LIVRE XXXVI
civiques et refusent d'en accorder de nouvelles à ceux qui ne veulent pas signer la pétition. On ne s'en tient pas à ces manœuvres : on aposte dans les rues des hommes armés de piques pour forcer les passants à signer. Tous ces faits sont notoires ; il n'est personne qui puisse les contredire ; ils seraient attestés par plus de dix mille témoins 1.
(i Cette pétition ne fait que ressasser les faits contenus dans la dénonciation de Robespierre. Guadet et moi, nous croyons avoir déjà répondu victorieusement à toutes ces impostures. De deux choses l'une : ou nous vous avons démontré que nous sommes sans reproches, ou notre réponse vous a paru insuffisante et l'accusation de Robespierre digne d'être poursuivie judiciairement. Envoyez-nous devant le Tribunal révolutionnaire,
1. Nous trouvons dans un écril de Lanjuinals quelques traits nouveaux à ajouter au tableau si saisissant que vient de tracer Vergniaud. « Des commissaires de la Commune, accompagnés de secrétaires municipaux, avec table, encre, papier et registres, se promenaient dans Paris au son d'un tambour d'alarme et précédés d'une milice. Ils demandaient et recueillaient les signatures des passants contre les vingt-deux. Il y avait, de temps en temps, des haltes solennelles où on déclamait contre les députés qu'on voulait proscrire. »
Il était tout naturel que les meneurs de l'Hôtel de Ville, après avoir exercé une pression aussi violente dans l'intérieur des sections et même sur la voie publique, suivissent les mêmes pratiques à l'égard des membres du Conseil général. On trouvera à la un du volume, dans la note relative aux officiers municipaux dénoncés par Tison, des extraits du procès-verbal du Conseil général de la Commune qui nous font connaître la manière dont fut traité par ses collègues le courageux Lepitre, pour avoir osé biffer la signature qu'il avait apposée par erreur au bas de la fameuse pétition.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
si nous sommes coupables; imposez silence à la calomnie, si nous sommes purs. »
L'Assemblée presque tout entière se lève et applaudit le grand orateur girondin. Aux voix! s'écrie-t-on de toutes parts. Féraud et Chiappe proposent de déclarer que les membres inculpés n'ont pas cessé d'avoir la confiance de la représentation nationale.
« Non ! s'écrie Penières, ce serait une flagornerie indigne de la Convention. » Et, sur sa proposition, l'Assemblée adopte le décret suivant : « La Convention « nationale improuve comme calomnieuse la pétition u qui lui a été présentée, le 15 de ce mois, au nom de « trente-cinq sections, adoptée par le Conseil général « de la Commune de Paris et tendant à proscrire vingtci deux de ses membres. »
Comme pour compléter le triomphe de la Gironde, Delaunay jeune vient, un instant après, au nom' du Comité de législation , lire l'acte d'accusation contre Marat. Le décret cette fois est rendu sans débat
1. Cet acte n'était à peu presque la répétition, aveede nombreuses citations à l'appui, du rapport fait déjà par Delaunay jeune, le 43 avril. Voir plus haut, p. 431. Deux représentants du nom de Delaunay siégeaient à la Convention, ils étaient frères et tous deux députés de Maine-et-Loire. L'aîné appartenait à la Montagne; il fut compromis dans l'affaire de la falsification du décret relatif à la Compagnie des Indes, traduit au Tribunal révolutionnaire avec Chabot, Fabre d'Églantine, Danton et Camille Desmoulins, et périt avec eux le ii avril 1794. Le second, qui fui l'organe du Comité de législation dans l'affaire de Marat, siégeait à la Plaine; il survécut à la tempête révolutionnaire et devint président du tribunal criminel de Maineet-Loire, puis président de chambre à la cour impériale d'Angers.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France