LIVRE I
de Cliâteauvieux , les accueillir, leur donner des repas, se livrer à toutes sortes d'amusements, de témoignages de joie et d'allégresse? Je pense que oui, à moins qu'un décret n'ordonne qu'aucun citoyen ne puisse, le jour de leur arrivée et pendant le temps de leur. séjour, sortir de chez lui. Je ne vois pas comment il serait possible d'empêcher cent, deux cent mille citoyens de se porter au-devant d'eux, et de leur faire toute sorte d'accueil. La fête en question n'est point une fête publique; le nombre des citoyens n'y fait rien. Il n'y a de fêtes publiques que celles qui sont données par les autorités constituées, et, ici, aucune autorité ne s'en niêle. »
Ainsi ce n'étaient plus de simples particuliers qui préconisaient cette fête ; le premier magistrat de la, première ville de France se mettait.de la partie ; dans des lettres explicatives qui n'expliquaient rien, il développait la singulière théorie si souvent mise en pratique, de régulariser et d'autoriser ce que l'on ne peut empêcher. Ces lettres méritaient de vigoureuses réponses; elles ne leur manquèrent pas. André C h énier. releva dans le Journal de Paris l'épi thète d'intrigants appliquée par Pétion aux contempteurs des Suisses de Cliâteauvieux et de leurs amis.
« Monsieur Pétion, dit-il, les intrigants sont ceux qui se dévouent aux intérêts d'un parti pour obtenir des applaudissements ou des dignités. Les intrigants sont ceux qui font plier ou qui laissent plier les lois sous la volonté des gens à qui ils se croient redevables. Les intrigants sont ceux qui, étant magistrats publics, flattent lâchement les passions de la multitude qui règne
et les fait régner, etc., voilà quels sont les intrigants, » Pendant ce temps, des pétitions se couvraient de signatures dans tous les quartiers de la capitale contre la fête particulière donnée publiquement aux Suisses de Çbâteauvieux.
En présence de pareilles démonstrations , en présence des hésitations de la municipalité et de l'opposition presque Formelle du directoire du département, les meneurs virent qu'il fallait modifier encore une fois leur projet.
Voici comment ils s'y prirent :
Le 6 avril, Tallien annonce au club des Jacobins que la fête ne pourra pas avoir lieu pour le jour de l'arrivée des Suisses (9 ou 10 avril), ainsi qu'on l'avait annoncé ; il fait en même temps remarquer que la fête n'est pas à proprement parler celle des Suisses de Châteauvieux, mais une fête de la liberté, à l'occasion de leur délivrance. -=- Aussitôt Collot-d'Herbois, d'après un mot d'ordre convenu, propose, pour que toutes les opinions soient conciliées, que la cérémonie soit définitivement dédiée à la liberté. .
Ici, dès le début de cette histoire, nous voyons apparaître la livide et effrayante figure qui la dominera presque jusqu'à la fin. Robespierre remplace a la tribune des Jacobins les deux hommes qui devaient, deux années plus tard, ■. — rapprochement bizarre et digne de remarque ! — * être les principaux conjurés du 9 thermidor ; mais, pour l'heure, les deux tribuns subalternes ne jurent que par celui qui est et sera longtemps encore leur ami, leur inspirateur, leur dieu.
Dès cette, première apparition, on peut juger Robes-