Moniteur du 4 octobre
2u8 HISTOIRE DE LA TERREUR.
l'une des échappes portées dans les jours de cette glorieuse révolution 1 .
Cependant le souvenir des difficultés de leur première mission pesait toujours sur l'esprit des représentants, et ils ne se pressaient pas de quitter La Kéole. Leur défiance était môme si grande que, le 9 octobre, Tallien écrivait à Paclie « que la nouvelle municipalité contenait à peine douze patriotes énergiques sur cinquante-six membres, et que les hommes qui criaient aujourd'hui : Vive la Montagne ! étaient les mêmes qui avaient voulu assassiner Baudot et Ysabeau, parce qu'ils étaient montagnards ». Il ajoutait : « Nous savons que nous sommes désirés à Bordeaux par les vrais sansculottes; mais nous sa vous aussi que les aristocrates veulent nous y attirer pour nous harceler sans cesse d'affaires minutieuses et nous empêcher de nous occuper de l'objet le plus important de notre mission. Nous n'y entrerons qu'avec une force qui puisse imposer aux malveillants. » Il est aisé de voir ce que redoutait surtout cet intrépide jacobin ; il craignait que quelque généreux vengeur ne se levât dans Bordeaux, à l'exemple de Charlotte Corday, pour punir en sa personne les prescripteurs du 31 mai et du 2 juin.
Le Comité de salut public s'émut à la fin de tant de faiblesse, et Billaud-Varennes envoya l'ordre formel d'occuper immédiatement Bordeaux2. Il fallait obéir, et ces prudents vainqueurs se mirent en route. Brune menait
'I. Moniteur du 30 septembre 4793.
2. La lettre du Comité de salut public, condamnation énergique
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
l'armée révolutionnaire réunie à La Réole, véritable ramassis de sans-culotles et de paysans prêts à tous les excès. Précédés par elle, les représentants entrèrent à Bordeaux comme en pays conquis, le 16 octobre, jour néfaste, marqué à Paris par l'exécution de la Reine. Dès le lendemain, onlisait avec stupeur, sur tous les murs de la ville, le programme du nouveau règne : l'arrestation des suspects, la création d'un tribunal extraordinaire et la contribution forcée sur lesj iches. Il n'était plus question des subsistances. Les délégués de la Convention avaient promis l'impartialité et l'abondance ; ils apportaient i'échafaud et laissèrent la famine. .
de la conduite des représentants, porte la data du 22 du premier mois (13 octobre 1793), et est ainsi conçue :
« Nous vous adressons, citoyens collègues, le décret qu'a motivé la reddition de Lyon. C'est un exemple donné à toutes les villes rebelles et fédéralistes, qui doit devenir dans vos mains l'arme la plus puissante pour faire rentrer Bordeaux dans le devoir. Surtout que la faute commise par les représentants du peuple, qui ont conduit si lentement le siège de Lyon, ne devienne pas commune avec vous. Nous vous avouons avec franchise que nous trouvons que vous apportez beaucoup trop de retards' dans vos mesurés contre Bordeaux. Le moment est venu d'agir au lieu de délibérer éternellement. Vous avez des forces à votre disposition, un général digne de votre confiance. Due entrée prompte, à la tète d'une armée imposante, dans une ville plus qu'équi voque, est le seul moyen de l'assurer à la République et de prévenir les dangers d'un siège toujours à craindre, tant que vous ne serez pas dans les murs de Bordeaux. Que votre première opération soit un désarmement général et l'épurement complet de toutes les autorités constituées. Faites proclamer le décret relatif à Lyon ; faites en un mottout ce que l'énergie, le zèle et l'amour de la liberté doit (sic) inspirer à des républicains comme vous. « Salut et fraternité.
« Collot d'Hëruois, Billauo-Varennës. o
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Les Marseillais n'avaient pas tardé à se remettre de leur éinoi1. Ils avaient repassé la Durance et étaient rentrés dans Avignon décidés à attendre, à l'abri de ses remparts, le choc des troupes de la Convention. Carteaux arriva devant la ville le 27 juillet. Il ne se doutait guère que sa petite troupe comptait par hasard dans ses rangs le plus grand génie militaire du siècle, un jeune officier d'artillerie, que le soulèvement du Midi empêchait de rejoindre son poste à l'armée d'Italie.
Les assiégés avaient négligé d'occuper une éminence qui domine Avignon ; c'est sur ce point que se porte l'attention du capitaine Bonaparte. Pendant que les troupes républicaines, reçues par un feu de mousqueterie des plus vifs, se brisent contre les énormes remparts de la vieille cilé papale, il installe deux pièces de quatre, de l'autre côté du Rhône, afin de battre la plate-forme où les Marseillaisont réuni leurs canons. Pointantlui-même, le futur empereur du premier coup démonte une pièce et du second abat un servant* Il n'en faut pas davantage pour jeter le désordre parmi les survivants. A l'aspect de ces fuyards, la panique gagne le gros de l'armée et jusqu'au conseil de direction qui, depuis la démission de Rousselet, exerçait le commandement. Au même moment arrivait de Marseille un courrier porteur d'instructions générales dans lesquelles