CARDE NATIONALE PARISIENNE. — ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL
« Du '-I août 1792.
« Jo suis prêt, Monsieur le maire, a établir les deux réserves exigées par le directoire et le corps municipal. Mais je ne puis lenir au
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à M. de Menou, ancien membre de l'Assemblée constituante. Il n'y avait à Paris aucune troupe de ligne : ni cavalerie, ni infanterie, ni artillerie. Les Suisses, au nombre de neuf cent cinquante environ, avaient leurs officiers particuliers, auxquels seuls ils obéissaient. Les officiers généraux n'avaient donc sous leurs ordres que la gendarmerie, forte de neuf cents hommes à cheval et d'une trentaine d'hommes à pied.
Le plan de défense préparé par Mandat, tel du moins qu'il semble résulter des ordres épars donnés à divers chefs de poste, était celui-ci : laisser la colonne des insurgés venant du faubourg Saint-Antoine s'engager sur les quais, au delà de l'Hôtel de Ville; empêcher sa réunion avec celle du faubourg Saint-Marceau, en gardant les abords des ponts, et notamment le pont au Change et
bivouac les braves citoyens qui se dévouent au service public; il serait donc nécessaire que vous me fissiez donner deux corps de garde pour loi recevoir. Je vous prie de me faire réponse à ce sujet, cur mon empressement est d'exécuter les ordres des corps constitués.
n Le commandant général,
« Mandat. »
état- si a j oh général. — gahde ration a le l'a ii ] s i un x k.
« Je crois, Monsieur le maire, que la garde nationale se trouverait mal placée sous des lentes, il vaudrait mieux- établir une réserve dans une grande salle du Garde-Meuble, et l'autre place des Victoires, hôtel de Toulouse. Si cette mesure remplissait vos vues, la municipalité y gagnerait la dépense d'une espèce de camp el le service serait plus au complet. Je vous prie de peser ces courtes réflexions et de me faire part si vous les trouvez justes.
ii Le commandant général,
« Mandat. »
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LIVRE vu. m le Pont-Neuf; la faire charger par les gendarmes à cheval, postés au Louvre et sur le quai d'Orsay, et la faire prendre en queue par la réserve placée h l'Hôtel de. Ville.
Mais ce plan, grâce auquel la route aurait été coupée aux insurgés bien avant qu'ils n'arrivassent au Carrousel, reposait sur l'attaque énergique qu'aurait exécutée la gendarmerie à cheval, et sur la solidité de certains postes confiés à des officiers de la garde nationale. Or, la gendarmerie, presque entièrement composée, depuis sa réorganisation, de soldats qui avaient abandonné leurs drapeaux lors des- premiers troubles de la révolution, n'était rien moins que sûre; elle venait, en vertu d'une loi récente, de procéder à l'élection de ses chefs et n'avait conservé à sa tête que ceux qui étaient le plus ouvertement engagés dans le mouvement révolutionnaire. Parmi les officiers de la garde nationale, beaucoup n'osaient agir, hésitaient et même, cédant à d'étranges capitulations de conscience, s'apprêtaient à pactiser avec l'insurrection1.
Le maire était nécessairement ie pivot de la résistance légale au sein de la cité. C'était à lui que venaient aboutir
1 . Pour donner une idée du trouble et de la confusion de tous les esprits, nous publions l'une des lettres les plus curieuses que nous ayons retrouvées. Au milieu du drame terrible que nous racontons, elle amènera un rire involontaire sur les lèvres de ceux qui la liront. Déjà, à l'occasion du 20 juin, nous avons parle du commandant
m HISTOIRE DE LA TERREUR.
toutes les recommandations de l'autorité supérieure; c'était de lui que devaient émaner tons les ordres à donner à la ga/de nationale, toutes les réquisitions destinées à mettre en mouvement la force armée.
Pélion avait été appelé, entre cinq et six heures du soir, à l'Assemblée nationale, et avait donné les nouvelles les plus rassurantes sur le maintien de la tranquillité publique- Au sortir de la salle du Manège, il aurait dû profiter de l'occasion pour se rendre aux Tuileries et
Bonnnud, chirurgien de la rue de Montreuii. C'est bien le bourgeois qui a l'instinct du bon et de )*lionnète, et qui se laisse entraîner à détruire de ses propres mains le gouvernement qu'il a juré de dé- Tendre. Nous retrouvons ce type dans les histoires de la Ligue et de la Fronde, nous le rencontrons tous les jours dans nos rues et sur nos places publiques; il est impérissable.
3/essieurit les Maire et adiii'iii-Lsimtriuri- de la ville <le Parix. « Messieurs,
« Vous savez sans doute que la section dos Quinze-Vingts a arrêté que si le roi n'était pas déchu à minuit, elle sonnerait le tocsin et battrait la générale. Sur son invitation, le peuple de la'section de la rue de Montreuii et de tout l« faubourg se propose de l'imiter. Je ne puis éviter de marcher k leur tôle sous aucun prétexte, ni par aucun ordre, pas même l'éloignement qui exposerait ma famille et mes possessions. En conséquence, Messieurs, je vous prie de me donner acte de ma déclaration afin que lout ce qui pourrait arriver d'illégal dans cette démarche ne me soit pas imputé, attendu que je proteste et jure derechef que je ne violerai jamais la Constitution, à moins que je n'y sois forcé.
« J'ai l'honneur d'être, etc-
« Rownaud, commandant en clief du bataillon « lie Sainte-Marguerite.
- Ce 0 août naa. •
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LIVRE vii. m s'entendre avec Mandat sur la défense du Château, maïs il s'en garda bien, Rcederer, qu'il avait reneontré à la barre, le décida cependant à entrer rue du Dauphin, où siégeait le directoire du département. Là, le maire trouva Dumont, Beautnetz, Davous, d'Ormesson, Leveillard, Cbarton, qui étaient à la tète de cette administration depuis la retraite du duc de La Rochefoucauld et de ses huit collègues. On convint que îe conseil de département et le conseil de la commune resteraient chacun en permanence.
Cela décidé, Péùon se rendit à l'Hôtel de Ville, espérant n'y rester qu'un instant et se retirer à la mairie (aujourd'hui la préfecture de police); là seulement il devait se croire en sûreté. Il était convenu entre les principaux conspirateurs et lui qu'on l'y consignerait, avec une garde d'honneur pour l'empêcher de sortir; c'était le premier article de tous les programmes d'insurrection fabriqués successivement depuis quinze jours, celui à l'exécution duquel- naturellement Pétion tenait le plus1.
1. Voir les Mémoires de Barbaroux, et surtout l'incroyable aveu consigné par Pétion lui-même dans l'écrit qu'il publia, en 1793, sous le titre rJo Pièces mldresanrUr.n -pour l'histoire.
« Jedésirûisl'insurrection, dit-il, maisje tremblais qu'elle ne réussît pas. Ma position était critique; il fallait faire mon devoir de citoyen sans manquer à celui de magistrat. Il fallait conserver tous les dehors et ne point m'écarter des formes. /I y avait un combat à mort entre la cour et la liberté, et où l'une ou l'autre devait nécessairement succomber.
« Quoiqu'on eût projeié de me consigner chez moi, on oubliait, on tardait à le faire. Qui croyez- vous qui envoya, par plusieurs fois, presser l'exécution de cette mesure? C'est moi, oui, c'est moi I »
Dans la journée, les membres constitutionnels de la municipalité parisienne avaient obtenu à grand' peine du maire qu'il mît sa signature au bas d'une lettre dans laquelle les Parisiens étaient invités à, se tenir tranquilles, à se défier des agitateurs et à respecter la Constitution*. Il avait été convenu que des officiers municipaux porteraient cette lettreà chacune des quarante-huit sections, et l'appuieraient des adjurations les plus vives, des conseils les plus pacifiques. Naturellement, les membres du conseil général qui professaient les principes constitutionnels s'offrirent et furent acceptés pour être les messagers de la concorde. Ceux, au contraire, qui pactisaient plus ou moins secrètement avec les Jacobins déclinèrent pour la plupart l'honneur de cette délégation. Ils trouvaient à ce refus un double avantage : ils se dispensaient d'aller tenir dans les sections un langage modérateur, qui les aurait compromis vis-à-vis des frères et amis; ils restaient compactes à l'Hôtel de Ville, prêts à revêtir d'une légalité apparente les volontés de l'insurrection.
Pétton, en arrivant dans la salle du conseil général, trouve sur le bureau des lettres de Mandat, qui le pressent de se rendre au Château 2. Des avis, venant de toutes parts, annoncent bientôt que des groupes se forment, qu'on parle de sonner le tocsin et de se porter aux Tuileries. Ceux des municipaux qui ne sont pas dans la
1. Voirie texte même de cette lettre dans l'Histoire parlementaire, de liucliez et Roux, p. 402, t. XVI.
2. Voir le récit môme do Pétion (Pièces intéressantes pour l'hia-
LIVRE VII. 23b confidence des meneurs pressent Pétion de courir où son devoir le plus impérieux, l'appelle. Eu vain celui-ci emp!oie-t-il mille prétextes pour expliquer et continuer sa coupable immobilité; on insiste, on s'écrie : « 71 faut y aller; allons, monsieur le maire, mettez-vous à uotre tête1! » Ne pouvant résister plus longtemps sans éveiller de justes soupçons, Pétion se décide à partir en emmenant avec lui quelques-uns de ceux qui viennent de s'offrir à l'accompagner.
Il était onze heures du soir. Les ministres, après avoir donné chacun dans leur département les ordres les plus indispensables, étaient revenus aux Tuileries. Rœderer2 venait aussi d'arriver, et, s'étonnant de ne point voir le
loire). — Nous avons retrouvé la dernière lettre écrile pnr l'infortuné commandant général à Pétion.
CARDE NATIONALE PARISIENNE. — ÉTAT — 11 A J OR tit.VlÎRAL.
t Un !) août r,a-2.
« Monsieur le maire, « Votre présence est nécessaire, les apparences sont menaçantes, et comme magistrat du peuple, vous êtes mieux que personne dans le cas de taire entendre raison à ceux qui sont égarés. Je vous prie donc de venir joindre vos efforts aux miens.
« Le commandant général,
ii MAKDAT. »
'I. Récitde Pétion lui-même.
2. Nous suivons, pour tous les événements qui se passèrent aux Tuileries dans la nuit du 9 au 10 août, les récits de ltœderer, procureur-général-syndic; de Dejoiy, ministre de la justice; de Pétion, maire de Paris, et du J. J. Leroux, officier municipal ; tous quatre témoins oculaires. (Voir la note à la fin du volume.) Nous avons naturellement coiil.roté ces récits les uns par les autres.
maire dont il avait réclamé la présence, lui écrivait sur la table même du conseil. Eu ce moment, Pétion survient, accompagné de plusieurs officiers municipaux , notamment de MM. Boucher-René, Borie et Therrin. Le roi interpelle le maire avec brusquerie : « Jl paraît qu'il y a beaucoup de mouvement? » — « Oui, sire, répood Pétion , la fermentation est grande. » Il ajoute quelques phrases banales sur le zèle qu'il a mis à venir, dans ce moment décisif, veiller en personne à la sûreté du roi et de sa famille. A ces protestations de dévouement, Louis XVI répond d'une manière affectueuse. Pétion se hâte de rompre l'entretien et se dirige vers la porte, sous prétexte d'aller visiter les postes intérieurs et extérieurs; mais, au moment de sortir, ii se trouve face à face avec Mandat.
Le loyal soldat arrête l'hypocrite magistrat et lui demande pourquoi les administrateurs de police refusent des cartouches à la garde nationale, pendant qu'ils en délivrent aux Marseillais. — « Vous n'étiez pas en règle pour en avoir. » — Mandat iusiste, Pétion s'embarrasse de plus en plus dans ses réponses évasives; le commandant général lui coupe la parole : « Je n'ai que quatre coups à tirer, et encore un grand nombre de mes hommes n'en ont-ils pas uq seul; mais c'est égal, je réponds de tout, mes mesures sont bien prises. »
Pétion, se souciant fort peu de continuer un dialogue ainsi engagé, se retourne vers Rœderer : » Ne venezvous pas avec moi? lui dit-il; il fait étouffant ici, je vais descendre pour prendre l'air. » Le procureur-général-syndic, qui attend des nouvelles de ses collègues du