LIVRE XXXIX. 3i
mina au milieu des cris les plus joyeux, des acclamations les plus fraternelles. Comme plus d'une journée dans l'histoire de notre pays, elle mérite d'être appelée la journée des Dupes. Les honnêtes gens furent trompés par les coquins; on leur persuada qu'en sacrifiant définitivement la commission des Douze, on apaiserait toutes les agitations et toutes les colères, et que, cette cassation obtenue, le Comité de salut public serait une barre de 1er qui ferait plier la Commune. Nous verrons dans le livre suivant ce qu'il advint de ces promesses 1 .
I. Les procès-verbaux officiels des séances des 27, 28 et 3^ mai", avaient été rédigés et adoptés lorsque la Convention était encore maîtresse d'elle-même; mais ils contenaient trop visiblement l'indication des violences exercées sur l'Assemblée par les émeutiers du dedans et du dehors, pour que les vainqueurs voulussent laisser subsister .cette preuve irrécusable de leurs méfaits.
Dos le O juin, la rédaction du procès-verbal de la séance du 28 mai fut critiquée par un montagnard comme l'œuvre exclusive du girondin Penières, alors un des secrétaires de l'Assemblée. La Convention passa toutefois a l'ordre du jour, motivé sur ce que celte rédaction avait été approuvée après quelques retranchements. Les démagogues ne se tinrent pas pour battus. Lorsque après le meurtre de Marat ils devinrent tout-puissants dans l'Assemblée, ils-firent disparaître les trois procès- verbaux dont le texte trop véridique les offusquait et leur en substituèrent d'autres, que les membres du bureau, alors en exercice, furent appelés à signer; car on n'osa pas requérir, pour celte falsification, la complicité des représentants qui avaient siégé comme président et secrétaires lors de la première et authentique- rédaction. C'est ainsi que Jean Bon-SainWAndré et Robespierre, qui présidaient l'Assemblée en juillet et en août, ont apposé leur signature au bas de ce faux audacieux, et en ont [assumé, par cela même, la responsabilité devant l'histoire.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France