‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. huitièmeChapitre 86 sur 308 · IVRE XLIV · texte numérisé non relu

IVRE XLIV

les lieux saints, clans la semaine du sacrifice. Les démagogues copiaient ainsi servilement tout ce*que les philosophes du xviip siècle, leurs oracles et leurs maîtres, avaient poursuivi de leitrs sarcasmes les plus amers.

Le li juillet, Guiraut, l'apologiste des massacres de septembre1, vint, à la tète d'une déptitation de la section (lu Contrat social, lire une adresse ainsi conçue : « Citoyens législateurs, décrétez contre le meurtrier de Marat le supplice le plus affreux:; il n'en est pas d'assez cruel pour venger notre perte. Anéantissez pour jamais la scélératesse et le crime. Apprenez aux forcenés ce que vaut la vie, et, au iïeu de la trancher comme un fil, faites que les tourments qu'éprouveront les assassins de Marat puissent à jamais détourner les mains parricides qui menacent la tête de nos représentants3. »

Le même jour, la section du Théâtre-Français, à laquelle appartenait Marat, annonça qu'elle était dépositaire des restes précieux du martyr, et qu'elle avait cru entrer dans les vues de ses anciens collègues en n'épargnant rien pour les conserver 3. Elle demanda à la Con-

1. Voir tome III, page 250, les paroles prononcées par Guiraut. -à l'Assemblée législative, le soir même du 2 septembre 1792. Comme lous ses pareils, ce démagogue ne s'était pas oublié dans la distribulion dos emplois lucratifs et s'était fait nommer conservateur des arts et métiers.

2. Cette adresse est mentionnée au Moniteur du 16 juillet 1793, mais elle est tronquée. Nous avons retrouvé l'original écrit de la main de Guiraut. Au bas de la pièce se trouve l'approbation de la section, qui donne à sa députât ion l'ordre formel d'insister pour obtenir le nouveau supplice qu'elle demande.

3. Elle tint parole, mais envoya la note à payer au ministre de l'intérieur. La réclamation parut exorbitante, et nous donnons, au* Pièces juslijicatioes, l'expertise qui fut prescrite à ce sujet.

HISTOIRE DE LA. ÏEUItEUlt.

vention d'assister en corps aux obsèques et celle-ci s'empressa d'obtempérer à cette requête. La cérémonie eut lieu en grande pompe le 17 juillet. Le corps fut déposé provisoirement dans le jardin du couvent des Gordeliers, au milieu des ombrages sous lesquels, dit l'arrêté de la section, l'apôtre de la Révolution se plaisait à instruire ses concitoyens. Dans l'église, on établit unecbapelle ardente où des lampes brûlaient continuellement en l'honneur de la nouvelle divinité. Ce fut bientôt un lieu de pèlerinage ; on venait y réciter d:'S litanies composées pour la circonstance et y invoquer, avec une pieuse ferveur, le coeur de Marat, ses plaies et son martyre.

Une renommée autrement durable attendait Charlotte Corday, et la Convention ne put en empêcher les manifestations immédiates. Nous n'en citerons que deux.

Le 20 juillet, trois jours après l'exécution, la population parisienne s'arrêtait devant un plaça rdaffichésur tous les murs et dans lequel on proposait d'élever une statue à la condamnée, avec cetle inscription : Plus grande que Brutus. Ce placard était signé Adam Lux, du nom d'un jeune Mayençais que ses compatriotes avaient envoyé demander à la Convention de réunir irrévocablement à la France leur ville, déjà assiégée par l'armée prussienne.

Adam Lux faisait connaître en ces termes les sentiments qui l'avaient agité lorsque, pour la première fois, Charlotte lui était apparue sur la fatale charrette : « Je

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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