‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 207 sur 246 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

et l'a rresla Lion des suspects. On envoie dans chaque seclion des commissaires pour présenter la violation de la représentation nationale sous les couleurs les plus bucoliques. Ils ont mission d'annoncer que l'Assemblée a été constamment l'objet du respect de tous; que si elle s'est rendue en corps dans le jardin des Tuileries, ce n'a été que pour achever de prendre les mesures de salut public que lui a dictées son patriotisme; qu'enfin la plus entière liberté n'a cessé de présider à toutes ses délibérations1. j

1 . Quelques jours après le 2 juin, le Conseil général de la Commune et le Comité central révolutionnaire firent l'un et l'autre imprimer une apologie de celle journée. Ces deux morceaux d'éloquence sont trop longs pour que nous puissions les donnerai extenso. Nous nous bornerons à détacher les passages suivants du factum de' la Commune; au style ampoulé de cette pièce on reconnaît la plume du secrélaire-greHier-adjoint DornL-Cubiéres, qui, dans ses élucubrations ultra-révolutionnaires, avait des réminiscences de son ancien métier de poêle de cour et de faiseur de bouquets à Chloris :

b Après une discussion orageuse et de vives inquiétudes exprimées par ceux qui craignent le peuple parce qu'ils sentent avoir mérilé sa haine, la Convention se lève tout entière, sort de la salle, traverse les bataillons qui remplissaient le jardin des Tuileries et harangue celte multitude imposante, qui lui répond par les cris de : Vive la République! vive la Liberté! justice des traîtres!

a On ne sait si l'histoire offre quelque part un tableau plus grand ou plus majestueux. Le représentant et le représenié en présence, des milliers d'armes dans des mains intrépides et pas un trait lancé!... Le crime s'entourant de la vertu pour braver l'indignation publique, et l'indignation publique contenue par l'idée de la représentation nationale. La force enchaînée, par l'opinion, déployant un appareil dont elle a juré de ne pas faire usage ; le peuple enfin, oui, le peuple, car, certes, tous les départements étaient représentés parmi les réclamanls, et plus d'un peut-être ne l'était pas dans la réunion des

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

m HISTOIRE DE LA TERREUR.

Toutes ces mesures prises, tous ces mensonges artistement arrangés, le Conseil générai se sépare avec la conviction que désormais ses volontés, toutes les fois qu'elle les signifiera à la Convention, ne. rencontreront plus de résistance sérieuse. Seul veillait encore le Comité de salut public. Il avait joué un rôle assez misérable

législateurs, le peuple éloquent dnns son silence et fier dans son attitude, stipulant pour tous les Français : "liberté, Constitution, égalité.

« La Convention rentre couverte d'applaudissements et convaincue par ses propres yeu* que ce grand appareil n'est pas dirigé contre elle. De nombreux applaudissements précèdent, annoncent et suivent son retour...

« Tel est, frères et amis, le récit fidèle de celte troisième révolution, la plus calomniée peut-être et en même temps la plus belle de toutes, puisqu'elle n'a pas coûte une goutte de sang, pas une larme. Si elle en avait besoin, son apologie est dans la suite même des laits qui offrent aux hommes de bonne foi l'éloge le plus complet de la patience, de ta çénRro>itii, îles vertus enfin de cette masse de patriotes que des scélérats ne rougirent pas de vous représenter comme des brigands et des assassins...

« Ils nous connaissent bien peu, ils vous connaissent bien peu vous-mêmes ceux qui, comptant sur le fruit de leurs efforts sacrilèges auprès de vous, osent nous menacer dé votre colère... Nous le jurons par la patrie, par la liberté, par l'égalité, notre idole commune, le jour qui vous amènera dans nos murs sera pour nous un jour de fête, il remplira un besoin que nos coeurs éprouvent depuis longtemps : celui d'une fédération républicaine où seront resserrés les noeuds de cette sainte coalition, qui doit faire de tous les hommes libres, quelque terre qu'ils habitent, une seule nation, une seule ville, une seule famille. Ce jour-là, deis guirlandes de (leurs orneront le seuil de nos portes; ce jour-là, nous foulerons tous ensemble le gazon qui croît auprès du chêne que nous plantâmes ensemble; ce jour-là peut-être, le scélérat qui aura invoqué des vengeurs, frémira d'avoir appelé des juges! »

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