LIVRE XXXII
contre- signer les éloges que Dumouriez se prodigue à lui-même et les flatteries qu'il adresse à la nation française. Mais le colonel Mack était depuis quelques jours sous le charme de Dumouriez; il lui avait promis, en le quittant, d'arracher le consentement du généralissime; aussi emploie-t-il toute son éloquence et toute son habileté à faire valoir les raisons qui semblent devoir faire accepter la demande dont il est porteur1.
« Dumouriez, dit-il au prince, croit être certain de réussir dans son entreprise s'il obtient cette lettre ; il désespère de la partie s'il ne l'obtient pas. S'il réussit, les deux armées n'en forment qu'une ; la nôtre s'assurera
1. II n'existe pas, on le comprend facilement, un procès-verbal de la conversation qui eut lien dai\s la nuit du 4 au 5 entre Mack et Gobourg. Mais nous avons trouvé trois mémoires adressés, quelque temps après les événements, à l'Empereur par Cobourg et très-vraisemblablement rédigés par Mack. Dans ces mémoires sont exposées les raisons qui leur firent apposer leurs signatures à la proclamation préparéo par Dumouriez. Ces raisons sont celles que nous mettons ici dans la bouche de Mack. Il est certain que celui-ci se servit, auprès de Cobourg, des mômes arguments qu'ils firent ensuile valoir tous les deux auprès de l'Empereur.
Du reste, en écrivant ce chapitre et le chapitre précédent, nous avons consulté avec le plus grand soin tes correspondances échangées entre les généraux, les ministres et l'empereur d'Autriche, correspondances dont nous avons parlé déjàpage297, et dont nous donnons de nombreux extraits dans la noie XIV à la fin de ce volume.
Nous avons eu également à notre disposition plusieurs rapports faits par des officiers appartenant au\ camps de Mauldc ou de Bruillc, rapports qui se trouvent aux archives du dépôt de la guerre, à Paris.
Ncrtis avons donc pu contrôler, tes uns par les autres, les documents français et les documents autrichiens ; nous croyons être ainsi arrivé aussi prés que possible de la vérité.
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des places qu'on -nous -remettra; la sienne marchera sur Paris et délivrera la famille royale, nous attaquerons la République et l'anarchie clans leur foyer; l'armée se dissoudra ou se joindra à nous; la marche des événements deviendra rapide et sûre, nous ferons la loi en France S'il ne réussit qu'à demi et même pas du tout, nous aurons toujours gagné de propager en France la fermentation et ie désordre, de diviser et d'exaspérer, plus encore qu'ils ne le sont, les partis qui s'y disputent en ce moment le pouvoir, nous aurons privé l'armée française d'un chef qui a opéré avec elle de grandes choses, de généraux dans lesquels elle a le plus de confiance. En échange de ce papier, au bas duquel il vous répugne d'apposer votre signature, Duiuouriez nous promet une et peut-être plusieurs places de sûreté; nous les obtenons immédiatement sans coup férir, tandis qu'ilnous est impossible en ce moment de les prendre de vive force. Nous n'avons pas avec nous une seule pièce de siège et nous ne disposons que d'un nombre insuffisant de troupes ; ii nous faudra attendre six semaines au moins pour rassembler le matériel et pour recevoir les renforts nécessaires au siège de Condé et de Valenciennes. Vous reconnaissez, il est vrai, dans la proclamation que les places que Dumouriez vous livrera resteront entre vos mains comme un dépôt sacré; mais cette promesse vous la lui avez faite par mon organe il y a déjà près de dix jours, car il m'a dit à notre première entrevue et il m'a toujours répété depuis qu'il ne consentirait jamais au démembrement de sa patrie. Supposez que la cour de Vienne, que vous
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