‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. sixièmeChapitre 219 sur 246 · SI · texte numérisé non relu

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et ses coreligionnaires allèrent au café, à la Société des Jacobins et chez l'évêque 1 ;

Zi°-Que te. même jour, à cinq heures, la municipalité, sur une plainte de Prost qui venait d'avoir des difficultés avec le maître de poste, avait fait délivrer des chevaux aux deux représentants et devait les croire partis;

5" Que vers les dix heures, un grand tumulte avait été entendu de la salle du conseil; que les officiers municipaux', étant sortis, avaient trouvé Bourdon blessé et s'étaient empressés de le recueillir et de l'entourer de soins.

Noël termine son rapport en faisant le pins grand éloge du zèle et du dévouement de l'a municipalité orléanaise, qui a déjà envoyé cinq mille hommes contre les départements insurgés, et en proposant d'ordonner l'élargissement provisoire de tous les détenus, contre lesquels ne s'élèveraient pas de charges graves.

Ce rapport excite l'indignation de la Montagne2. Collotd'Herbois, Laplanche, Marat, s'élèvent 'avec force contre ces conclusions; Louve t, en leur répondant, dénonce la condnïle des commissaires envoyés à Orléans depuis que cette ville a &é déclarée en état de rébellion. « Ils ont pris sons leur protection, s'écrie-t-il, des hommes dont le métier était de prêcher dans la ville le meurtre et le pillage. Ils ont emprisonné des citoyens dont la fortune et les emplois excilaient l'envie

t. L'évequc d'Orléans n'était autre que le fameux Jarente, l'un des trois prélats de l'ancien régime qui avaient adliéré à la constitution civile du clergé. 'Comme son collègue Loménie, archevêque de Sens, il n'avait trouvé d'autre moyen de se faire pardonner son origine aristocratique que de se jeter dans les bras des plus ardents démagogues et d'accepter la présidence de la Société populaire. A tous ces titres, Léonard Bourdon lui devait bien sa première visite.

2. Si* mois plus lard, Noël payait, de sa tetc le courage et l'indépendance qu'il avait déployés dans celte circonstance. Inscrit sur la liste de proscription du 3 octobre, il essaya, pour se soustraire à ses persécuteurs, de se réfugier en Suisse. 11 fut arrêté à quelques pas de la frontière, ramené a Paris, traduit devant le Tribunal révolutionnaire, condamné à mort et exécuté le 18 frimaire un 11 (8 décembre ITOU). Les seuls crimes qu'on avait à lui reprocher étaient son rapport dans l'affaire de Léonard Bourdon et son abstention dans le procès de Louis XVI. (Voir tome V, page 4051} vi 31

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«Je certaines gens. Ils les ont accusés d'être des aristocrates et des contre-révolutionnaires; mais vous savez que l'on est aristocrate et contre-révolutionnaire, lorsqu'on demande que la Convention soit entourée du respect qui lui appartient. On est aristocrate, lorsqu'on prêche l'amour de l'ordre et l'obéissance aux lois; on est aristocrate lorsqu'on réclame la conservation des hommes et des propriétés. On a destitué l'ancienne municipalité, on en a établi une nouvelle. Eh bien! savez-vous ce que celle-ci fait des deniers du peuple? Elle dépense 6,000 livres dans des dîners, elle régale à 10 livres par tête les sansculottes. Les femmes, les mères et les filles des citoyens détenus viennent implorer la grâce de ceux qui pourvoient à leur subsistance; les patriotes, bien repus, les forcent à danser et à célébrer par des démonstrations de joie le triomphe de leurs persécuteurs. Après la danse, elles espéraient, pour prix de tant d'outrages, obtenir un adoucissement à leurs peines. Elles demandent l'élargissement de leurs maris, de leurs pères, de leurs Ois. On le leur refuse, elles insistent, un sans-culotte tire son sabre; mais il n'y avait là que des femmes et tant de vaillance est perdue. »

En entendant les sarcasmes dont" l'orateur girondin accable les démagogues Orléanais, les tribunes prennent faij. et cause pour les frères et amis; elles éclatent en murmures. Des cris à bas! à bas! se font entendre. Le président Isnard menace de dénoncer a la France entière l'insulte que l'on fait à la représentation' nationale; le tumulte est à son comble. Ma rat essaye en vain de se faire entendre. La Convention lui refusela parole et adopte les conclusions du rapport de Noël.

C'était un triomphe pour la justice et l'humanité, mais il devait être de peu de durée. Moins de quinze jours après, les journées du 31 mai et du 2 juin consacraient la défaite de Louvet et de ses amis, le triomphe des démagogues.

Les malheureux Orléanais subirent le contre-coup de ces événements. Du moment qu'ils n'eurent plus de protecteurs, Fouquier-Tinville les traduisit à son tribunal. Léonard Bourdon appelé en témoignage se morîtra implacable. Après de longs et pénibles débats, le 12 juillet, neuf condamnations à mort furent prononcées contre les gardes nationaux dont les noms

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NOTES

suivent : Couët, agent de change, âgé de cinquante ans, chasseur delà garde nationale;

Baissât, marchand, âgé de vingt-cinq ans, chasseur ;

Gel let-Du vivier, marchand de bas, trente-neuf ans, grenadier;

Jacquet, rentier, âgé de vingt-cinq ans, lieutenant de grenadiers;

Poussot, rentier, âgé de quarante-deux ans;

Quesnet, musicien, âgé de trente-huit ans ;

Nonneville, rentier, âgé de trente ans, chef de bataillon de la garde nationale ;

Tassin-VIontcoLirt, propriétaire, âgé de trente-trois ans ;

Broue de la Salle, blanchisseur de cire, âgé de trente-trois ans, chef de bataillon en second de la garde nationale.

Le lendemain, le président de la Convention recevait cette pétition; nous en avons retrouvé l'original, écrit en partie au crayon :

« Législateurs,

« Les mères, épouses et enfants des malheureux Orléanais qui doivent être aujourd'hui viclimes-de l'erreur d'un moment trop fatal, réclament de votre indulgence et de votre compassion la grâce de neuf pères de famille, qui vont mourir aujourd'hui, ou le sursis à l'exécution. »

Des femmes éplorées, des jeunes filles en larmes sont introduites à la barre; à peine si, au milieu de leurs sanglots, on peut distinguer les cris de grâce et de miséricorde. Mais l'Assemblée, depuis qu'elle est dominée par les démagogues, ne connaît plus aucun sentiment humain ; elle passe froidement à l'ordre du jour. Quelques heures après, neuf têtes innocentes tombaient sur la place de la liévolution.

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