Numéro du 28 juillet
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
discours, fit chorus avec les Annales, et le Moniteur 1 s'accorda avec le Patriote pour attribuer l'émotion populaire aux bruits répandus sur les préparatifs militaires des Tuileries. « Les agitateurs, disait le Moniteur, ont encore une fois peixlu leur temps et leur argent. » Mais les mensonges du journalisme ne suffisaient pas pour anéantir tous les soupçons, une démarche officielle était indispensable- Pétïon, qui avait été initié aux projets des conspirateurs, qui avait été instruit heure par heure (il s'en vanta lui-même plus lard) de ce qui se passait au Soleil d'or, à Versailles, dans les faubourgs Saint- Antoine et Saint-Marceau, Pétion paya d'audace et, accompagné de son fidèle Manuel et d'une députa lion de la municipalité, vint lire à la barre de l'Assemblée nationale un rapport qu'il avait écrit d'avance, « pour le vas où il n'aurait pas pu être admis 2. »
« Paris, le 2" juillet, 1795, an iv de la liberté.
h Monsieur le président,
(i Je saisis mes premiers instants de liberté pour vous faire part des événements qui viennent d'avoir lieu.
« Hier, à minuit, je fus instruit d'un projet qui n'a pu être imaginé que par des ennemis de notre liberté et par des citoyens égarés. 11 paraît que l'on avait conçu
1 , Numéro du 28 juillet.
'2. Nous publions le texte même du rapport de Pétion, que nous avons retrouvé tout entier écrit de su main. Les versions qu'en donnent le Moniteur et le Journal des Débats et Décrets présentent quelques variantes avec le lex!e original.
l'idée de réunir en masse les fédérés, les faubourgs de Paris, les environs, et même la garde nationale de Versailles, de les rassembler au bruit du tambour et du tocsin, et de les porter autour de l'Assemblée nationale et du château. Que serait-il arrivé alors? C'est ce que j'ignore.
« Celte nouvelle ne me fut pas plus tôt connue, que je me rendis sur l'emplacement de la Bastille, où l'on m'avait annoncé que se faisait le rassemblement. Il était alors minuit, Je trouvai des citoyens paisibles dont les uns dansaient et les autres étaient à table. Je leur parlai, je leur dis ce que j'avais appris, je leur découvris le piège qui leur était tendu, je les "engageai à se retirer tranquillement chez eux, et ilsm'écoutèrent avec quelque confiance.
« De là, je fus au faubourg Saint-Marceau. J'entrai à la section, qui était rassemblée. Je fis part aux citoyens présents du motif de mes inquiétudes; on me répondit qu'on venait de recevoir un message par un particulier à cheval, qui les engageait à s'armer pour la liberté et à prendre leurs canons. Plusieurs citoyens m'assurèrent que je pouvais être tranquille, que le faubourg le serait, et qu'ils attendraient tous l'ordre des magistrats pour marcher.
« Sur les deux heures et demie, je rentrai à la mairie, assez satisfait dè la disposition des esprits. A cinq heures, j'ai reçu la nouvelle que le tocsin avait sonné et que la générale avait été battue dans le faubourg Saint-Antoine ; qu'il s'y formait un rassemblement considérable et que l'issue était interceptée pour tous ceux qui voulaient en
■m 1HST0IRK Dli LA TERH.I-UR.
sortir. Je priai l'un de ftl.W. les administrateurs au département de police de s'y rendre à l'inslant, et je l'y ai suivi de très-près. J'ai trouvé, en effet, un concours prodigieux de citoyens et les bataillons sous les armes avec leurs canons. Je me suis arrêté de distance en distance pour haranguer ces nombreux: citoyens, et, ce qu'il y a de consolant pour le magistral, c'est qu'il a vu encore, dans cette occasion, que îa voix de la raison était plus puissante et plus salutaire que celle de la force. On s'est plaint de ce que la caisse avec laquelle on avait battu la générale avait été enlevée de force dans un corps de garde, et de ce qu'on avait forcé les portes d'une église pour sonner le tocsin.
ii J'ai fait assembler le conseil général, et je lui ai rendu compte. Je lui ai proposé la mesure d'un avis aux citoyens; j'espère qu'une journée, dont les commencements paraissaient annoncer des orages, finira par être calme.
« J'ai, au surplus, donné des ordres a M. le commandant général pour tenir sous les armes des forces imposantes.
»( Je suis avec respect, monsieur le président, etc. « Le maire de Paris,
- « Pétion. »
Lafoud-Ladebat présidait. Malgré les rumeurs qui accusent Pétion d'avoir été de connivence avec les émeutiers, il est obligé de se rendre à tant d'audace, et il exprime avec bonne loi la satisfaction de l'Assemblée nationale pour la manière dont le maire de Paris a coin-
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
pris et rempli soû devoir. Cette scène de haute comédie se termine par des applaudissements que prodiguent à l'envi la gauche et les tribunes au « vertueux magistrat. »
Dès que le silence est rétabli, Hua s'écrie que si le maire a rempli son devoir, l'Assemblée doîtaussi remplir le sien; qu'elle est tenue de rechercher les causes des troubles, d'inviter le ministre de la justice à découvrir et à faire punir les auteurs de ces complots, par lesquels le peuple « est continuellement tenu dans un état convulsif1. » Mais cette proposition n'a pas de suite, et la gauche parvient à diriger toute l'attention de l'Assemblée sur une adresse du conseil général, que Pétion avait lue aussitôt après son rapport. La commune réclamait :
« 1° Une loi d'urgence qui interdît à tout Français de sortir du royaume pendant la durée du danger de la patrie;
« 2° Le séquestre des biens de ceux qui contreviendraient à celte loi;
« 3° L'établissement d'un comité de surveillance dans Je sein de la municipalité. »
De ces trois propositions, la première, convertie en motion, est adoptée sur-le-champ; les deux autres sont renvoyées à là commission extraordinaire.
Le comité de surveillance, demandé le 27 juillet par Pétion, fut établi après le 10 août. 11 inaugura son installation en remplissant les prisons de préfendus suspects et en les faisant massacrer au 2 septembre. La démago-