LIVRE XXXV
Ici l'orateur est violemment interrompu par les clameurs de la Montagne; mais F ex-maire de Paris, plus que jamais infatué de sa personnalité, se croit toujours le Pétion qu'on portait en triomphe au moment où le malheureux Louis XVI subissait les derniers outrages, et, sans se déconcerter, il continue en ces termes :
« On corrompt l'opinion par des calomnies; on espère que le public prendra des vociférations pour des preuves. Quel est l'homme cependant qui dans cette assemblée pourrait me soupçonner? »
« — Moi! moi! s'écrient en se levant plusieurs des membres qui siègent à la crête de la Montagne.
« — On veut nous avilir, on veut nous diviser. Depuis trop longtemps une indulgence coupable enhardit par l'impunité les scélérats à de nouveaux, délits. Vous aviez ordonné la poursuite du pillage de février et des conspirateurs du 10 mars. Ces poursuites sont-elles faites? Vous avez dans votre sein un homme qui vous a prêché le despotisme sous toutes les formes, qui vous a demandé des têtes, qui a conseillé le pillage. Eh bien, il continue a siéger parmi vous et obtient la parole plus facilement qu'un homme connu par sa probité et par ses mœurs. (Murmures ironiques de la gauche.)
« Rappelez- vous ce qui se passait au commencement de la législature : à peine un membre voulait-il s'asseoir à côté de. lui; aujourd'hui lui seul a le droit de dénoncer, de calomnier. »
— alla dénoncé Dumouriez, » répond la Montagne.
— « Voulez-vous, poursuit Pélïon, qu'un homme qui
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-104 HISTOIUE DE LA TEBREUB.
n'est nourri que de fiel, qui dénonce tout le monde, ne rencontre pas juste quelquefois? »
L'orateur conclut en demandant que le président et les secrétaires de la section de la Halle-au-Iïlé soient mandés à la barre, et que, s'ils reconnaissent avoir signé le projet d'adresse, on les renvoie immédiatement au Tribunal révolutionnaire.
Danton se lève alors, et dit : « Pourquoi exigezvous du peuple ou d'une portion du peuple plus de sagesse que vous n'en avez vous-mêmes? Le peuple n'a-t-il pas le droit de sentir des bouillonnements qui le conduisent à un délire patriotique, lorsque cette tribune semble être continuellement une arène de gladiateurs? Tous les jours il arrive des pétitions plus ou moins exagérées : il faut les juger par lé fond. J'en appelle à Pétion lui-même; ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il se trouve dans les orages populaires. Il sait bien que, lorsqu'un peuple brise la Monarchie pour arriver à la République, il dépasse son but par la force de projection qu'il s'est donnée. Que doit faire le législateur? Rester immobile et ne pas s'émouvoir des clameurs qui s'élèvent autour de lui. On vous dit que la majorité des membres de la Convention est corrompue. Comment devez-vous répondre à cette calomnie? En sauvant la patrie. Depuis quand vous doit-on des éloges? Qu'avezvous fait encore? Êtes-vous à la fin de votre mission ? Il vous sied bien de vouloir vous élever contre le peuple, lorsqu'il vous dit des vérités énergiques ! Je dis que la discussion soulevée par Pétion est insignifiante. Je demande que vous passiez à la question préalable :, je