‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 15 sur 308 · LIVRE XLI · texte numérisé non relu

LIVRE XLI

bres de l'Assemblée, et sur le reste, passez à Tordre du jour. »

Fonfrède se préparait à répondre à Robespierre; mais, voyant Barère se diriger vers la tribune, il déclare qu'il lui cède la parole, « car sans doute, dit-il, le rapporteur veut repousser les critiques aïoères que le préopînant vient de formuler. »

L'embarras de Barère était grand. 11 voyait qu'il s'était fourvoyé; il sentait qu'il ne serait pas soutenu par ses collègues du Comité dont, pour sa sûreté personnelle, il s'était fait fort mal à propos le bouc émissaire. Il essaye donc d'opérer une retraite prudente, tout en ayant l'air de maintenir une partie de ses propositions primitives.

« Si le Comité, dit-il, avait pensé que son projet fût aussi défavorablement accueilli, il vous aurait présenlé des mesures d'une tout autre énergie; mais il a dû. s'accommoder aux circonstances, considérer l'état où vous êtes et celui où vous devez être. Des deux côtés de l'Assemblée on semble rejeter l'idée des otages ; qu'il n'en soit plus question. C'est à l'histoire et à la postérité de la juger. Néanmoins, il doit nous paraître extraordinaire qu'une motion applaudie naguère, lorsqu'elle fut faite à cette barre par. les autorités constituées de Paris, n'obtienne plus la même faveur alors qu'elle est reproduite par un de vos comités.

« Sur les mesures à prendre contre les étrangers, tout le monde est d'accord. Jl y a deux mois, vous avez établi des comités pour les surveiller ; maïs, par malveillance ou plutôt par excès de zèle, ces comités, revê-

tus de pouvoirs illimités, ont effrayé les citoyens, ordonné un grand nombre d'incarcérations, imposé des taxes arbitraires, et commis même quelques exactions. 11 faut conserver les comités qui contiennent l'aristocratie et le modérantisme, et casser les autres.

« La réquisition de la force publique doit aussi vous appartenir, car il faut que vous ayez les moyens de garantir votre autorité de toute atteinte.

« Un autre article important du projet est celui qui tend à faire nommer légalement par les sections le commandant de la force armée à Paris : c'est ce que vous avez déjà décrété le 2& mai.

« Enfin vous devez rétablir la libre circulation des correspondances. Voici une lettre des administrateurs des postes qui m'annonce que le Comité central révolutionnaire, non content d'avoir fait suspendre l'envoi des journaux, fait encore inspecter toutes les lettres par une commission particulière. Votre Comité vous propose de réprimer ce qu'il peut y avoir d'abusif dans ces procédés arbitraires. C'est à vous de juger. »

Léonard Bourdon demande que le projet, sauf l'article relatif aux étrangers, soit renvoyé au Comité de salut public, pour qu'il présente de nouvelles mesures mieux appropriées aux circonstances .

Doulcet proteste hautement :

« Expulsez, dit-il, les étrangers qui vous nuisent, mais rendez à la pensée son libre cours. C'est une chose bien déplorable, qu'à force de parcourir le cercle des erreurs tyranniques, le peuple soit obligé de revenir aux cahiers qu'il confia, en 1789, à. ses premiers manda-

source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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