AMBASSADEUR DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AUPRÈS DE LA PORTE
(Voir pagB'OÔ.)
Au général Paoli.
« De Saint-Florent, le 15 novembre 1792. « Citoyen général, « Le contre-amiral Truguet s'adresse à vous avec confiance pour obtenir de la juste influence que vous avez dans votre patrie des moyens d'étendre sur nos frontières l'empire de la liberté. L'escadre, mouillée aujourd'hui à Spezzia, va faire voile pour la Sardaigne. Elle a besoin pour assurer ses succès des braves concitoyens du général Paoli; le contre-amiral sait, comme tous les Français, combien on est assuré de trouver dans les Corses d'ardents défenseurs de la liberté; il veut les associer à la gloire que la marine française, victorieuse de Nice et d'Oneille, va recueillir à Cagliari. J'ai cru vous plaire, citoyen général, en me chargeant d'être, auprès de vous, l'interprète de cette demande; j'ai cru aussi servir ma patrie, en présentant à celui qui, depuis tant d'années, a bravé le despotisme une nouvelle occasion de déployer sa haine contre les tyrans.
« Veuillez, citoyen, accueillir les sollicitations pressantes du contre-amiral ; veuillez les faire valoir auprès des adminis-
trateurs du département, et m'instruire du résultat de ces déli bérations et de vos soins. Retenu par des ordres que j'attends, j'ignore si je pourrai m 'écarter soit de Bastia, soit de Saint- Florent, une corvette devant arriver d'un moment à l'autre presser mon départ pour Constantinople. Mon désir me porterait à Corte; si j'y suis nécessaire pour quelques explications, j'y vole; si, au contraire, les lettres du contre-amiral vous suffisent, citoyen, ainsi qu'au département, je quitterai la Corse avec le regret de n'avoir pas vu le créateur de sa liberté, mais avec la satisfaction de m ètre retrouvé un moment au milieu de mes concitoyens, dont je ne me sépare que pour leur sacrifier toute ma vie.