LA NUIT DU 9 AU 10 AOUT
Lu crise suprême approche; mais au moment où nous devrions marcher avec rapidité vers le dénoùment, nous nous trouvons arrêté par des obstacles presque insurmontables.
L'histoire de la journée du 10 août 179*2 a été tellement obscurcie dans ses moindres détails, tellement enfouie « sous plusieurs alluvions de mensonges, » pour nous servir de' l'heureuse et pittoresque expression de M. Michelet1, qu'il faut, avant tout, débarrasser la route
■I. On lit dans l'Histoire de la Révolution, par M. Michelet:
h Je ne connais aucun événement des temps anciens ni modernes qui ailr été plus complètement défiguré t]ue le '10 août, plus altérédans ses circonstances essentielles,' plus charge et obscurci d'accessoires légendaires ou mensongers.
« Tous les partis, à J'envi , semblent avoir conspiré ici pour exterminer l'histoire, la rendre impossible, l'enterrer, l'enfouir, de façon qu'on ne la trouve même plus.
<i Plusieurs alluvions de mensonges, d'une étonnante épaisseur, ont passé dessus. Si vous avez vu les bords de la Loire, après les débor-
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des erreurs accréditées depuis soixante-dix ans, des faux matériels glissés comme autant de pièges dans chaque document officiel.
On possède mille récits, complets jusqu'à la minutie, de tel ou tel fait de l'histoire de France, qui, considéré en ses causes ou en ses résultais, n'est digne que. d'une1 mention très-brève. Mais si certains incidents de la nuit du 9 au 10 août ont été cent fois racontés, on est resté dans la plus complète ignorance sur la manière dont, au sein des sections et à l'Hôtel de Ville, s'est préparé et consommé le renversement de la plus vieille monarchie de l'Europe moderne. Les seuls documents que
déments des dernières amitiés, comme la terre a été retournée ou ensevelie, les étonnants entassements de limon, de sable, de cailloux, sous lesquels des champs entiers ont disparu, vous aurez quoique faible idée de l'état où est restée l'histoire du 10 août.
« Le pis, c'est que de grands artistes, ne voyant en toutes ces traditions, vraies ou fausses, que des objets d'art, s'en sont emparés, leur ont fait l'honneur de les adopter, le3 ont employées habilement, magnifiquement, consacrées d'un style éternel- En sorlo que les mensonges qui jusque-là restaient incohérents, ridicules, faciles à détruire, ont pris, sous ces habiles mains, une consistance déplorable, et participent désormais à l'immortalité des œuvres du génie qui malheureusement tes reçut.
« Il ne faudrait pas moins d'un livre pour discuter une à une toutes ces fausses traditions. Nous laissons ce soin à d'autres. »
Il n'y a rien à ajoutera ce que dit si éloquemment M. Michelet; seulement l'illustre écrivain, après avoir si bien entrevu ce qu'il fallait faire, ne l'a pas fait; il est tombé dans les mêmes fautes que ses devanciers; il a dédaigné de se livrer à l'ingrate et très-pénible comparaison d'innombrables documents incohérents, mensongers, falsifiés. Nous avons cru ne pas devoir reculer devant celte tâche. Avons-nous réussi à en dégager la vérité? Nous l'espérons.
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