LETTRES DE BRUNE A VINCENT
- 18 juillet 1793.
« Mon cher ami, « Les soldats de Buzot ont fui avec tant de précipitation qu'il est douteux de pouvoir les atteindre en deçà de Caen. Mon avis est cependant qu'il faudrait les poursuivre, sans leur donner le temps de se reconnaître, et les forcer de nous livrer leur roi et ses hommes d'État. Mais il faut, dit-on, attendre des ordres nouveaux qui autorisent à poursuivre dans le Calvados.
<i L'état-major de l'armée me paraît composé de bons Sansculottes, et je n'ai rien vu jusqu'à présent qui puisse me faire changer d'opinion, Buzot appelait ici l'indignation contre l'armée, qu'il nommait l'armée Lindetpar représailles.
« L'armée Buzot, d'après tous les indices que j'ai pu recueillir, n'est composée à cette heure que de huit cents fuyards. Nous trouverons ici les effets qu'ils ont abandonnés pour fuir avec plus de vitesse. Les administrateurs du département de l'Eure ont emporté en fuyant 1,100,000 H des deniers, publics; deux malles, appartenant à son altesse royale la femme Buzot, ont été arrêtées par la municipalité d'Ëvreux.
« Tous les rapports qui nous sont faits, sur la disposition des esprits à Caen, s'accordent en ce point que bientôt elle sera terrible aux traîtres. Cependant, il ne faut pas donner à Wimpfen le temps de se reconnaître. Réfléchis à ceci : une prompte expédition peut épargner bien des maux dans ce pays etporter le coup mortel à la rébellion de la Vendée. «. Ton ami,
« Brune. »
» Évreux, 20 juillet 1793.
« Mon cher Vincent, « Je te requiers de me faire expédier l'ordre de route pour trois chevaux et leur conducteur, dont j'ai besoin à Évreux
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
NOTES-
pour mon service. La lettre ci-incluse pour le ministre de la Guerre en contient la- demande. Tu voudras lien faire parvenir à ma femme cet ordre sur le champ, pour qu'elle le fasse exécuter; lettre R.
« Tout va bien ici. Nous attendons l'expédition officielle du décret concernant la maison de Buzot pour la raser. Je crois pourtant que l'inscription fait trop d'honneur à Buzot; elle aurait dû être conçue ainsi : « Ici exista la maison du scélérat Buzot, qui troubla un instant la tranquillité de sa ville natale par ses faits inciviques. »
« Cent vingt cavaliers armés et montés sont venus se ranger sous les drapeaux de la République; nous les faisons partir pour Orléans. Tu pressens nos raisons ; mon avis serait que tous les officiers apostats fussent destitués. Comment pourraient-ils avoir notre confiance?
« Si nous avions reçu des ordres pour pénétrer dans le Calvados (car on dit que des ordres pour cet objet nous sont nécessaires), le roi Buzot n'existerait pas plus que son autorité, et nous pourrions tourner Nantes, etc. Nous manquons d'effets de campement, bidons, marmites, tentes, etc., etc. Ces objets utiles devraient nous arriver en poste.
« On vient d'arrêter des voitures d'effets de campement destinés pour Caen : à coup sûr les administrateurs de Saint- Denis qui les ont expédiées doivent être et seront guillotinés. « Tout à 'toi,
« Bruke. »
« 2t juillet 1793.
« Mon ami,
« Ton activité à me procurer l'ordre de route que je demandais pour mes chevaux ne m'a pas surpris. C'est ainsi que nous devons nous comporter entre amis républicains. Pour ce qui concerne les démarches que tu m'annonces avoir faites pour moi, de concert avec Audouin, je ne vois pas sur quoi elles peuvent porter; car moi, je ne demande rien, et je sais qu'il est plus aisé de remplir un petit Rollet qu'un poste plus plus élevé. Ne te mets donc pas en peine de moi, et que ma défense ne te cause aucun désagrément, car je serai, dans
vingt et trente ans si je vis, le républicain le plus zélé maïs le plus dégagé d'envie et d'ambition.
« C'est un grand coup d'avoir destitué Custine.La politique exigerait-elle la conservation de Lamarlière? Je n'entends pas cette politique qui perpétue le mal et diffère le bien. Moreau et Keating seront-ils conservés? Serons-nous longtemps gouvernés par les nobles et par les étrangers?
« Les négociations font ici beaucoup plus que l'effort des armes. Lisieux nous promet une belle réception ; nous attendons une députation aujourd'hui de cette commune. L'esprit de Caen change ; les Buzotins commencent à y être conspués et l'armée elle-même se repent de bonne foi. La meilleure preuve qu'on puisse en donner est la déclaration de Wimpfen à la commune de Lisieux : « J'ai été trompé ainsi que vous, a-t-il dit, je maudis ceux qui nous ont abusés. »
<! Les bonnes gens veulent l'excuser, mais à d'autres.
« L'armée ennemie se retire sur Bayeux bien diminuée.
« Les bataillons de Paris ne veulent pas passer le département de l'Eure, mais nous viendrons à bout de changer cette résolution.
« Obligé de marcher sur l'ennemi, la discipline et les approvisionnements de l'armée n'étaient pas les objets les plus importants dont le général fût occupé. Maintenant ces objets sont à l'ordre.
« Nous marcherons sur Lisieux et Çaen au premier ordre des députés et l'armée ennemie n'existera plus ; Caen et Lisieux se disposent à l'acceptation de la Constitution, « Je t'embrasse bien et ton épouse aussi.
Ht*
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