‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 235 sur 246 · FRAGMENTS DE LA CORRESPONDANCE DE PLUSIEURS DÉPUTÉS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS DE LA CORRESPONDANCE DE PLUSIEURS DÉPUTÉS

Nous avons trouvé la plupart de ces documents dans les papiers du Comité de sûreté générale, qui n'avait pu en devenir détenteur qu'en violant le secret des lettres par lui-même ou par ses agents.

Michel, du Morbihan, à la municipalité de Lorknt1.

« Du 20 mai 1793.

« La séance de samedi , destinée à remplacer celle de la veille, perdue pour la Constitution , a eu le même sort; dès

i. Michel fut l'un des signataires de la protestation des soixante-quinze; comme tel il Tut décrété d'arrestation le 3 octobre 1793. Il avait été longvu. 36

qu'on a voulu aborder la question, deux à trois mille femmes, organisées et enrégimentées exprès pour les opérations par la Société fraternelle séant aux Jacobins, ont commencé leur tintamarre, qui a duré jusqu'à six heures, qu'il a fallu lever la séance. La plupart de ces créatures sont des filles publiques.

« Lanjuinais a failli être assassiné le même jour; plusieurs autres députés ont été insultés et menacés. La force armée est d'accord avec les malveillants. Ainsi nous sommes sans aucun moyen de répression. Le salut de la patrie dépend uniquement des départements. »

«Du 20 mai 17113.

« La séance de lundi dernier était destinée à la Constitution. On allait commencer à hi discuter, lorsqu'une section de Paris s'est présentée à la barre avec une pétition qui a causé le plus grand désordre. Un substitut du procureur de la Commune, un président et un secrétaire de section avaient été mis en arrestation par une Commission créée par la Convention nationale pour poursuivre les complots et les conspirateurs. On est venu demander la liberté des prévenus, la dissolution de la Commission et la traduction de ses membres au tribunal extraordinaire. Celte demande, fortement appuyée par une partie de l'Assemblée, a excité un affreux tumulte; le peuple s'est porté autour.de la salle; les gardes ont été forcées et le sanctuaire des lois a été investi depuis environ quatre heures jusqu'à dix heures passées; de manière que personne ne pouvait sortir même pour les besoins les plus pressants.

« On a constamment refusé d'entendre les membres de la Commission, qui demandaient à justifier leur conduite. Enfin, à dix heures et demie, un décret rendu dans le bruit a supprimé la Commission. Hier on a réclamé contre le décret. La

temps secrétaire de ia municipalité de Lorient. En apprenant son arrestation, fa Société populaire de Lorient le dénonça avec fureur « comme le brissotin le plus fangeux , le calomniateur le plus atroce de la Convention. » Elle se saisit de la correspondance qu'il avait entretenue avec la municipalité de Lorient et l'envoya à Paris. Elle resta dans les papiers du Comité de sûreté générale .qui crut ne devoir donner aucune suite aux accusations des démagogues du Morbihan. Michel survécut a la tourmente révolutionnaire.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

NOTES

séance a été fort orageuse et a duré jusqu'à neuf heures. Après un appel nominal assez tranquille, le décret de la veille a été rapporté. »

«Du 1er juin 1733.

« Hier le tocsin a sonné à Paris depuis trois heures du matin jusqu'après de quatre heures après midi, et le canon d'alarme a tiré dix-huit heures. C'était le dernier moyen des anarchistes pour causer du désordre et renouveler les scènes affligeantes du mois de septembre. Eh bien, ce moyen ne leur a pas réussi; le peuple de Paris est demeuré calme et ne s'est montré que pour maintenir le bon ordre et se mettre en posture de protéger la représentation nationale contre les attentats qu'il était permis de craindre ; quoiqu'on ait distribué du vin dans certains endroits, quoique quelques-unes de ces femmes, dont on se sert pour avilir la Convention, se fussent répandues dans plusieurs quartiers pour y provoquer la fermentation, quoique la majorité -des sections se fût déclarée en insurrection, la paix néanmoins n'a pas été troublée. Plusieurs même de ces bacchantes ont été arrêtées. Ln Convention nationale s'est emparée de la force armée qui est maintenant et jusqu'à nouvel ordre à sa seule réquisition.

a 11 n'a pas été question de Constitution pendant cette semaine- Mercredi , l'Assemblée a seulement décrété que le Comité de salut public, autorisé à s'adjoindre cinq nouveaux membres pour cet objet, lui présenterait, sous huitaine, les articles purement constitutionnels, pour être soumis a la discussion. Fasse le ciel que ce dernier plan réussisse! Le salut de la France en dépend.

Le citoyen Loiseau, membre de la Convention nationale, ausc administrateurs du district de Marennes

« Paris, le 5 juin 1793.

« Citoyens administrateurs, « Je dois à des hommes revêtus de la confiance publique

\ Loiseau n'avait signé aucune protestation; il ne fut pas inquiété, et siégea pondant toute la session conventionnelle.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

la vérité sur des faits qui se sont passés ici depuis quelques jours, avec cette franchise et cette fermeté qui ne craignent pas la mort. Indifférent à tous les partis, et n'ayant d'autre désir que de servir ma patrie , je me croirais complice des outrages qu'ont reçus les représentants d'un grand peuple, si je les taisais. Je ne sais si le récit que je vais vous faire vous parviendra. Je le ferai porter à la poste à Saint-Denis, car ici la liberté de la presse et celle des opinions sont méconnues. J'envoie au département un double de ce mémoire.

« II y avait déjà longtemps qu'il se tramait des complots contre l'intégrité de la Couveniion nationale. Dans une société populaire, on a fait des motions très- violentes contre plusieurs membres ; ces motions, répandues dans le public, y avaient excité la fermentation. Déjà une autorité constituée avait demandé un décret d'accusation contre vingt-deux membres; on était instruit qu'un comité, dit révolutionnaire, s'assemblait tous les jours à l'Évêché, sous prétexte de former l'opinion publique et de- présenter des mesures de sûreté générale. La Convention nationale, pour prévenir des mesures qui paraissaient dirigées contre elle, avait créé un comité de douze membres pour examiner tous les complots et la mettre à même de les déjouer; cette commission, toute choisie à la pluralité des suffrages dans cette portion qu'on appelait le côté droit, a, dit-on, suivi dans ses opérations l'esprit de parti qui paraissait diviser la Convention. Je ne dis pas que ces inculpations soient fondées, puisque jusqu'à présent on ne lui a pas permis de faire aucun rapport; mais l'arrestation d'Hébert, auteur de la feuille intitulée le P'cre Dtwhesne, a servi de prétexte à ceux qui voulaient un mouvement pour le susciter. Déjà le mouvement avait échoué plusieurs fois; enfin toutes les mesures ayant été mieux concertées, le tocsin commença à. sonner; dans la nuit du 30 au SI mai, la générale battit dans plusieurs sections; on parvint à faire tirer le canon d'alarme vers midi de 31; les citoyens ignoraient de quoi il s'agissait et ce qu'on voulait. Ce ne fut que vers les quatre heures du soir que les différentes sections parurent s'ébranler les unes contre les autres, car une partie voulait désarmer celles qui avaient assuré à la Convention qu'elles la défendraient contre ses ennemis; cependant tout s'arrangea.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

NOTES

Les autorités constituées présentèrent plusieurs pétitions trèsfortes, et la Convention, voulant prévenir les suites d'un mouvement qui ne pouvait qu'être funeste à la liberté, crut devoir casser le Comité des Douze et renvoyer au Comité de salut public les dénonciations faites contre divers membres pour en faire son rapport sous trois jours. La Convention fut investie, à la vérité, mais aucun de ses membres ne reçut d'outrages, et on put entrer et sortir librement. Quoique cette journée eût éclairé un attentat commis contre la nation entière dans sa représentation, elle finit assez bien : chacun retourna cliez soi tranquillement.

« Le désir de resserrer l'union parmi les citoyens et d'éviter tout ce qui pourrait concourir à faire naître la guerre civile fit proposer et adopter plusieurs décrets qui. ne paraissaient avoir pour but que la paix et la concorde. Tel fut celui qui ordonna une fédération générale pour le 10 août, une adresse au peuple français, etc.

« Cependant le but des auteurs du mouvement n'était point rempli: il fallait donc recommencer, ce à quoi ils travaillèrent dans la nuit du 31'mai au 1er juin. La matinée parut tranquille, quoiqu'on fût instruit qu'on prenait des mesures pour occasionner d'autres mouvements. Les délibérations de l'Assemblée parurent assez calmes. Cependant quelques menaces échappées à certains membres de la dépntation de Paris annoncèrent qu'il se tramait quelques grands complots. Le Comité de snlut public présenta à la Convention un projet d'adresse au peuple français, qui ne contenait rien moins que la vérité exacte-, ce. projet excita divers débats. Mais le désir d'anéantir jusqu'au moindre ferment de guerre civile et l'espoir que,. par là même, tout prétexte de renouveler la scène de la veille serait ôté aux malveillants, engagèrent la majorité de l'Assemblée à l'adopter. Le président leva la séance à quatre heures. A peine la séance était-elle levée qu'on entendit battre la générale en plusieurs sections. J'allai au jardin des Tuileries, où je vis les terrasses remplies d'hommes armés; je me mêlai dans les groupes pour savoir quelle en était la raison. Partout on se faisait la même question sans qu'on pût donner de réponse; on disait cependant que c'était pour obtenir la détention des membres de la

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Convention qui avaient été dénoncés. Je parcourus (ont un bataillon ; tous les soldats me dirent qu'ils ignoraient îa cause de ce mouvement; qu'elle n'élait connue que de leur chef. On apprit bientôt qu'une députation du Conseil général de la Commune et du Comité révolutionnaire s'était présentée à la barre, et on parut bien étonné de ne pas trouver la Convention assemblée. Cependant la générale avait engagé plusieurs membres à s'y rendre, et la séance s'ouvrit à huit heures du soir, les pétitionnaires, qui étaient venus demander le décret d'accusation contre les vingt-deux dénoncés et la commission des Douze, obtinrent le renvoi de leur pétition au Comité de salut public, auquel on enjoignit de faire un rapport sous trois jours, et à la Commune de lui remetire les pièces justificatives de la dénonciation. On pouvait espérer que ces mesures satisferaient l'acharnement des ennemis des dénoncés, maïs on se trompait. Marat avait prononcé à la Commune le discours, qui sera sans doute un jour fameux, dans lequel, confondant, les citoyens des tribunes de la Maison commune de Paris avec le peuple français, il les invita à se lever en masse contre les mandataires de la nation française, qui, n'ayant pour eux qu'une force morale, n'avaient pas besoin d'être attaqués par toute la population d'une grande ville. Cependant la séance de la Convention fut levée à minuit et les troupes se retirèrent tranquillement.

« La journée la plus fatale n'était pas encore arrivée; c'était ' le 2 juin que devait se commettre un crime horrible contre la nation entière. Les machinatenrs se préparèrent toute la nuit. La matinée parut assez tranquille. Cependant je fus instruit que le commandant général provisoire, nommé Henriot, qu'on dit être un des fameux septembriseurs, s'était engagé, en présence du Conseil général de la Commune, à mettre en état d'arrestation et de conduire à l'Abbaye tons les membres.de la Convention qui ne voleraient pas dans le sens des pétitions qui lui avaient été présentées.

« Plusieurs personnes confirmèrent qu'il se préparait un grand mouvement pour le soir. La séance de la Convention s'ouvrit à l'heure ordinaire. Les délibérations furent assez calmes jusqu'au moment où plusieurs membres, entre antres Lanjuinais, voulurent dénoncer le complot qui devait s'exécuter

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

NOTES

le soir. Les tribunes firent un bruit effroyable pour l'empêcher de parler. Legendre (de Paris) se porta à la tribune pour en faire sortir Lanjuinais; mais il fut maintenu par plusieurs membres du côté droit. A deux heures, une députa tion des autorités révolutionnaires et constituées de Paris demanda à être admise à la barre et dit entre autres choses : « Nous venons « pour la dernière fois vous dénoncer les membres qui l'ont « déjà été; décrétez à l'instant qu'ils sont indignes de la con- « fiance publique et mettez-les en état d'arrestation provisoire; h le peuple est las d'ajourner l'instant de son bonheur; il le « laisse encore un instant dans vos mains; sauvez-le, ou nous « vous déclarons qu'il va se sauver lui-même. »

h Plusieurs membres observèrent que le Comité de salut public avait été chargé, par un précédent décret, de faire un rapport sur l'objet demandé, sons trois jours, et demandèrent qu'on passât à l'ordre du jour, motivé par ce décret; ce qui fut adopté.

« Aussitôt les pétitionnaires qui avaient été siéger à la Montagne se levèrent avec des gestes d'indignation et sortirent de l'Assemblée en paraissant la menacer; les tribunes, de leur côté, firent entendre de grands cris; elles s'invitaient réciproquement à se retirer, et tous les hommes armés sortirent ainsi que plusieurs femmes. Le Comité de salut public fut mandé pour faire son rapport sur lescirconstances graves dans lesquelles se trouvait la Convention. Je profitai de l'instant, qui s'écoula jusqu'à ce qu'il fut prêt à présenter le rapport, pour aller dîner; les portes étaient encore libres et je ne fus point arrêté. Cependant la générale battait; je voulus sortir de mon hôtel, on essaya de m'y retenir en ine disant que je courais les plus grands risques si j'allais à la Convention. Je répondis que je ne savais .que mourir à mon posie. Arrivé à la porte du jardin des Tuileries, je la trouvai fermée et gardée par des gardes nationales étrangères qui passaient à Paris pour aller à l'armée de la Vendée, -mais qu'on avait retenues pour cette belle expédition. M'étant annoncé comme député, on me fit ouvrir, mais bientôt deux fusiliers reçurent l'ordre de me conduire à la Convention; ainsi je iraversai le jardin jusqu'à la porte de la salle entre deux gardes, dont l'un me précédait et l'autre me suivait. Le

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Comité de salut public faisait alors son rapport et proposait aux membres dénoncés de se suspendre volontairement de leur pouvoir, lsnard, Faucnet et Lanthenas offrirent leur suspension volontaire. Lanjuinais et liarbaroux la refusèrent et dirent qu'un décret seul de la Convention libre pouvait les suspendre. Cependant plusieurs membres se plaignirent qu'on refusait de les laisser sortir de la salle , d'autres dirent qu'ils avaient été témoins de l'ordre donné de charger les armes et qu'on les avait mis en joue, lorsqu'ils avaient voulu regarder par les fenêtres.

« Barère, Cambon, Lacroix et plusieurs autres parlèrent avec furie contre cette tyrannie.

« Après plusieurs motions, comme on n'obtenait point la liberté, on proposa et il fut décidé que la Convention irait fraterniser avec la force armée. En conséquence, le président couvert, précédé des huissiers et suivi de tous les membres de la Convention, se présenta aux premières gardes, qui ne firent pas beaucoup de résistance. Il descendit sur la place du Carrousel. Là je remarquai que les canons étaient braqués contre la salle de la Convention et sur les avenues. Le président s'avança vers le commandant provisoire, le décret à la main. Il ne parut faire aucune attention à la dignité de la représentation nationale. Seulement, forcés par la quantité de députés qui se succédaient, les cavaliers qui l'accompagnaient se rompirent et allèrent se ranger en bataille dix pas plus loin. On m'a assuré qu'il avait été en ce moment donné des ordres aux canonniers de se tenir prêts et aux fusiliers de préparer leurs armes. Ce que je sais être bien vrai, c'est que nous leur criâmes : « Eh bien, faites-nou;; assassiner dé suite, mais qu'on « ne nous fasse pas languir. »

« Lacroix (d'Eure-et-Loir), près duquel j'étais, découvrit sa poitrine et leur dit de frapper s' ils osaient. Le président retourna alors du côté des bataillons qui s'étaient rangés sur deux haies entre lesquelles nous passâmes, et nous revînmes ensuite dans le jardin, dont nous fîmes ainsi le tour; partout les passages étaient exactement fermés, et il était impossible de sortir. On criait cependant : Vive la Montagne! vive la République! Quelques insolents, en petit nombre, disaient : « Vous avez beau

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

NOTES

« faire, vous ne sortirez point que le décret que nous demandons « nesoit rendu; s'il ne l'est pas ce soir, nous verrons beau jeu.» La Convention rentra dans le lieu de ses séances. Le morne silence qui y régnait fut interrompu par Cou thon, qui, s'extasiant sur la liberté dont nous jouissions, demanda le décret d'arrestation chez eux conire les membres dénoncés, à l'exception de Dussauîx, Ducos et Lanthenas. Cette motion, vivement applaudie par les tribunes, n'ayant point été combattue parce que les besoins physiques commençaient à se faire sentir et qu'une impression de terreur était répandue Eiir l'Assemblée, le président la mit aux voix; les membres de la Montagne et ceux que la crainte avait fait réfugier parmi eux, se sont levés. Quelques membres seulement du côté droit se sont levés contre; une partie de l'Assemblée n'a point pris part à la délibération; le décret d'arrestation a été prononcé d'après la liste lue par un secrétaire et commandée par Cou thon. Bientôt après la séance a été levée, »

Saint-Prix, député de l'Ardèche, ait main de Saint-Peray *.

« Du vendredi 1 juin 1793.

« Vous trouverez ci-joint, mou cher concitoyen , un imprimé dans lequel vous verrez une partie des événements qui se sont succédé depuis le 27 mai et que la tyrannie s'efforce de cacher à la République ; mais la vérité, malgré les entraves de toute espèce, percera et le peuple saura tout. Dans peu vous aurez connaissance d'une lettre que la députation adresse à ses commettants et qui est l'exposé fidèle de tous les faits. Nous n'avons pas pu la faire passer plutôt, vu qu'on ouvre tous les paquets et qu'on ne laisse passer que ceux qui flattent les oppresseurs !.

1. Saint-Prix était un des signataires du la pétition des smante-quinic. Il partagea le sort de ses collègues et passa quinze mois en prison.

2. Nous ne croyons pas que la députation de l'Ardèche ait donné suite à son projet d'envoyer à ses commettants nne lettm >|ui aurait contenu l'exposé de tous les faits relatifs au 2 juin. Au moins n'en avons - nous trouvé aucune trace ni dans les papiers du Comité do salut public ni dans ceux du Comité de sûreté générale.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

« Je joins ici un petit imprimé'qui contient l'état exact des événements des 27, 30, 31 mai et 2 juin. Je vous l'aurais fait passer plus tôt, si on n'arrêlait pas les lettres et paquets pour empêcher que la vérité perce. Je doute encore qu'il vous parvienne, surtout si l'on voit ces quatre mois; adieu. »

Casenave au président de la Convention1,

« 15 juin 1703,

« Citoyen président, « Ayantcompris qu'il doitètre procédé à tin appel nominal, je crois devoir in'empresser de vous prévenir qu'il' m'est impossible d'y assister, car je suis retenu depuis trois jours dans mon Ut par une fièvre violente dont j'attribue principalement la cause aux excès dirigés contre la Convention naiionale. La violation de la liberté, surtout dans la séance du 2 de ce mois, m'a fait partager les sentiments de la plus grande indignation, que des attentats si atroces ont dû inspirer à tout vrai républicain. Je vous prie, citoyen président, de donner connaissance de ma lettre à l'Assemblée pour constater les motifs de mon absence.

<i Casenave, député des Basses- Pyrénées.- »

D'evêrité, député de la Somme, à sa femme s.

« Peut-être sous quinze jours, ma chère amie, la Constitution sera-t-elle faite, et cette circonstance et d'autres me ramèneront vers loi. La députation de la Somme vient, et moi avec les autres, de se réconcilier avec Saladin à l'occasion de sa descente de la Montagne, et de notre pani qu'il a embrassé vigoureusement. Je t'envoie la déclaration de la Somme et la

1. Casenave n'avait signé aucun.; protestation. Il continua à siéger à la Convention, dont il était un des membres les plus modérés.

2. La lettre de Devérité fut interceptée le 15 juin à la poste d'Abbeville, par les soins des commissaires du Comité de sûreté générale. Le 8 juillet, un décret ordonnant l'arrcsiation de Devérité fut rendu par la Convention, mais celui-ci put s'y soustraire. Il ne rentra dans le sein de la Convention que le J3 frimaire an m.

NOTES

brochure de noire nouveau converti. Porle-toi bien comme moi. Je t'embrasse, ainsi que ma famille.

k On s'écrit peu de choses, parce qu'on dècachète les lettres à Paris comme à Abbeville. Nous voilà revenus 5 cette infâme tyrannie de police qu'on délestait; tout en parlant de liberté, on n'est pas même libre de sa pensée avec ses parents, ses amis, et il faut faire ses lettres très-courtes. »

Laptaigrte, député du Gers, à M...1.

« Paris, fi juillet 1703, an 2* de la République.

« Oui, mon cherami, la République, conduite à deux doigts de sa perte, et suivant votre propre expression, par quelques conjurés qui ont frappé et dispersé la représentation nationale, sera sauvée par le peuple entier qui va manifester sa volonté suprême non par d'inutiles adresses, mais par des actes éclatants de souveraineté et de toute-puissance

Quant au dernier état des choses sur lequel vous me demandez des instructions, le voici :

« Depuis la triste et funeste époque du 2 juin, la moitié de la Convention, à peu près, s'est abstenue de prendre part aux délibérations; plus de cent cinquante membres ont même fui et disparu après l'appel nominal du 2 juin, lors duquel je déclarai solennellement que j'étais présent uniquement pour réclamer préalablement, et avant tout autre acte, la liberté de l'Assemblée, son intégralité et la punition exemplaire des hommes qui avaient attenté à l'une et à l'autre. Cette déclaration me valut des huées, des menaces de l'Abbaye et provoqua un décret par lequel il fut dérendu à ceux qui devaient répondre après moi, de dire autre chose, sinon qu'ils étaient présents. J'osai néanmoins insister, braver les

I. Laplaigne était nn des signataires d« la protestation des soixantequinze. Aussi fut-il décrété d'arrestation le 3 octobre i 7fl3 à la suite du rapport d'Amar. R'étan't soustrait au mandat lancé contre lui, il fut mis hors la loi, te 7 oceohre du même mois, ZI put néanmoins échapper à la poursuite de ses ennemis et fut rappelé le 13 frimaire an m diuis le sein de la Convention.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

menaces, voler au bureau et demander acte de ma déclaration, ce qui nie fut refusé. Quelques jours après, un membre, accusé d'avoir ri en écoulant la lecture de quelque dépèche qui annonçait que dans un département on avait élé profondément indigné en apprenanl les attentats du 2 juin, fut aussi menacé de l'Abbaye. Un décret solennel a déclaré que les auteurs des événements du 2 juin avaient bien mérité de la patrie. Une violation publique et sacrilège du secret des lettres est ici à l'ordre constant de tons les jours. J'avais expédié secrètement par le courrier de Bordeaux plusieurs exemplaires d'une relation exacte de noire situation que j'avais signés et adressés au déparLement, au district, à la municipalité, à la société, à vous, à Thezon, à Lapeyre, médecin, avec une note manuscrite des derniers événements; ces dépêches ont été saisies parce que le courrier a été arrêté et fouillé à vingt lieues d'ici. Elles ont été portées au Comité de salut public où elles sont déposées, et je suis, à cette occasion, menacé d'un décret d'arrestation. Un de mes collègues avait signé avec moi ces dépêches. Une censure rigoureuse supprime ou mutile tous les journaux qui ne préconisent pas les journées des 31 mai, 1er et 2 juin, et tout ce qui en a été la suite. On ne laisse lire aucune espèce d'improbation de ces fatales journées. Le commandant Henriot, qui emprisonna la Convention le 2 juin, qui la fit coucher en joue lors de sa sortie, etc., vient d'être nommé commandant général.

« Je vous embrasse,

« La plaigne, député du Gers. »

Page 1