‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. deuxièmeChapitre 52 sur 237 · LES SECTIONS · texte numérisé non relu

LES SECTIONS

Depuis quelque temps Pétion et Manuel se préoccupaient tout particulièrement de régulariser l'action jusqu'alors tumultueuse et désordonnée des sections parisiennes1; car régulariser cette force, c'était en décupler la puissance.

La loi interdisait aux corps constitués de faire des adresses et des pétitions collectives; mais les sections parisiennes n'étaient pas, dans le sens légal du mot, des corps constitués, puisqu'elles n'avaient pas une autorité définie et des attributions spéciales. C'est pourquoi, au grand regret des meneurs jacobins, elles n'avaient pu, au moment de la proclamation de la patrie en danger, se mettre en permanence comme tous les autres corps auxquels s'appliquait le décret du 12 juillet.

1. Voir dans le premier volume, p. 331, la notice concernant l'organisation fie la municipalité et des sections parisiennes. Nous donnons à la lin de ce deuxième volume une autre notice qui contient des détails' statistiques sur les quarante-huit sections et sur la part que chacune d'elles prit aux événements du 10 août.

m HISTOIRE DE LA TERREUR.

Il (allait donc arriver à constituer de fait celte permanence, et cependant ne pas perdre le privilège que les sections avaient su tirer du silence de la loi : celui de faire à tous propos des adresses et des pétitions collectives.

Le 17 juillet ^ un arrêté municipal établit un bureau central de correspondance entre les quarante- huit sections de Paris, Ce bureau avait pour mission « de rendre entre les sections les communications actives et rapides; » il tenait ses séances à r Hôtel-dé- Ville et élait placé sous la direction et la surveillance immédiate du procureur de la commune. Quarante-huit commissaires y devaient passer journellement pour communiquer les arrêtés pris dans chacune de leurs sections et recevoir communication des arrêtés pris dans les autres1.

Dès le 6 juillet, la section du Marché des Innocents avait demandé que les quarante-huit sections envoyassent des délégués à l'Hôtel-de-Ville , chargés de rédiger une adresse à l'armée, où seraient exprimés tous les sentiments de fraternité qui unissaient Paris aux défenseurs de la patrie. Naturellement, un des premiers soins du nouveau bureau de correspondance fut de presser la nomination de ces commissaires. Trente-deux sections répondirent tout d'abord à l'appel de la municipalité; quelques autres se joignirent plus tard à elles. Après plusieurs séances successives, on admit le projet présenté par Collot-d'Herbois, ïallien et Xavier Audoin2.

1 . Voir le texte de cet arrêté et la lettre-circulaire, de Manuel clans l'Histoire partemmiaire, t. XVI, p. 251. 2* Nous avons retrouvé le procès-verbal qui fut dressé à celte occa-

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L'adresse contenait une série de calomnies dirigées contre les généraux qui commandaient nos armées; elle tendait à jeter l'esprit d'insubordination et de révolte dans les rangs des soldais. Tout cela était déplorable; mais ce qui l'était bien plus, c'était l'innovation qui venait d'être consacrée, sans que ni la municipalité légale, ni le département, ni l'Assemblée, ni le pouvoir exécutif eussent songé à s'y opposer, eussent entrevu toutes les conséquences qu'une pareille usurpation pouvait avoir dans un temps très-r approché.

Ainsi, un pouvoir nouveau, sans règle, sans responsabilité, sans garantie, se posait, de son autorité privée, à côté de celui que la loi avait institué pour représenter la commune. Des commissaires, dont l'élection n'était entourée d'aucune formalité» dont les pouvoirs n'étaient pas toujours inscrits sur les registres, mais souvent libellés sur un chiffon de papier en l'absence du plus grand nombre des citoyens actifs de la section, enfin dont les attributions pouvaient être aussi vagues et aussi larges que possible, se réunissaient à FHôtel-de-Ville , délibéraient avec toutés les formes d'une assemblée régulière (président, secrétaire et procès-verbal), prenaient des décisions et s'arrogeaient le droit de parler au nom de la population parisienne.

La commune insurrectionnelle du 40 août était toute trouvée. Les commissaires de section n'eurent plus, au

siofi par les commissaires des seclions. Nous le donnons à la fin de ce volume. Le texie complet de l'adresse à l'armée se trouve dans l'Histoire parlementaire de Huche/, et lîou.x, t. XVI, p. 24-1.

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jour choisi par les conspirateurs, qu'à venir s'emparer violemment de la salle où sîégait le conseil général de la commune, et à dissoudre ce corps, qui, par un aveuglement stupide, leur avait ouvert lui-môme les portes de l'Hùtel-de- Ville, les avait installés près de lui, leur avait, pour ainsi dire, reconnu le droit de parler et d'écrire en son lieu et place. Pourquoi des individus sans litre et sans mandat n'auraient-ils pas mis en action, vis-à-vis de ces municipaux si bénévoles , la fable de la Lice et' sa campagne? Cette fable n'est-elle pas de tous les temps et de tous les régimes?

Grâce à l'établissement du bureau central de correspondance, le mouvement révolutionnaire se généralisa. Une motion démagogique était-elle produite dans une section, presque instantanément elle était répandue, adoptée, amplifiée dans les autres. Non-seulement les sections correspondaient entre elles, mais encore avec toutes les communes de France; elles usurpaient le pouvoir législatif, inventaient des délits, édîctaient des peines.

La section des Lombards proposait l'établissement d'un camp sous Paris, faisait afficher des avis aux Parisiens, dans lesquels elle menaçait de la fureur du peuple quiconque tirerait sur lui en cas d'insurrection, et garantissait la sûreté personnelle , ainsi que la propriété, à ceux qui se rangeraient de son côté.

La section du Théâtre- Français décrétait, dans un acte signé Danton, Cliaumette et Momoro, cjue la division constitutionnelle des citoyens actifs et des citoyens passifs n'était plus reconnue par elle et que « tous les Français, ayant un domicile quelconque dans sa circonscription, partageraient effectivement la portion de souveraineté appartenant à ladite section. »

Depuis que le mot déchéance avait été prononcé à l'Assemblée, cette question était très-violemment agitée dans la plupart des sections. La municipalité eut l'audace de la mettre à l'ordre dujourde toutes à la fois. Naturellement les jacobins la mirent également en discussion ; ils prirent même les devants sur les sections, parce que, pour un objet aussi important, ils tenaient à faire prévaloir leurs idées particulières.

« La racine du mal est dans le pouvoir exécutif, s'écria Robespierre au club de la rue Saint-Honoré, mais il est aussi dans la législature. La déchéance du roi est nécessaire , mats , le fantôme appelé roi disparu , qui gouvernera?

« Le pouvoir exécutif sera-t-il exercé par le Corps législatif? Je ne vois dans cette confusion de tous les pouvoirs que le plus insupportable des despotismes. Que le despotisme ait une seule tête ou qu'il en ait sept cents , c'est toujours le despotisme. Je ne connais rien d'aussi effrayant que l'idée d'un pouvoir illimité remis à une assemblée nombreuse, qui est au-dessus des lois, fût-elle une assemblée de sages. »

Ainsi Robespierre anathéinatisait d'avance le règne de la Convention, le pouvoir souverain exercé par une as-

semblée unique. Mais pourquoi blâmait-il un régime dont il devait devenir le promoteur le plus fervent? C'est qu'alors ses rivaux siégeaient à la Législative et que, lui, il s'en était exclu, tandis que plus lard il iïit l'inspirateur caché et tout-puissant du terrible comité de salut public, auquel la Convention avait rerais l'exercice de ses pouvoirs souverains.

Laissons la pétition sur la'déchéance s'élaborer dans le comité central réuni à l'Hôtel -de-Ville, laissons les sections révolutionnaires se disputer la palme de l'énergie civique (style du temps); assistons à l'entrée des fédérés marseillais qui, partis le 2 juillet des bords de la Méditerranée, arrivèrent à Charenton le 29 au sdir.

Qu'étaient ces hommes? De valeureux jeunes gens du département des Bouches-du-Rhône et des contrées circonvoisines, qui avaient quitté le foyer domestique pour répondre à l'appel de la patrie en danger1? Non, ceux-là étaient aux frontières, avec Masséna et ChampionncL Ceux qui vinrent à Paris n'étaient que des bandits érut1rites, expédiés par les sociétés populaires du Midi1, pour

1. Voici lu description que donne de ces Marseillais un dépulé des Itouches-du-Rhône, Blanc-Gilly, qui certes devait les connaître:

« La ville de Marseille, assise sur la Méditerranée, au voisinage de cent nations, doit être considérée, à cause de son port, comme lascntine d'une grande partie du globe, où vont se rendre toutes les impuretés du genre humain; c'est là que nous voyons constamment disposée à fermenter l'écuma des crimes vomis des prisons de Gôn.-s,

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