 au 11 août.

4. Voir dans les Mémoires de Barbaroux, p. 7C. les insolences imbéciles et grossières que le roi l'ut oblige do subir de la part d'un émeuticr sentimental qui vint lui rapporter une bourse qu'il avait trouvée, disait-il, aus Tuileries.

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