‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. deuxièmeChapitre 156 sur 237 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

Le ministre de la guerre, d'Abancourt, est accusé par les montagnards d'être la cause du conflit sanglant qui vient d'avoir lieu aux Tuileries; -c'est lui, dit-on, quia retenu les Suisses à Paris, lorsqu'un décret de l'Assemblée les renvoyait loin de la capitale1; on le décrète d'accusation et on l'envoie à l'instant même dans les prisons de la haute-cour d'Orléans.

Pendant que l'on arrête les derniers ministres de la monarchie, on procède à l'élection des premiers ministres de ia république. On déclare qu'il n'y a pas lieu, pour les ministères de l'intérieur, des finances et de la guerre, de suivre le mode déterminé par le décret adopté une heure auparavant, mais que Roland, Clavière et Servan, qui, conformément à la déclaration solennelle du 13 juin, ont « emporté les regrets de la nation, » y se*-

i. Dejoly date son récit du 14 août, quatrième jour de sa captivité. Avant d'être arrêté, il avait écrit au président de l'Assemblée la lettre suivante, que nous avons retrouvée :

« Monsieur le président,

« Je vous prie de vouloir bien annoncer à l'Assemblée nationale, qu'en exécution du décret qu'elle a rendu hier, j'ai fait apposer le sceau de l'État, expédier et envoyer aux corps administratifs et judiciaires tous les décrets qui ont été rendus dans cette journée.

a Jlon successeur est nommé; j'aurais désiré pouvoir lui remettre moi-même les sceaux; mais le département ayant, en conformité des ordres de l'Assemblée nationale , apposé le scellé sur le cabinet où ils sont, je crois, monsieur le président, ne pouvoir mieux faire quo de vous adresser directement les clefs de l'armoire et du coffre dans lesquels ils sont renfermés.

a Je suis avec un profond respect, etc.

« Dbjolï. »

• Pans, le 11 août 1793, l'an iv delà Liberté, à une heure du matin. •

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

ront rappelés par acclamation. Mais on nomme les trois autres au scrutin. Sur 284 votants, Danton réunit 222 suffrages pour le ministère de la justice ; Monge 154 pour celui de la marine, et Lebrun 109 pour celui des affaires étrangères1.

284 votants, sur 749 membres dont se composait l'Assemblée, sur 680 qui avaient pris part, deux jours auparavant, au scrutin acquittant La Fayette, voilà où en est réduite la représentation du peuple français. Une assemblée décimée par la peur ou le dégoût, une commune usurpatrice qui s'est nommée elle-même, tels sont les arbitres suprêmes des destinées de notre patrie. Quant aux quatre-vingt-deux autres départements qui ont souvent manifesté des vœux favorables au maintien de la Constitution de 1791 et envoyé à la Législative une majorité considérable pour la soutenir, il n'en est pas même question.

Vergniaud seul, disons-le à sa louange, ose dans ce moment se révolter contre la tyrannie du peuple de

i. Des six premiers ministres de la république, deux périrent sur L'échafaud, Lebrun et Danton, deux se donnèrent eux-mêmes la mort, Roland et Clavîère; les deux derniers survécurent et servirent l'empire ; Servan mourut en 1808, général de division ; Monge devint sénateur et comte de Peluse.

Des six derniers ministres de Louis XVI, un seul , le malheureux d'Abancourt. périt de mort violente. Nous raconterons bientôt comment il fut ramené, moins d'un mois après le 10 août, d'Orléans à Versailles par la troupe de Fournier l'Américain, comment il tomba avec un autre ministre de Louis XVI, Delessarl, et quarante-neuf autres victimes, sous le fer des assassins envoyés par lu commune de Paris.-

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