LIVRE I
YI
A propos de cette fête on avait, depuis un mois, tant parlé dans les clubs et sur les places publiques, on avait couvert les murailles de tant de placards, on avait sur tous les tons, dans les vingt journaux, jacobins . qui se partageaient la faveur des ultra-révolutionnaires, si bien chanté les louanges des Suisses de Chûteauvieux , que tout le monde voulait voir ce qui avait élé l'objet d'un si formidable tapage.
Les ordonnateurs de la fête avaient naturellement choisi un dimanche; ce jour-là, et surtout dans les premiers beaux jours du printemps, les masses désœuvrées sont toujours très- avides d'un spectacle qui ne doit leur rien coûter, et dont le récit et les incidents feront le sujet de toutes les conversations pendant la semaine. Le programme, tel que nous l'avons donné plus haut, était complètement changé. Il n'y avait plus ces tableaux vivants qui d'avance avaient si fort scandalisé les amis de la décence publique; ils ne furent écartés cette fois que pour reparaître plus brillants et plus nombreux, lorsque le triomphe de l'anarchie fut complètement assuré. En revanche, et pour que le public n'y perdît rien, les quarante hommes qui devaient porter les chaînes des galériens étaient remplacés par quarante vierges, disait le nouveau programme.
Au jour indiqué , amis et ennemis des Jacobins, oisifs et curieux, observateurs silencieux et désolés, démago-
gues avinés , braillards et turbulents de toute espèce , s'étaient donné rendez-vous dans les rues que devaient parcourir ces triomphateurs destinés à retomber le lendemain dans la plus complète obscurité.
Le cortège se trouva réuni vers midi à la Bastille. Ses stations principales furent : l'Hôtel-de-Ville, où il recueillit le maire et un grand nombre d'officiers municipaux ; l'Opéra, qui occupait alors la salle de la Porte- Saint-Martin, et dont l'orchestre, placé sur une estrade, exécuta le chœur de la Liberté et la ronde nationale; la place Louis XV, où quelques députés se mirent dans les rangs, et enfin le Champ-de-Mars, terrain choisi pour la cérémonie principale et les réjouissances populaires.
La marche était ouverte par un groupe portant les bustes de Voltaire, de Rousseau, de Franklin et de Sidney. Il était formé, prétendait-on, d'Américains et d'Anglais, sans doute lés mêmes qui avaient servi de comparses à Ànacharsis Clootz dans la ridicule exhibition qu'il avait fuite à la barre de l'Assemblée constituante 1 .
4 . Il paraît que Clootz voulut renouveler cette même parade devant l'Assemblée législative. Nous avons trouvé la lettre suivante, qui point admirablement le personnage et démontre sa folie. Cet homme fut cependant pris au sérieux par la France d'alors, puisque deux départements (Saone-et-Loire et Oise) le nommèrent, quelques mois plus tard, leur représentant à la Convention. nationale.
o AU CHEF-LIEU BU GLOBE, LE 21 AVRIL DE l'aN IV.
« Législateurs,
« Il s'agit do la liberté du genre humain, permettez à son orateur « de se présenter devant vous : je serai laconique, car le temps est * venu de parler.
« Anaciursis Clootz, orateur du genre humain, o
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