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Mais ce coup de partie, quelque habile qu'il soit, n'a pas tout le succès qu'en attendaient ses auteurs. Le prisonnier est nommé maire à une grande majorité.
Au moment même où les modérés viennent de remporter celte éclatante victoire , arrivent trois représentants du peuple, Basire, Legendre et Rovère. Le Comité de sûreté générale, dont ils étaient membres, avait eu l'adresse de les faire nommer commissaires dans le but apparent de porter des paroles de conciliation aux Lyonnais divisés, dans le but réel d'assurer la prépondérance à la faction Chalier. Leur premier soin est de confirmer le mandat d'arrêt lancé contre l'élu de la cité, et de rendre par conséquent nécessaire un nouveau vote. Les modérés, ne se sentant pas de force à résister à la pression exercée par les trois commissaires, que la Convention a revêtus de pouvoirs illimités, s'éloignent du scrutin; Bertrand est élu sans conteste. Aussitôt Basire, Legendre et Rovère écrivent à l'Assemblée a qu'ils ont su tenir une balance égale entres les partis, car, s'ils ont favorisé la nomination d'un maire patriote, ils ont démasqué un magistrat prévaricateur qui vendait des certificats de civisme à beaux deniers comptants. »
Ce magistrat n'était autre que Laussel, l'ami de Chalier, celui qui avait commencé contre Gilibert une procédure dont on avait su tirer un si utile profit1. Mais
1. La destitution de Laussel avait été provoquée par. la dénonciation dont la teneur suit :
« Nous, soussignés, officiers municipaux de la ville de Lyon, déclarons aux citoyens commissaires de la Convention que le citoyen Laussel, procureur de la commune, -a perdu notre confiance, et les
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m HISTOIRE DE LA TlïRREUR.
c'était en vain que. le but atteint, on avait, pour apaiser l'irritation des vaincus, brisé le vil instrument dont .on
invitons à prendre sur l'objet telles mesures qu'ils estimeront convenables.
a Villahs, Sautesjouche, Bouchera, Bicoy, Cauteron, Dubois, Francallié, Bedon, Chagot, Destefabrie, Milon, L. Ejiierv, Noël, Roch. o
A cette demande, les trois commissaires de la Convention avaient répondu par l'arrêté suivant :
« Nous, commissaires de la Convention nationale pour le rétablis- ' sèment de l'ordre dans le département de Rhône-eL- Loire et lieux circonvoisins, lecture faite de la déclaration souscrite par les officiers municipaux de la commune de Lyon, portant que le citoyen hausse!, procureur de la commune, a perdu leur confiance, et de plusieurs autres déclarations souscrites par diverses personnes des faits de prévarication qui lui sont imputés dans l'exercice de ses fonctions;
« En vertu de3 pouvoirs qui nous ont été conférés par l'article 2 du décret du 25 février dernier, arrêtons :
« 4" Que le citoyen François- Auguste Laussel demeure suspendu de ses fonctions, et qu'il sera mis sur-le-champ en état d'arrestation dans la maison de sûreté dite de Saint-Joseph, pour y être tenu au secret jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné;
a 2° Que l'administration de la police demeure requise défaire apposer sans délai les scellés sur ses papiers, meubles et ôffets ;
« 3° Enfin qu'expédition du présent sera promptement adressée à la municipalité qui demeure invitée d'en donner connaissance tant à l'administration de la police, pour ce qui la concerne, qu'au conseil général de la commune, et de procéder au remplacement provisoire dtidit citoyen Laussel dans les formes ordinaires.
a- Fait et arrêté à Lyon le 43 mars 4793.
« Rovkre, Basihe, Legendre, commissaires: Magkox, • secrétaire do la Commission. »
Ce Laussel était un prêtre défroqué et marié. Une longue et minutieuse instruction prouva toutes les exactions que lui, sa femme et son secrétaire. commellaient journellement, il l'égard des malheureux qui
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s'était servi. On ne fausse pas impunément le suffrage universel, on ne violente pas sans danger la liberté électorale. On avait, il est vrai, imposé h la seconde ville de (a République un maire selon le ccecr des démagogues. Mais, pour obtenir ce résultat, on avait profondément froissé l'immense majorité de la population lyonnaise. L'indignation qu'elle ressentit d'un si profond mépris de ses droits et de ses vœux ne devait pas larder ii éclater et à produire d'épouvantables catastrophes
avaient quelques grâces à solliciter dit procureur-Syndic tic lu commune de Lyon. Laussel et ses deux complices furent traduits au tribunal révolutionnaire, mais naturellement ils obtinrent leur acquittement. Les loups ne se mangent pas antre eux.
1. La lettre ostensible des trois commissaires est imprimée au Moniteur ; n° 84. Mais nous avons retrouvé une lettre confidentielle écrite à l'aclie par deux d'entre eux, Bovère ot Lcgendre; on y verra comment ces prétendus apôtres de conciliation et de paix comprenaient leur mission; comment des représenlanls du peuple, qui avaient reçu mandat pour parler au nom de la Convention entière, ne travaillaient qu'au profit de la Montagne.
Lyon , T, ranns.
u Citoyen maire de Paris, notre ami, la commission importante dont nous avons été chargés par la Convention nous a privés du plaisir de dîner avec vous mardi, jour de notre départ. Nous voulons nous en dédommager en correspondant; avec vous. Nous avons trouvé celte intéressante cité dans un état bien déplorable pour les vrais jacobins. Elle renferme décidément un parti de contre-révolutionnaires coalisés avec la cour de Turin, l'Allemagne et la Suisse, et n'attendant que le moment d'une irruption sur le territoire de la République pour arborer la cocarde blanche et massacrer les vrais patriotes. La seconde section des habitants de Lyon a été pervertie par ies écrits insidieux des Roland, des, Bris&ot. Enfin il nous reste les élus de l'a patrie, les sans-culolles réintégrés dans leur, club
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Ge n'était pas assez pour la France d'être en proie à une épouvantable anarchie, de se sentir isolée au milieu de l'Europe en armes, de voir ses premiers succès se changer en désastres- Elle allait avoir à supporter le plus grand de tous les malheurs, la guerre civile, et de toutes tes guerres civiles la plus cruelle et la plus vtvace, la guerre de religion.
C'està ce résultatquedevaientinévitablementaboulii*
dévasté, reprenant haleine en voyant parmi eux trois commissaires de la Montagne et dn comité de surveillance...
« Un certain Gilibcrt, brissotin bien avéré, avait réuni la majorité pour être maire. Il est détenu dans la maison d'arrêt pour délit de provocation au meurtre contre les patriotes. Il a donné su démission. On procédera vendredi à une nouvelle élection. Tous nos efforts doivent titre dirigés dans ce moment à foire nommer un citoyen vraiment patriote; si nous obtenons cet avantage, nous .nirons dtjjù fait un grand pas vers notre but de faire revivre le patriotisme abattu.
« Un chagrin auquel nous ne devions pas nous attendre a été de voir le bataillon des Marseillais se déclarer le plus fortement contre les vrais patriotes, et nous donner à lui seul plus d'inquiétudes que toute l'aristocratie réunie. Nous avons requis Kellermann do nous envoyer un régiment de dragons; nous l'aurons demain avec un officier général, que nous ferons marcher. Faites-nous l'amitié de nous communiquer vos sages réflexions et d'être persuadé que nous vous aimons bien sincèrement.
« F. Rovkhe, Liîgetïdre. »
n P. S. Les cnlomnies de Brissot nous ont précédés dans cette villp, et nous sommes assurés ijue ses torrcif pondants dénaturent nos discours et nos actions pour nous faire perdre la confiance. »
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