‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 169 sur 246 · LIVRE XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIX

Douze où il n'y a que des contre-révolutionnaires. »

Malgré les protestations de la Montagne, le décret proposé par Camboulas est adopté, mais ce fut le dernier triomphe de la Gironde.

La journée s'avançait ; il fallait en finir.

Des députalîons nouvelles de la Commune et des départements envahissent la barre et assiègent les abords de l'Assemblée.

L'adresse de la Commune est un véritable ultimatum. Elle demande :

1" La formation, dans toutes les villes de la République, d'une armée révolutionnaire composée de sansculottes, soldée, sur la taxe des riches, à raison de quarante sols par jour, et dont la mission unique sera de protéger les patriotes contre les ennemis de l'intérieur;

2° Le décret d'accusation contre la commission des Douze et contre les vingt-deux députés déjà dénoncés par les sections de Paris et par la grande majorité des départements;

3° La fixation du prix du pain à trois sols la livre dans tous les départements, au moyen de sous additionnels prélevés sur les riches;

4° Le licenciement de tous les ci-devant nobles qui ont des grades supérieurs dans l'armée;

5° L'envoi dans les départements du Midi où se sont produits des mouvements contre-révolutionnaires, de commissaires chargés de resserrer les liens (fui doivent les unir avec tous les autres citoyens de la République;

6° Une proclamation qui venge les patriotes de

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Paris de toutes les calomnies que des écrivains stipendiés ne cessent de répandre contre eux pour allumer la guerre civile;

7° L'arrestation dans le jour même des minisires Clavière et Lebrun.

L'adresse du département est surtout une réponse aux paroles imprudentes échappées quelques jours auparavant à Isnard : « Législateurs, nous venons démasquer l'impudeur et confondre l'imposture; nous venons vous dénoncer ces hommes qui veulent anéantir Paris. Jls sentent parfaitement qu'en détruisant ce centre de lumière ils anéantiraient la force et l'harmonie de la République, puis détruiraient facilement un département par l'autre, et vendraient ensuite au premier tyran les lambeaux sanglants de leur patrie. Ce projet impie, vous le ferez avorter. Vous ne voudrez pas engloutir à la fois tant de richesses amassées par la plus laborieuse industrie et détruire l'asile des arts et des sciences. Vous respecterez, vous défendrez vous-mêmes ce dépôt sacré des connaissances humaines; vous vous souviendrez que Paris fut le berceau et qu'il est encore l'école de la liberté. Il est temps de terminer celle lutte. La raison du peuple s'irrite de tant de résistance. Que ses ennemis tremblent, sa colère majestueuse est près d'éclater; qu'ils tremblent, l'univers frémira de sa vengeance. »

A ces insolentes menaces, Grégoire, qui occupe un instant le fauteuil à la place de Mallarmé, ne répond que par de misérables banalités.

« Citoyens, dit-il, la liberté est dans la crise de

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l'enfantement, une constitution populaire en sera le fruit, et contre elle se briseront les efforts impies des brigands couronnés, de nos ennemis extérieurs et intérieurs. Le moment approche où le peuple en masse les écrasera par sa puissance et sa majesté.

« Estimables citoyens, l'absurdité des calomnies répandues contre Paris couvre de honte ses inventeurs; la Convention nationale vient encore de vous venger en décrétant que Paris, qui a fait tant de sacrifices pour faire triompher la Révolution, a bien mérité de la pairie. Non, elle ne disparaîtra pas du globe, cette illustre cité qui, dans les décombres de la Bastille renversée par son courage, a retrouvé la charte de nos droits. Elle les a reconquis, elle défendra son ouvrage, et Paris, sous l'empire de la liberté, deviendra plus brillant qu'il ne le fut jamais sous le sceptre du despotisme.

« Vainement les aristocrates, les royalistes, les fédéralistes essayent de nous diviser, nous jurons de rester unis; nous serons, pour ainsi dire, agglutinés dans Je sein de la République une et indivisible, et les orages de la Révolution ne feront que resserrer les liens de famille qui unissent les Parisiens à leurs frères des départements. »

Après un pareil discours il n'y avait plus qu'à inviter la députation aux honneurs de la séance. Grégoire n'y manque pas. Mais avec la dépulation se précipite dans la salle une foule de citoyens qui , suivant l'expression du Moniteur } se confondent fraternellement avec les membres du côlé gauche. L'introduction de cette cohue daûs l'enceinte réservée aux députés ex-

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cite l'indignation d'une grande partie de l'Assemblée.

« Nous protestons, s'écrient plusieurs membres de la droite, contre toute délibération dans l'état où se trouve la Convention; elle n'est pas libre. »

La force de la vérité arraihe au monlagnard Phé- Hppeaux cette exclamation : « Afin de ne pas donner matière à calomnier les décrets de l'Assemblée, je demande que le président invite les pélilionnaires à se retirer. »

Un autre montagnard, Levasseur (de la Sarthe),. propose un expédient qui semble laisser à la Convention sa liberté en maintenant tacitement la pression) qu'exercent sur elle les afïidés des Jacobins.

« Afin, dit-il, de ne pas interrompre les délibérations, j'invite les députés de la Montagne à passer au côté droit; leur place sera bien gardée par les pétitionnaires. »

Les Montagnards se. hâtent d'opérer le mouvement stratégique commandé par Levasseur, et les pétitionnaires s'établissent en masse sur les gradins de la gauche.

L'impression de l'adresse présentée par les délégués de la Commune est alors mise aux voix et, naturellement, adoptée.

Les positions étaient prises; l'investissement de l'Assemblée était complet; liarère demande la parole au nom du Comité de salut public, et l'obtient immédiatement de Mallarmé qui a repris le fauteuil.

Il propose un décret ainsi conçu :

« La Convention nationale, après avoir entendu le

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