LIVRE XXXY1II
donner des conseils. Vous voulez être libres? Eli bien, sachez que la liberté ne consiste pas dans des mots et dans des signes; sachez que la tyrannie, soit qu'elle se cache dans une cave ou qu'elle se montre dans les places publiques, qu'elle soit sur le trône ou à la tribune d'un club, quelle porte un sceptre ou un poignard, qu'elle se montre toute brillante de dorure ou qu'elle se déguise eu sans-culotte, qu'elle porte une couronne ou un bonnet, n'en est pas moins la tyrannie. Le peuple français a juré de n'en souffrir aucune. La Convention, organe de la volonté nationale, ne se laissera influencer par aucune violence; elle prêchera toujours obéissance aux lois, sûreté des personnes et des propriétés, guerre aux aristocrates et aux anarchistes. »
A peine Isnard a-t-il achevé sa réponse, que Robespierre réclame la parole au nom, dit-il, du salut public; mais le président semble ne pas avoir entendu la demande du député de Paris, et, s'adressant de nouveau aux pét itionna ires :
« La Convention, dit-il, est occupée à la discussion de la Constitution, elle examinera votre pétition dans un autre moment. &
« — Non! s'écrie l'extrême gauche, il faut avant tout entendre Robespierre. »
Bourdon (de l'Oise). — La liberté d'un citoyen passe avant la Constitution.
CuàsLES. — La résistance à l'oppression est un droit de l'homme. Les droits de l'homme sont avant la Constitution.
M Ait at. « — Vous ne parlez pas de Constitution
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
lorsque vous recevez à la barre des aristocrates qui viennent déclamer contre les patriotes. »
Sans s'inquiéter des vociférations montagnardes, Isnard met aux voix la question de savoir si Robespierre sera entendu. Un décret formel refuse la parole au grand-prêtre de la démagogie. De violents murmures s'élèvent à gauche.
« Nous demandons l'appel nominal !
« — Oui, s'écrie Bourdon de l'Oise, nous voulons savoir si on refusera d'entendre un représentant du peuple qui réclame la liberté d'un citoyen arrêté arbitrairement.
« — Eh bien, oui! s'écrie Vergniaud, l'appel nominal, pour savoir si les assemblées primaires seront convoquées.. »
A cette proposition, la droite et les centres se lèvent en signe d'adhésion, mais la Montagne redouble de fureur.
« Je demande, s'écrie un membre de la droite, qu'il soit constaté dans le procès-verbal que, toutes les fois qu'on discute la Constitution, on élève des incidents.
« — Et moi, s'écrie Goulhon, je demande que le président soit cassé pour avoir compromis sciemment la liberté publique.
« — Oui, s'écrie-t-on à gauche, c'est un infâme tyran, c'est le perturbateur de l'Assemblée. »
On s'apprête à faire l'appel nominal ; mais sur quoi portera-t-il? sera-ce, ainsi que le demande la gauche, sur le rapport du décret qui refuse la parole à Robespierre? sera-ce sur la convocation des assemblées primaires,