LIVRE VIII
à la hâte au crayon; cet ordre portait que les Suisses eussent à cesser le feu, à évacuer le Château et à rentrer dans leurs casernes. D'HervtlIy, en passant devant les hommes de l'escorte, le leur avait communiqué, et ceuxci s'étaient empressés de décharger leurs armes1, comme venaient de le dire Guadet et Lacroix.
De pareilles communications auraient dû ramener le calme parmi les représentants du peuple. Au contraire, vingt propositions s'entrecroisent, aucune n'aboutit; on croit agir et l'on n'agit pas. Sur la lettre de Pélion , annonçant qu'il est consigné2, on ordonne par décret, « aux. citoyens, au nom de la loi, de laisser paraître aux yeux du peuple le magistrat que le peuple' chérit. » On propose de nommer un commandant général de la garde
1. 11 est évident, par la place qu'occupe dans le procès-verbal de l'Assemblée la communication faite par Dubouchage, qu'elle fut de quelques minutes postérieure à l'ordre donné à d'Hervilly. Celui-ci, en le recevant des mains du roi, avait-il fait la restriction mentale de ne se servir de cet ordre que suivant Jes chances du combat alors engagé, nul ne peut le dire; mais que Louis XVI, en le donnant, ait eu lui-même une semblable pensée, cela nous semble impossible. Voilà pourtant ce que les écrivains ultra-révolutionnaires, et notamment M. Louis Blanc, ont voulu induire du récit que Bertrand de Molleville donne dans ses Mémoires, d'une conversation qu'il eut à Londres avec d'Hervilly, quelques mois plus tard.
Nous ne pouvons pas non plusaccepter le récit que M. Garnot nous donne {Mémoires sur son père, t. Ier, p. 548) comme le tenant de Prieur (de la Côte-d'Or); on y voit a Louis XVI dans la loge du Logograpke, debout, appuyé sur un fusil qu'il avait pris dos majns d'un soldat, et frémissant de rage. » Rien n'est plus contraire à l'attitude de Louis XVI au 10 août et dans toutes les journées qui précédèrent.