‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. sixièmeChapitre 31 sur 246 · Voir le Moniteur · texte numérisé non relu

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La proposition de Cuvillier-Fleury, si on y donnait suite, était de nature à amener l'examen de la conduite tenue par municipalité elle-même. Déjà le conseil s'était vu vivement reprocher par plusieurs sections sa négligence et son apathie. Il ne veut à aucun prix laisser poser une question aussi irritante; il se hâte de passer à l'ordre du jour et de se séparer; car Santerre, enfin revenu de Versailles, lui annonce que !e calme est à peu près rétabli et qu'on n'a rien à craindre pour la nui!.

Le lendemain matin, comme après toutes les émeutes, la force armée se trouve au grand complet. De nombreuses patrouilles circulent dans tous les quartiers; Santerre et son état-major semblent vouloir, par leur zèle tardif, faire excuser leur inaction de la veille.

A peine la séance de la Convention est-elle ojuverle, que des délégués de diverses sections demandent à être admis à la barre. Ils dénoncent « l'insouciance coupable de la municipalité parisienne, qui a attendu que le trouble fût porté à son comble pour s'opposer au torrent. » Ils protestent contre les violences « dont Paris a été, la veille, le théâtre et qui, si elles n'étaient désavouées, pourraient, aux yeux des départements, faire passer les habitants de la capitale pour des partisans du vol et du brigandage, pour des fauteurs de l'anarchie et du désordre. »

Barère, qui ce jour-là sentait la nécessité de faire sa

Se HISTOIRE DE LA TERItEUR.

cour au parti modéré, s'élance à la tribune. En vaîn la gauche s'écrie : « Non ! point de discussion, le renvoi de la pétition au Comité de sûreté générale! » Barère insiste pour avoir la parole; elle lui est maintenue par décret.

«■ Je le déclare, dit-il, tant que je serai représentant du peuple, je ferai imperturbablement la guerre à tous cens qui violent les propriétés, à tous ceux, qui mettent le pillage et le vol à la place de la morale publique et qui couvrent un crime d'un voile ou plutôt

d'un masque de patriotisme Citoyens, vous voulez

foncier une république; faites respecter les propriétés, ou retournons dans les bois Nous faisons une révolution d'hommes libres et non de brigands. Plus nous sommes en révolution, plus nous devons jeter au milieu de cette tourmente politique les deux ancres qui retiennent le vaisseau de l'État, l'ancre de la propriété et

l'ancre de la morale publique On a commencé hier

par violer froidement des propriétés auxquelles le luxe et peut-être aussi l'avidité commerçante ont mis un haut prix. Hier on a pris des denrées coloniales, demain on prendra des propriétés plus nécessaires. Bientôt des biens plus précieux seront ravis, car toutes les propriétés se tiennent, c'est une chaîne dont le législateur ne doit pas laisser briser un anneau par la violence, l'usurpation ou le crime Si vous laissez compromettre les propriétés et la sûreté des personnes, votre rôle est fini, votre dissolution inévitable; les lois civiles sout inutiles, les lois criminelles un jeu ridicule, et la liberté politique n'est plus qu'un roman. »

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