‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 83 sur 246 · LIVRE XXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVI

qui présentent des pétitions. Or Marat n'est point ici comme pétitionnaire, mais comme représentant du peuple. »

Les Montagnards sont obligés de se contenter de cette réponse évasive. Mais Danton tient à faire boire à ses adversaires le calice jusqu'à la lie. Il réclame pour les braves citoyens qui ont ramené Marat l'honneur de défiler devant l'Assemblée; puis, ce défilé accordé et opéré, il demande que lecture soit faite du jugement qui acquitte Y Ami du peuple, que te jugement soit inséré au procès-verbal, ainsi qu'au bulletin envoyé aux départements et aux armées.

La démagogie, comme tous les cultes nouveaux, avait résolu de détrôner tout ce qui, avant elle, était en possession de la vénération publique ; elle n'aspirait à rien moins qu'à remplacer les saints du calendrier catholique par des saints d'une nouvelle espèce. N'ayant pu réussir à en trouver un nombre suffisant, elle se rabattit plus tard sur les plantes, les légumes et les instruments aratoires. Mais, à ce moment, elle était dans toute la ferveur du premier zèle, et, ayant fait de Marat presque un Dieu, elle résolut de canoniser le héros du faubourg Saint-Marceau, Lazouski, qu'une maladie aiguë venait d'enlever en quelques jours.

Le 28 avril , la section du Finistère apporte en grande pompe à l'Hôtel de Ville le corps du capitaine de ses canonniers. Pache, à la tête d'une députation du Conseil général, reçoit, au bas du perron, avec de grandes démonstrations de respect, ces restes précieux. On les porte à bras jusque dans la salle du Conseil; là

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

on entend successivement deux ou trois discours plus emphatiques les uns que les autres, où sont célébrées les vertus du défunt. Sa fille est présentée aux représentants de la Commune, qui déclarent l'adopter; Chaumette l'embrasse et pose sur sa tête une branche de la couronne dont les canonniers du Finistère ont orné le front de leur ancien commandant.

Le cortège se remet en marche et va ensevelir le prétendu héros du 10 août sur le théâtre même de ses exploits, sur la placedu Carrousel1.

1 , La possession du cœur du nouveau saint fut disputée entre la Commune, le club des Jacobins el la section du Finistère; celle-ci finit par l'emporter et le déposa pieusement dans le lieu de ses séances. Nous ignorons ce qu'il est devenu.

A propos de ce héros de la démagogie parisienne, nous devons rectifier une erreur, dan3 laquelle nous sommes tombé el où étaient tombés avant nous la plupart des historiens de la Révolution. Sur la foi de .M"" Roland, qui a consacré un chapitre lout entier de sa Mémoires au portrait de Lazouski, tous ceux qui ont eu à s'occuper du héros crapuleux du faubourg Sa inUÏVI arceau l'ont représenté comme ayant été, sous l'ancien régime, un élégant courtisan, un collègue de Roland dans l'inspection des manufactures, un commensal de l'hôtel du duc de la Rochefoucauld-Liancourt. MOK Roland, qui avait eu, avant 1789, des relations suivies avec le collègue de son mari, mais n'avait probablement jamais vu l'homme des massacres de septembre, a réuni sur une seule télé ce qui concernait deux frères, l'un resté fidèle aux devoirs de la reconnaissance, et qui montra même, après le 40 août, un dévouement sans bornes au duc de la Rochefoucauld-Liancourt; l'autre qui, après une jeunesse Ibrt orageuse, se jeta dès le commencement de la Révolution dans tous les excès, dans.toutes les débauches, et fut à sa morl l'objet des regrets de Robespierre et de ses amis.

Ce sont les Mémoires de Lacretelle jeune [Dix Années d'épreuves pendant la Révolution, p. 67 et 140 de l'édition de 1852), qui nous ont fait reconnaître cette erreur. Personne mieux que cet écrivain

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