LIVRE VII
Quoique réduit à une impuissance presque radicale, le département, à la réception de cet arrêté, se hâta de l'approuver et de l'envoyer au maire et au commandant général, en leur recommandant de prendre des mesures pour empêcher qu'on ne sonnât le tocsin 4.
Le commandement général de la garde nationale, par suite du roulement établi entre les six. chefs de légion, était depuis quelques jours entre les mains du chef de la 4e, Jean-Antoine Galiot de Mandat, ancien capitaine aux gardes françaises. Cet officier était trèsrfermement attaché aux idées constitutionnelles; brave militaire, fidèle à
\ . Voir dans la Revue rétrospective, fome 1 , 2" série, page 33i> et suivantes : 1" le courageux arrêté, que le juge de paix Paye) fit adopter à la section du Boi-de-Sicilp, le S août; 2" celui plus timide, il est vrai, que prit le jeudi 9, à onze heures du malin, la section du Jardin-des-Plantes; 3° l'arrêté rendu par le département sur le vu de ces deux arrêtés. De ces pièces déjà connues nous rapprochons la lettre suivante de ftœderer à Pélion:
» Paris, 9 août 1793.
« Monsieur le maire de Paris,
e Le conseil du département. Monsieur, vous a attendu hier fort tai'd. tl pensait, d'après votre réponse à ma première lettre d'hier, qu'il était d'autant plus urgent de cor.férer avec nous, que vous annonciez moins de sécurité sur le maintien de l'ordre. Il pouvait y. avoir lieu a concerter au moins quelque démarche avec l'Assemblée nationale. Le conseil vous prie de venir à sa séance aujourd'hui.
« Comme on annonce un locsin pour cette nuit, le conseil vient de prendre un arrêté qui le défend. Il est nécessaire que vous vouliez bien aussi faire savoir sans retard au conseil les mesures particulières que vous aurez prises pour prévenir le signal du désordre. Une affiche où la municipalité rappellerait ia loi et représenterait aux citoyens la nécessité de pré*enir les troubles ne leurrait être que fort utile.
a Le procureur-géuéral-syndic,
« ROKIIEKËB. ))
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
son serment, il était résolu à défendre jusqu'à la mort l'inviolabilité du domicile et dé la personne du chef de l'État1. Par malheur, on le sait, il ne lui appartenait point de requérir la force publique; il ne pouvait pas même établir de postes extraordinaires sans l'ordre de son supérieur immédiat, le maire de Paris.
Averti, dès le matin du 9 août, par le chef de bataillon de l'Arsenal, que les administrateurs de police ont fait distribuer des munitions de guerre aux Marseillais et que l'on prêche ouvertement l'insurrection dans plusieurs sections 2, Mandat n'attend pas les avis de Pétîon, il lui expédie coup sur coup plusieurs billets pour obtenir les ordres nécessaires3. Pressé de répondre, non-seulement
1. On lit ce qui suit dans les Mémoires de M"" Campan, L. H, p. '233 :
« Le Roi me dit, quelques jours avant le 40 août : « Voire père « était intime ami de Mandat, qui commande en ce' moment la garde « nationale; faites-le-moi connaître, que dois-je attendre de lui? » Je lui répondis que cotait un de ses sujets les plus fidèles, mais qu'avec beaucoup de loyauté et fort peu d'esprit, il était dans l'engouement de la Constitution. « J'entends, dit le Roi, c'est un homme qui défen- « drait mon palais et m» personne, parce que cela est, imprimé dans i la Constitution et qu'il a juré de la maintenir , mais qui se battrait « contre le parti qui veut l'autorité souveraine; c'était bon à savoir « d'une manière positive. »
2. Voir dans la Revue rétrospective, t. \" de la S" série, page 346 et suivantes, trois rapports du chef de bataillon de l'Arsenal.