LIVRE IV
s'écrie fièrement l'orateur, je ne parlerai plus dans cette assemblée1. » Et il descend de la tribune. Les récriminations se croisent et s'entre-choquent.Tarbé, deladroite, demande ironiquement que l'on entende seulement les membres qui ont à parler dans le sens des spectateurs. La gauche elle-même proteste contre l'intolérance des tribunes. Carnot le jeune propose que l'on envoyé à l'Abbaye, pour trois jours, le membre qui troublera la séance. Girod (de l'Ain), obtenant la parole pour une motion d'ordre, dit : « Les déparlements jugeront le jugement que nous allons rendre. Les Parisiens nous jugeront eux-mêmes lorsque leur moment d'ivresse sera passé. Je demande le vote par appel nominal. » Un autre membre de la droite dépose sur le bureau un projet de décret ainsi conçu :
« L'Assemblée nationale, considérant qu'il est démontré à la France entière que, si la municipalité de Paris a la volonté, elle n'a pas le pouvoir d'empêcher quelques individus des faubourgs Saint-Anloine et Saint-Marcel de se rassembler en armes toutes les fois qu'ils le voudront, décrète qu'à l'avenir elle tiendra ses séances à Rouen ou dans toute autre ville du royaume qui respectera les lois. »
La majorité rejette tous les contre-projets, tous les
1 . Daverhoult, patriote hollandais réfugié en France, que le département îles Ardcnnes avait envoyé siéger à la Législative, donna sa démission quelques jours plus tard et se rendità l'armée où il avait le grade de colonel. Après les événements du 10 août, qu'il avait si bien pressentis, Daverhoult se donna la mort pour no pas tomber entre les mains de ses ennemis.
amendements, refuse île procéder à l'appel nominal, et adopte, sans que la droite prenne part au vote, le décret présenté par Mura ire :
« Article ï". La suspension prononcée contre le « maire de Paris par l'arrêté du département du 6 juillet, « etconlirraée par la proclamation du roi du 11 du même « mois, est levée.
» Art. it. L'Assemblée nationale surseoit à prononcer « sur la suspension du procureur de la commune jusqu'à « ce qu'il ait été entendu.
« Art. ni. Le renvoi aux tribunaux est annulé en tout « ce qui concerne le maire et les officiers municipaux.
« Art. iv. L'Assemblée nationale décrète que le pou- « voir exécutif fera passer dans le jour deux expéditions « du présent décret, l'une au déparlement, l'autre à la « municipalité. » „
Faisant une apparence de concession à la droite, l'Assemblée décrète que le ministre de la justice rendra compte, sous trois jours, des poursuites qui ont dû être faites contre les instigateurs et auteurs des événements du 20 juin.
Le lendemain 14, fut célébrée la fêle de la Fédération. Pétion y parut en triomphateur, traînant, pour ainsi dire, Louis XVI derrière son char, comme autrefois César victorieux traînait les rois vaincus de la Gaule.
Mais réservons pour le livre suivant tout ce qui concerne cette solennité, la dernière où devait paraître la