ACCORDÉES AUX PROMOTEURS DG LA JOURNÉE DU 20 JUIN
[Yoiïpage 134. J
Nous publions presque sans commentaires les pièces oflàciellw que noiis avons recueillies sur Santerre et Alexandre, qui jouèrent un rôle si important dans la journée du 20 juin 1792. Ces pièces suffisent pour édifier le lecteur sur le désintéressement de ces deux personnages.
Extrait des registres du conseil exécutif provisoire, séance du 6 avril 1793.
« Le ministre des contributions a exposé au conseil les réclamations du citoyen Santerre, maréchal de camp et commandant général de la garde nationale parisienne.
« Le citoyen Santerre est débiteur à la nation du droit sur les bières fabriquées dans ses brasseries pendant les années 1780 et 1790 et les trois premiers mois de 1791, époque à laquelle le droit, a été supprimé .
« Le débet du citoyen Santerre s'élève à Z|9,603 liv. 16 s. G d. Il ne le conteste pas ; mais il prétend qu'il doit en être déchargé parce que le peuple a consommé la plus grande partie de ces bières à l'occasion des mouvements auxquels la révolution a donné lieu; qu'il n'en a retiré aucun argent et qu'il n'est pas
juste qu'if paye des droits sur une boisson qu'il n'a pas vendue.
« En effet, les pièces justificatives que le citoyen Santerre produit, les enquêtes qui ont été faites à sa réquisition et le témoignage rendu par la voix publique, ne permettent pas de douter de la vérité des motifs qu'il allègue pour obtenir sa libération
« Le ministre des contributions publiques propose donc au conseil d'arrêter que, sur la demande du citoyen Santerre, aux fins d'être déchargé des droits répétés contre lui par les commissaires liquidateurs de la ferme générale, pour raison des quantités de bières fabriquées par le citoyen Santerre, dans les années 1789 et 1700 et les trois premiers mois de l'année 1791, et, vu la consommation des dites bières faite parle peuple et dans les corps de garde, sans que le citoyen Santerre en ait retiré aucun payement, il demeure bien et valablement déchargé desdits droits; laquelle décharge tiendra lieu audit citoyen Santerre de toutes les répétitions qu'il a faites ou pourrait faire pour raison des autres dépenses que son dévouement pour la révolution lui a occasionnées pendant les susdites années.
« Le conseil a adopté les propositions faites par le ministre des contributions et l'a autorisé à prendre les mesures nécessaires pour en assurer l'exécution.
u Signé; Clavière, Lebrun, Garât, Gomert, Grouvelle, secrétaire. »
Nous, avons été obligé de ne donner que les points les plus saillants du rapport de Glavière, trop long pour être reproduit en entier. Nous nous bornerons à dire que certains passages de ce rapport constatent que Santerre avait su intéresser à sa réclamation, en 1790 et 1792, les ministres Necker et Delessart.
Santerre, comme on le voit par le début du rapport de Clavière, avait obtenu du gouvernement révolutionnaire le titre de maréchal de camp; il obtint bientôt celui de général de division employé dans l'armée.
Voici ses états de service, tels qu'ils sont déposés aii ministère de la guerre. Ils ont été évidemment rédigés par Santerre lui-même ou sous son inspiration ;
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NOTES
« Santerre (Antoine-]oseplï), né le 16 mars 1752.
« l/i juillet 1789. — Commandant de la garde nationale du district des Enfants -Trouvés.
<i 10 août 1792. — Commandant général provisoire de la force armée de Paris*
» 11 octobre 1792. — Maréchal de camp, employé.
« 30 juillet 1793. — Général de division, employé aux côtes de La Rochelle.
« Sa démission a été, acceptée par arrêté du 13 thermidor an u.
« A commandé, le 14 juillet 1789, le siège de Ja Bastille.
« Est parvenu, par ses soins pénibles et multipliés, à apaiser et empêcher les troubles qu'on a tant de fois cherché à exciter.
« A couru les plus grands dangers en faisant arrêter des séditieux et des brigands contre lesquels il a soutenu un combat de deux heures au pistolet.
i! A sauvé, en protégeant les convois de farine, la ville de Paris de la disette dont elle était menacée, et de malheurs incalculables en la préservant, à la prise de la Bastille, de l'explosion de vingt milliers de poudre, auxquels on était sur le point de mettre le feu.
« 11 a de plus sauvé la vie, en diverses circonstances, à plusieurs citoyens, entre autres au citoyen Bailly, et a empêché le pillage de la mairie.
« A apaisé deux émeutes à Versailles et a garanti le château et les archives du pillage.
« Est parvenu à empêcher tous les malheurs qui pouvaient être la suite de l'affaire de Vïncennes.
«A maintenu Tordre, le20 juin 179^ parmi plusdeSO, 000 hommes qui s'étaient rendus à l'Assemblée nationale et aux Tuileries.
« A enfin contribué à sauver la patrie dans la journée du 10 août suivant. >« ,
Santerre fut employé pendant quelques mois dans la guerre de Vendée; mais tous les récits du temps s'accordent à dire qu'il y joua un rôle très-peu brillant. Durant les derniers mois de la Terreur, Santerre ne se trouvait plus à la hauteur des
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principes; il fut arrêté quelque temps avant le 9 thermidor. Relâché après la mort de Robespierre, mais dégoûté des honneurs militaires qui avaient failli lui coûter la vie, il donna sa démission le 13 thermidor an n, à sa sortie de prison.
Rentré dans la vie privée, il reprit son commerce ; mais les jours de sa gloire et de sa popularité étaient passés: il vit péricliter ses affaires, et de nouveau sollicita les faveurs de l'État. La Revue rétrospective (2 e série, t. ï, p. 158} a publié une lettre clans laquelle Santerre, s'adressant au ministre de l'intérieur pour obtenir un prêt de 25,000 francs, lui expose «qu'ayant été l'agent de la loi dans les temps orageux, cela lui a retiré toutes ses connaissances riches et ôté toute ressource. i>
Plus tard il adressa au premier consul la lettre suivante, où l'on voit que l'ex-commandant général de la force armée, au 21 janvier 1*793, savait, comme bien d'autres de ses pareils, se plier aux circonstances, et parler, quand il le jugeait utile, le langage de la flatterie. (Nous avons religieusement respecté l'orthographe du brasseur devenu général.)
m Santerre, général divisionnaire, au général Bonaparte, premier consul de la République.
« J'ai eu l'honneur de vous demander d'aler à l'armée de réserve partager vos dangers; vous avez eu la bonté de renvoyer ma demande au général Berthier, alors ministre; son départ précipité m'a privé de cet avantage.
« J'ai demandé au ministre actuel à être employé ; sans votre ordre il n'a put probablement le faire, il s'est cependant trouvé des places dans les directoires près les hôpitaux militaires et dans les villes fortes.
« Je vous ai offert, en vendémiaire an iv, mes services; vous 'ne les dédaignâtes pas.
« J'ai presque tout perdu au service de la république, je ne puis maintenant me passer de vous demander une place. L'on m'a offert le traitement de réforme. J'avais alors de la fortune, je n'ai pas cru devoir être payé sans servir. Depuis l'on m'a interdit politiquement mon habitation au faubourg Antoine, ce qui m'a ôté mes resources commerciales. Conséquemment, si le
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NOTES
gouvernement ne m'emploie pas, malgré mon désir de servir, ayant déjà servi avec succès au lfi juillet, au 10 août et dans plusieurs batailles que j'ai commandées en la Vendée, je vous demande le traitement de réforme, sans pour cela cesser d'être au service de notre patrie.
« Salut, respect et admiration, « Sahtebre.
'« Enclos du Temple, à Paris, ce 16 messidor an toi.
« P. S. Je ne joins à cette lettre aucun compliment ni éloge, je ne pourrais rien ajouter à celui de dire : Bonaparte était à Marengo 1 ! »
On conçoit sans peine que le général Bonaparte se soucia peu d'employer activement le général Santerre. 11 avait mieux que lui sous la main. Mais il eut pitié de sa misère; peut-être aussi se souvint-il d'avoir reçu de l'ancien héros du faubourg Saint-Antoine quelques indications utiles lors de la journée du • 13 vendémiaire an iv; c'est à quoi paraît faire allusion certain passage de la lettre que nous venons de donner.
L'arrêté qui réintégra Santerre dans son grade et l'admit au traitement de réforme était ainsi conçu :