‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 75 sur 308 · LIVRE XLIII · texte numérisé non relu

LIVRE XLIII

qu'au moment où traqués sans relâche, ils reprendront le cours de leur pénible, odyssée'. L'échafaud ou le suicide les attendaient pour la plupart au bout de la route.

Telle fut la (in de l'insurrection normande. Jamais prise d'armes plus éclatante n'avorta d'une manière plus misérable; jamais panique d'avant-garde n'eut d'aussi graves conséquences. La déroute de Pacy eut un immense retentissement par toute la France; elle démoralisa le parti de la Gironde et, du même coup, assura le triomphe de la Montagne.

Pendant que l'insurrection de la Normandie était si facilement et si vile réprimée, le soulèvement de la Vendée opposait à la GonventioQ la plus longue et la plus glorieuse résistance. Devant ce contrasLe, l'historien a le devoir de rechercher pourquoi , dans l'Ouest, des paysans armés de fourches et de pieux se précipitent en foule à la gueule des canons; pourquoi, dans le Nord, de rares volontaires péniblement recrutés se débandent à lu première volée d'artillerie qui passe par-dessus leur tête; pourquoi les uns, dans ces perpétuels combats de géants dont parle Napoléon, font reculer les troupes

4 . La Convention avait lancé sur leur piste le plus cruel de ses limiers, Carrier, qui se prépara dans cette mission au rôle sanglant • qu'il remplit à Nantes quelques mois après. La lettre qu'il adressa à li Convention pour lui annoncer son arrivée à Caen,' se trouve au Moniteur du 6 août 1793, n° 218. On y lit cette phrase: « Ça va! ça va! et dans quelques jours ça ira encore bien mieux. Le peuple revient de ses illusions par la propagation des vrais principes qui doivent fonder la liberté et son bonheur, s On sait comment Carrier entendait la liberté et le bonheur du peuple.

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les mieux disciplinées et les soldats les plus aguerris; pourquoi les autres, dès ia première rencontre, renoncent à soutenir une lutte qui D'à pas même été commencée. La différence des caractères, la lenteur des préparalifs, la division des Girondins, les accusations de fédéralisme portées contre eux ont tour à tour été ïnvo-' quées pour expliquer l'insuccès de l'armée normande. Tout cela est vrai, mais tout cela aussi est dominé par une raison plus générale et plus haute. Pour pénétrer les masses, il faut des idées grandes et simples; généreuses ou perverses, elles poussent au dévouement ou au crime, mais seules elles produisent le mouvement et !a vie. Or, la querelle engagée entre les Montagnards elles Girondins n'était, aux yeux du plus grand nombre, qu'une lutte de personnes. Les deux partis déployaient également le drapeau de la République et ne semblaient en désaccord que sur des détails secondaires. Qu'importait aux populations normandes que celte République procédât d'Athènes ou de Sparte, que pour dogme religieux elle acceptât le scepticisme de Voltaire ou le déisme de Rousseau? Bien autrement ardentes et profondes étaient les questions qui soulevaient les habitants de la Vendée. Pour eux, it s'agissait de savoir si la religion de leurs pères serait abolie , si le prêtre qu'elles vénéraient leur serait arraché, si les églises bâties par la piété des siècles passés seraient souillées par les pratiques de ces intrus qu'un régime odieux voulait leur imposer. '

La foi qui transporte les montagnes, l'enthousiasme qui enfante les héros, armaient tous les bras, enflam-

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