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des furies de la guillotine aussi bien qu'aux cahots de la fatale charrette. Le sourire est sur ses lèvres; par la pensée, elle s'élance déjà dans un autre monde, où elle se voit réunie à tous ceux qu'elle a chéris, à ces Anciens dont elle s'est montrée la digne émule. Enfin on arrive à la place de la Révolution, juste au moment où le soleil disparaît derrière les arbres des Champs-Elysées. Charlotte descend de l'ignoble tombereau et gravit d'un pas léger les marches de l'écbafaud. On dirait qu'elle franchit les degrés du temple tle la gloire. Elle veut parler au peuple, mais on l'en empêche. Elle se livre au bourreau ; sa tête tombe ; un misérable valet de l'exécuteur, nommé Legros, s'en saisit, la montre à la foule et lâchement lui donne un soufflet1.
Devant cet outrage fait à la mort, un frémissement d'horreur court dans l'assistance. Les spectateurs les plus proches croient avoir vu les joues de l'infortunée Charlotte s'empourprer d'une sainte pudeur. Ce bruit circule de bouche en bouche et augmente encore l'émotion de la foule. La place se vide lentement; le silence n'est troublé que par les sourds roulements du tonnerre, qui n'a cessé de gronder pendant que le drame lugubre s'accomplissait.
Tous les historiens, a quelque nuance d'opinion qu'ils appartiennent, ont été d'accord pour honorer le courage de Charlotte Corday et pour déplorer l'usage qu'elle en
1. Il faut le dire pour l'honneur de l'humanité, l'action de Legros ne resta pas impunie. Les administrateurs de police lui infligèrent huit jours de prison.
fit. Nous nous associerons à ce jugement. L'assassinat politique doit toujours être flétri, si noble que soit le motif, si méprisable que soit la victime, si pur que soit le meurtrier. Rien ne peut absoudre celui qui, de sa propre autorité, se constitue juge et bourreau. La postérité, qui prononce l'impartial verdict, ne couronne pas indistinctement tous les héroïsmes.
A trois siècles de distance, deux femmes, deux vierges, se sont levées pour le salut de la France. Le même amour de la patrie enflamma leurs cœurs; la même haine contre la tyrannie arma leur bras; toutes deux ont été livrées au bourreau. Mais l'une a saisi le glaive des guerriers et l'autre a tenu le poignard des assassins. Gela suffit pour qu'à travers les âges l'histoire exalte, dans Jeanne d'Arc, la martyre et la sainte; tandis que, dans le souvenir de Charlotte Corday, une tache de sang obscurcira éternellement sa gloire.