LIVRE XXVI
sonne a été frappée la nation tout entière, a été violée la souveraineté nationale. »
Robespierre fait un pompeux panégyrique de Lepeletier et rappelle compiaisamment qu'avant de succomber sous les coups d'un assassin, le martyr de la liberté a été en butte aux calomnies de la Gironde ; il profite de cette insinuation pour réclamer avec instance l'examen immédiat des comptes de Roland.
Pélion veut répondre à Robespierre, mais il est salué par les épithètes de lâche et de calomniateur chaque fois qu'il essaie de prendre la parole. En présence de la fureur de la Montagne et de l'effroi de la Plaine, il ne songe plus à attaquer, mais à se défendre; il invoque les dangers de la patrie, il fait un appel à l'union et à la concorde. Une voix, partie de l'extrême gauche, y répond; celte voix, c'est celle de Danton.
Plus qu'aucun autre de ses amis de la Montagne, il savait déguiser ses desseins sous les apparences de la générosité, et en poursuivre le succès avec une habileté que sa fougueuse nature n'aurait pu faire supposer. Le Comité de sûreté générale, le plus important, puisqu'il avait dans ses attributions toute la police de la République, était depuis douze jours entre les mains de la Gironde *; la Montagne ne pouvait rien ayoir de plus pressé que de l'arracher à sa rivale. A plusieurs reprises, depuis le commencement de ta séance, les démagogues avaient tenté de faire mettre aux voix le renouvellement du Comité; Robespierre
•I. Voir tome V, p. 3*9,
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lui-même, dans le discours qu'il venait de prononcer, en avait touché deux mots, mais l'Assemblée avait paru faire la sourde oreille.
Danton est plus adroit et plus heureux : « Citoyens, dit-il, maintenant que le tyran n'est plus, tournons to.ute notre énergie, toutes nos agitations vers la guerre. Combattons l'Europe, mais réorganisons le Comité de sûreté générale, afin qu'il puisse être à la hauteur de sa mission. Bannissons ce système incessant de récriminations, car la France ne saura bientôt plus à qui accorder sa confiance. Quant à moi, je suis étranger à toute passion ; j'adjurë tous ceux qui me connaissent de dire si je suis un buveur de sang. Que n'ai-je pas fait pour maintenir l'esprit de paix et de conciliation dans le conseil exécutif? Je n'ai qu'un désir, celui de mourir pour mon pays. Je voudrais, au prix de mon sang, rendre à la patrie le serviteur qu'elle a-perdu. J'envie sa mort, je demande pour lui les honneurs du Panthéon, mais je vous le dis : le meilleur moyen d'honorer sa mémoire, c'est de jurer que nous ne nous séparerons pas avant d'avoir donné une Constitution à la République. »
Ce discours est vivement applaudi; le confident le plus intime de l'ex-ministre de la justice, Fabre d'Églantine, en appuie la conclusion pratique, celle sur laquelle Danton a glissé, mais qu'il s'agit d'enlever à l'enthousiasme de l'Assemblée. « Le Comité de sûreté générale, dît Fabre, est aujourd'hui composé d'un nombre de membres trop considérable; dans cet état il ne peut rien faire. Il n'a pas, d'ailleurs, la confiance de la nation. » L'orateur termine sa harangue par un apho-
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