‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 178 sur 246 · L1VR XL · texte numérisé non relu

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ments de la Montagne et par les murmures de la droite.

« Je demande, s'écrie Louvel, l'improbation de ce " projet de mensonge!

« — On a peint, répond Levasseur (de la Sarthe), la journée d'hier sous des couleurs criminelles; on a répandu l'alarme dans les départements, et mainte^ nant on ne veut pas que celte adresse y porte la vérité et la confiance. Voilà le fait.

« — Jedemande, dit Vergniaud, que, pour toute ■adresse, on se borne à l'envoi du décret portant que les sections ont bien mérité de la patrie. »

Lasource propose un autre projet d'adresse ainsi conçu :

« Des conspirateurs, travestis en patriotes pour égarer le peuple ét perdre la liberté, ont fait tirer le •canon d'alarme et sonner le tocsin. Les citoyens de Paris , dignes de la République et d'eux-mêmes, se sont réunis, ont pris les armes pour faire respecter les lois, protéger la Convention nationale et maintenir l'ordre. Le calme le plus profond règne à Paris. La Convention nationale veille. Elle prendra des mesures qui ne laisseront aux conjurés que la honte, le mépris et la mort. »

Autant l'adresse proposée par Barère avait soulevé l'indignation de la droite, autant celle-ci excite la rage de la Montagne. Chabot s'élance à la tribune : « Lasource vous propose, dit-il, une adresse très-courte, mais qui renferme de très-longues perfidies; d'après lui, ce sont des conspirateurs qui ont sonné le tocsin. Eh bien, je vais lui dire quels sont ces conspirateurs; ce sera un

supplément à son adresse. Les conspirateurs, c'est d'abord Lasource lui-même, ce sont les complices de Dumouriez, ce sont ceux qui ont gardé le silence sur les mouvements de la Vendée ; c'est cette Commission inquisitorîale qui voulait apaiser les mânes de Louis en opprimant les patriotes les plus ardents; ce sont ceux des membres de la Convention qui, par les lettres les plus insidieuses, les plus criminelles, levaient sur les commissaires dans les départements les poignards des assassins ; ce sont les mandataires infidèles qui voulaient diviser Paris et les départements. »

Puis, faisant allusion à la sortie de Vergniaud et de ses amis, sortie qui avait duré quelques minutes à peine, l'ex-capucin s'écrie avec une infernale perfidie : « Comment les hommes qui hier abandonnaient lâchement leur poste après avoir fait serment d'y mourir, comment des hommes qui n'ont pas assisté à toute cette séance seraient-ils chargés d'en faire le récit dans une adresse? Lasource livre les conjurés au mépris et à la mort. Eh bien ! que cette prédiction retombe sur luimême. »

Vergniaud demande à répondre à Chabot : u On parle sans cesse, dit-il, d'étouffer les haine:;, et sans cesse on les rallume. On nous reproche aujourd'hui d'être des modérés, mais je m'honore d'un modérantisme qui peut sauver la patrie quand nous la perdons par nos divisions. Est-ce que c'est le peuple de Paris qui a opéré le mouvement d'hier? Ce mouvement est l'ouvrage de quelques intrigants, de quelques factieux. Vous en faut-il la preuve? Un homme en écharpe,

j'ignore s'il avait le droit de la porter, est allé dire aux habitants du faubourg Saint-Antoine : Quoi! vous restez tranquilles quand la section de la Butte-des-Moulins est en contre-révolution, que la cocarde blanche y est arborée? Alors les généreux habitants de ces faubourgs, toujours amis de la liberté, sont descendus avec leurs canons pour détruire ce nouveau Coblentz. Cependant on excitait à la défense les habitants de la section de la Butte-des-Moulins; bientôt on est en présence; mais on s'explique, on reconnaît la ruse, on fraternise, on s'embrasse. Les sentiments du peuple sont bons, tout -nous l'a prouvé; mais des agitateurs l'ont fait parler. Il ne faut rien dire qui ne soit vrai. Je demande la priorité pour l'adresse de Lasource. »

Le cauteleux Barère cherche à réfuter la pressante argumentation de Vergniaud.

« Citoyens, dit-il, le Comité de salut public n'a eu qu'une pensée en vous proposant l'adresse que je vous ai présentée en son nom, c'est d'étouffer toutes les mauvaises interprétations qu'on pourrait donner aux événements d'hier, de prévenir le poison que certaines correspondances répandent déjà; car si on ouvrait toutes les lettres, on pourrait voir si toutes sont opposées au fédéralisme. »

« — Ouvrez-les, nous y consentons, s'écrient plusieurs membres.

« — Qu'est-ce, au reste, reprend Barère. que ee dont Vergniaud vous a parlé? des mouvements particuliers qui ne doivent pas faire juger la révolution qui vient de s'effectue?. Avez-vous demandé au lh juillet,

HISTOIRE Dï; LA TERREUR.

au 10 août, quels étaient les individus qui avaient sonné le tocsin? Avez-vous demandé compte de quelques abus, de quelques excès, de quelques horreurs qui ont souillé la journée du ik juillet? Avez-vous été, à la manière des inspecteurs de police, rechercher ceux qui s'en, étaient rendus coupables? Ne faisons jamais le procès aux révolutions, mais cherchons à en recueillir les fruits.

ii Dans la circonstance actuelle, soyez d'accord avec vous-mêmes; vous avez décrété que les sections avaient bien mérité de la pairie-, de quoi se compose Paris, si ce n'est de ses, quarante-huit sections? Je finirai par cette observation : si je voulais sonner le tocsin , j'adopterais l'adresse de Lasource; si je voulais rallier tous les départements à Paris, j'adopterais l'adresse du Comité. »

Le président met aux voix le projet présenté par Barère et le déclare adopté; mais le côté droit demande l'appel nominal. L'Assemblée décide qu'il va y être procédé. Toutefois, à peine est-il commencé, qu'il est interrompu. Les timides de l'Assemblée (et ils sont en grand nombre) voien t déjà cet appel transformé en liste de proscription. Un député obscur, Dewars, se fait l'organe de la pusillanimité de ses collègues.

« L'appel nominal , s'écrie-t-il , est une mesure terrible ; il peut amener la guerre civile. Consultons l'intérêt de la patrie et demandons une autre rédaction au Comité séance tenante. »

Mais l'Assemblée veut en finir à tout prix. Elle sait que. la Commune s'apprête à lui envoyer une nouvelle

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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