‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 161 sur 246 · LIVRE XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIX

général soit mandé à la barre et que nous jurions tous de mourir à notre poste. »

L'immense majorité de l'Assemblée se lève et répète le serment prononcé par Vergnîaud.

Danton s'élance a la tribune pour répondre à l'orateur de la Gironde.

« La cassation de la commission des Douze, dit-il, est bien plus urgente, Bien plus importante que de mander le commandant général à la barre. Il faut, avant tout, que Paris obtienne justice de cette Commission qui a jeté dans les fers les amis du peuple. Le canon a tonné; mais si Paris n'a voulu donner qu'un grand signal pour vous apporter ses représentations; si Paris, par une convocation trop solennelle, trop retentissante, n'a voulu qu'avertir tous les citoyens de vous demander une justice éclatante , Paris a encore bien mérité de la patrie, vous devez justice au peuple.

« — Quel peuple? lui crie-t-on à droite.

« — Je vous parle de ce peuple immense de Paris, qui nous entoure, et qui est la sentinelle avancée de la République. Les départements, comme Paris, exècrent le lâche modéranlisme, aussi avoueront-ils ce grand mouvement qui doit anéantir tous les ennemis de la liberté; ils applaudiront à. votre sagesse.

« Supprimez la commission des Douze, supprimezla sous le rapport politique et sans rien préjuger ni pour ni contre; ensuite vous entendrez le commandant général , vous prendrez connaissance de ce qui est relatif à ce grand mouvement et vous finirez par vous

conduire en hommes qui ne s'effrayent pas des dangers. <> Danton, en parlant du courage de la majorité, faisait un véritable appel à la peur. Salles dévoile l'artifice : « Nous savons bien, lui crie-t-il, que tout ceci n'est qu'un simulacre. Les citoyens courent sans savoir pourquoi.

« — Vous sentez , reprend Danton , qui ne veut pas laisser le dernier mot à ses adversaires, vous sentez que s'il est vrai que ce ne soit qu'un simulacre, quand il s'agit de la liberté de quelques magistrats , le peuple fera pour sa liberté une insurrection tout entière. Sauvez le peuple de ses ennemis, sauvez-le de sa propre colère. Je demande qu'on mette aux voix par appel nominal la révocation de la Commission. »

Rabaut remplace Danton à la tribune. « J'attends, dit-il, de la justice de l'Assemblée, qu'elle ne prononcera pas avant de m'avoir entendu.

« — Aux voix la suppression! la suppression avan tout! » hurle la Montagne.

Rabaut reprend: «Il faut, avant tout, éviter ce qui fait l'objet des vœux de nos ennemis, les divisions. Que dirait-on d'une assemblée qui refuserait d'entendre une commission chargée par elle de découvrir les complots contre la République, contre l'intégrité de la représentation nationale, et ce, au moment même où on demande sa cassation?

« On accuse la Commission parce qu'on sait qu'elle doit accuser. Je demande qu'il soit constaté au procàsverbal que je n'ai pu me faire entendre lorsque j'ai dit la vérité. »

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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