LIVRE XXXIV
viez le droit de rendre ces décrets, vous n'auriez bientôt plus d'autre occupation, tant est grande la masse des coupables. Vous voulez sans doute que le peuple ait justice; vous voulez sans doute prévenir dans leurs effets destructeurs les vengeances populaires? »
« — Oui, oui, répondent un grand nombre de voix.
« — Eh bien, dispensez le tribunal de cette formalité, pressez son activité. Certes, si le despotisme triomphait, ïl ne prendrait pas tant de précautions! N'imitons pas sa férocité, mais faisons trembler les coupables. Je demande le rapport du décret par lequel vous avez déclaré nécessaire à l'action de ce tribunal le décret d'accusation de la Convention. Bien entendu, néanmoins, que ces décrets seront nécessaires à l'égard des représentants du peuple. »
— « Oui, réplique Barbaroux, il faut que la justice révolutionnaire soit prompte et sévère; mais il ne faut pas qu'elle soit destructive de la liberté. Si vous laissez entre les mains d'un homme le droit d'accuser seul et de traduire les citoyens devant le tribunal, vous établissez une véritable dictature judiciaire. Soyez inflexibles et non bourreaux; soyez législateurs et non assassins1. »
La discussion est fermée, et l'Assemblée adopte en principe la proposition de Charlier. Alors Fonfrède demande, par amendement, que l'on étende l'exception
4 . Toute celte première partie de la discussion est singulièrement tronquée dans le Moniteur, a" 99. Nous la rétablissons d'après le récit du Journal des Débats et Décrets, n' 200, pages 4 03 et 4 04. vu. .5
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proposée par Danton en faveur des représentants du peuple. « Voulez-vous, dit-il, rendre un homme plus puissant que vous-mêmes? Qui garantira que cet homme ne s'avisera pas de faire arrêter, à un jour donné, les ministres, les généraux et les principaux fonctionnaires de la République? Il pourra, s'il le veut, se rendre maître en un instant de vos flottes, de vos armées, de vos finances. Je demande que vous exceptiez de l'action de l'accusateur public les ministres et les généraux. Vous examinerez ensuite la question générale des fonctionnaires publics. »
Le financier Canibon demande que l'exception s'étende également aux commissaires de la Trésorerie nationale.
— « Alors, s'écrie Marat en éclatant de rire, pourquoi ne l 'étendez-vous pas aux ouvriers employés à la fonte des canons, à la fabrication des armes, des habits, des souliers des volontaires? aux citoyens qui fournissent leurs bras à la défense de la patrie et aux femmes qui lui font des enfants... ; voilà comme vous êtes irréfléchis, inconsidérés... Je vous rappelle au sens commun!... H
L'Assemblée entière bondit sous l'insulte du misérable bouffon. Quelques voix crient : « A l'Abbaye, Marat ! » Vami du peuple est rappelé à l'ordre avec censure au procès- verbal.
La Convention n'en adopte pas moins le décret proposé par la Montagne, et amendé par la Gironde. En acceptant le principe de la motion de Charlier et de Danton, et en se contentant d'y faire des modifications
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