‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 139 sur 246 · LIVRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVIII

Un grand nombre de sections et la Commune ellemême avaient obéi à l'injonction de la commission extraordinaire ordonnant l'apport des registres; mais quelques-unes y avaient opposé un refus absolu.

Le faubourg Montmartre avait déclaré que, les registres des délibérations des sections n'étant autre chose « que le recueil sacré des vœux et de la volonté du souverain dans ses différentes fonctions, elle ne les porterait ni ne les communiquerait a. aucune commission quelconque , et que, si la Convention nationale, comme représentant la souveraineté générale de la nation, en exigeait la communication par un décret, la" section entière les lui porterait et ne les abandonnerait jamais. ■>

La section de l'Unité, encore plus audacieuse, avait pris un arrêté ainsi conçu :

- « Sur la communication donnée à l'Assemblée d'un décret de la Convention qui défend, sous la responsabilité du président, de tenir ses assemblées passé dix heures, et qui enjoint de porter les registres et les arrêtés à la commission des Douze, l'Assemblée passe à l'ordre du jour motivé sur ce qu'il est permis de résister à l'op-, pression! »

La section de la Cité avait imité i'exemple du faubourg Montmartre et de l'Unité. C'est sur elle que tombe la colère des Douze. Comme l'on avait contesté la légalité de l'arrestation d'Hébert, accomplie par leurs ordres seuls, ils invitent le ministre de la justice à lancer un mandat d'amener contre le président et le secrétaire de cette section, qui ont refusé de livrer leurs registres. Gohier ne met que trop de zèle à exécuter les ordres de

ta commission; il fail arrêter pendant la nuit les deux inculpés, fournissant ainsi, contre les Douze, un nouveau grief que la Commune saura habilement exploiter *.

Le 27 mai, l'Assemblée devait s'occuper exclusivement de la Constitution:; mais cela ne faisait le compte ni de Marat ni de ses amis. Peu après l'ouverture de la séance, Y Ami du -peuple demande la parole pour une motion d'ordre.

« II est incontestable, dit-il, que, depuis l'instant où la tête du tyran a roulé sur Téchafaud, les royalistes, les suppôts de l'ancien régime se sont coalisés pour rétablir la royauté. Des troubles ont éclaté sur tous les

•1 . L'écrou de Dobsen, président de la section de la Cité, se trouve ainsi inscrit sur les registres de l'Abbaye :

« 26 mai. — Dobsen, président de la Section de la Cité. Ordre du ministre de la justice, signé Goliier, d'après un mandot de la commission extraordinaire des Douze, — Motifs non énoncés. »

Même écrou pour l'rotien fils, secrétaire de la même section.

Aussitôt que la commission des Douze apprit que ses ordres avaient été si étrangement exécutés, elle adressa au président de la Convention la lettre suivante, dont nous n'avons trouvé trace ni au Moniteur, nî au Journal des Débats et Décrets, ni au procès- verbal.

Commission extraordinaire des Douze.

« Cifoyen président, « La commission extraordinaire des Douze, ayant appris ce malin que l'arrestation des citoyens président et secrétaire de la section de la Cité avait été faite de. nuit, quoique le mandat d'arrêt eût élé envoyé hier matin au ministre de la justice, a écrit sur-le-champ ii ce ministre pour lui témoigner son mécontentement de celte infraction à la loi. Nous vous prions d'en faire part à la Convention nationale. « Ce 27 mai 1792, 2e année de la République.

« Molle vault, président. »

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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